Une vingtaine d’œuvres, dont deux inédites, qui ont dialogué avec les chefs-d’œuvre de Fernand Pelez ou de Gustave Courbet. On pense indubitablement à la mort d’Ophélie, de John Everett Millais (Ophélie, 1851-1852), lorsqu’on se retrouve devant “Nuit égarée” (2022) ou “L’Horizon” (2023), ce tableau dans lesquels Bilal a remplacé l’héroïne d’Hamlet par des hommes en jogging. Ils gisent eux aussi dans l’eau, sans que l’on sache pourquoi ni comment ils se retrouvent dans cette position. L’artiste nous invite alors à nous questionner, se gardant bien de nous imposer sa propre interprétation : “Je voulais parler de l’immigration sans pour autant fermer le sujet. On peut voir un lien avec la mort d’Ophélie, mais aussi avec celle du petit Aylan, l’enfant kurde retrouvé noyé sur une plage et dont la photo a fait le tour du monde.”
À la manière d’un peintre réaliste du XIXe siècle, Bilal Hamdad immortalise notre société contemporaine, comme lorsqu’il s’inspire des Halles (1895) de Paris par Léon Lhermitte pour livrer sa version moderne dans laquelle figure un marché improvisé, à la sortie d’une station de métro, et où se retrouvent des femmes en boubou, d’autres en petite robe rose d’été et des hommes coiffés d’une chéchia. Des personnages qu’on croise souvent dans la rue, mais presque jamais sur les toiles d’artistes contemporain·e·s. “J’essaie toujours de mettre en valeur la personne que je vais présenter, qu’elle soit inconnue ou qu’elle fasse partie de mes ami·e·s. Qu’importe le statut social, je mets tout le monde au même niveau.”