Présenté à la Mostra de Venise, le 32e épisode de “Miu Miu Women’s Tales” a été confié à la réalisatrice française Claire Denis. “Avec Kim” est une balade parisienne sans paroles, portée par l’actrice Suzanne Lindon et la musicienne Kim Gordon.

Depuis 2011, “Miu Miu Women’s Tales” invite deux réalisatrices par an à imaginer un court-métrage autour des expériences et des représentations féminines, en intégrant à leur univers les créations de la maison italienne. Agnès Varda, Chloë Sevigny, Ava DuVernay, Miranda July, Alice Diop ou encore Joanna Hogg ont ainsi participé à cette collection devenue, au fil de ses 32 épisodes, un espace de rencontre entre mode et cinéma d’autrice.

Dévoilé le 5 septembre aux Giornate degli Autori de la Mostra de Venise, “Avec Kim” porte bien la signature de Claire Denis. En un peu moins de douze minutes et sans prononcer un mot, le film privilégie les corps, les gestes et les déplacements à toute explication. Dans un garage parisien éclairé aux néons, Suzanne Lindon apparaît d’abord en mécanicienne, occupée sous le capot d’une vieille voiture. Vérification des niveaux, grosses taches de cambouis, puis la garagiste d’un jour abandonne sa combinaison de travail pour une silhouette de cuir sombre avant de prendre le volant.

Commence alors une dérive dans le 20e arrondissement de Paris, non loin de la porte de Montreuil, filmé moins comme un décor de carte postale que comme un territoire à traverser, étrangement évidé. La voiture se faufile dans les avenues au rythme de la bande originale composée par Kim Gordon. Au milieu de ce trajet dont la destination demeure encore inconnue, la conductrice s’arrête pour aider une jeune femme à transporter un fauteuil sur un passage piéton. Derrière elle, les automobilistes klaxonnent ; elle ne leur accorde aucune attention. Le film tient peut-être tout entier dans ce petit geste de solidarité, aussi immédiat qu’indifférent à l’impatience du monde extérieur.

Suzanne Lindon reprend ensuite sa route jusqu’à la place Félix Éboué dans le 12e arrondissement de la capitale, où Kim Gordon l’attend. Cofondatrice de Sonic Youth, musicienne et artiste visuelle, cette dernière donne son prénom au film tout en restant jusqu’au bout une présence énigmatique. Elle monte dans la voiture et les deux femmes échangent quelques accessoires : Kim prête sa chapka à Suzanne, qui lui confie en retour ses lunettes de soleil. Elles se regardent, rient, essaient les vêtements de l’autre. Ce jeu très simple fait soudain apparaître ce qui relie ces deux figures séparées par plusieurs générations : une même liberté d’allure, une manière de se reconnaître sans avoir besoin de se raconter.

Claire Denis ne cherche pas à donner à cette rencontre une signification définitive. Son film procède plutôt par sensations, transformations et signes furtifs. Une combinaison, un blouson de cuir ou une paire de lunettes permettent d’endosser momentanément une autre identité ; la voiture devient à la fois un espace d’indépendance et un lieu de transmission. La part de mystère d’“Avec Kim” appartient ainsi pleinement au projet : il suffit parfois d’un trajet partagé, d’un vêtement échangé ou d’un service rendu pour faire naître une complicité.

À travers cette miniature urbaine, Claire Denis propose finalement moins un récit qu’une façon d’habiter la ville entre femmes : circuler librement, s’entraider, se prêter des attributs et continuer sa route sans trop se soucier des klaxons. Une parenthèse légère et sensorielle, désormais disponible en streaming sur MUBI et sur les plateformes numériques de Miu Miu.