Préserver l’autre et ses semblables, c’est aussi ce que l’on trouve au cœur de sa série “L’amour seul brisera nos cœurs”. Un ensemble de photos regroupées dans un livre qui raconte les couples lesbiens dans les rues de Paris, un travail “de lesbiennes sur les lesbiennes réalisé par des lesbiennes” et qui démontre que “communautarisme” n’est pas forcément un vilain mot : “Je voulais qu’il existe au moins un projet de plus sur les lesbiennes. Peut-être pas parfait, peut-être pas unique, mais en tout cas un projet ancré dans la communauté que je connais et qui, à mes yeux, n’était pas assez visible.” Rendre visible l’invisible peut souvent porter ses fruits, prouvant par la même occasion que l’altruisme reste souvent une des qualités premières de la culture : “L’accueil a été incroyable, aussi bien de la part de personnes non queer que de professionnel·le·s. Mais ce qui m’a le plus touchée, ce sont les jeunes queer qui sont venu·e·s me voir, parfois les larmes aux yeux, pour me dire : ‘Merci. Ça fait tellement de bien de se voir !’ De très jeunes filles m’ont dit qu’elles avaient gardé la carte postale sur laquelle était imprimée une de mes photos et qu’elles la regardaient tous les jours. Cela m’émeut énormément.” Là où beaucoup se moquent et maltraitent les jeunes de la Gen Z, les réduisant aux réseaux sociaux et au temps d’écran heurtant leur cerveau, Bérangère Fromont, née en 1975, préfère garder une certaine tendresse et un regard bienveillant. “Je crois vraiment qu’on se ressemble tou·te·s, au fond. Moi-même, je me reconnais dans les adolescent·e·s d’aujourd’hui, raconte-t-elle. Bien sûr, leurs modes de communication et leur environnement ont changé, mais il·elle·s ne sont pas si différent·e·s. Quand je les observe, place de la République ou ailleurs, je retrouve les mêmes gestes, les mêmes dynamiques : traîner entre ami·e·s, s’asseoir n’importe où, passer des heures à raconter des bêtises. C’est quelque chose qui n’a pas disparu, que ce soit au cœur d’une grande ville ou au fin fond de la Lettonie. La seule différence, c’est qu’il·elle·s ont maintenant des téléphones, des cigarettes électroniques et autres petits objets de leur époque… Mais globalement, cette beauté de l’innocence est toujours là.”