Le déclic pour cet autodidacte en photographie survient en 2020. La crise due à la pandémie de Covid-19 met la planète à l’arrêt, et il rentre au Sénégal. Il réalise alors que son métier de mannequin l’a fait voyager dans le monde entier, en Europe, aux Amériques, en Asie, mais jamais sur le continent où il est né. Il sort son objectif, documente ce qu’il voit, ce qui le touche. Chez lui, il retrouve sa mère, replonge dans les souvenirs d’enfance, redécouvre le pays qu’il a quitté à 13 ans pour la Sardaigne. Du Fouta à la Casamance, il traverse le Sénégal avec son appareil photo et remonte le fil de son histoire familiale jusqu’à retrouver les traces de sa grand-mère paternelle, qu’il ne connaissait pas, et découvrir les traditions Diola. Cette rencontre transforme son rapport à la terre, baignée dans une énergie de retour au pays natal.
Son regard d’insider-outsider, sensible à l’analyse documentaire, ouvre de nouveaux récits sur des espaces intimes et des pratiques rituelles. Loin des oppositions convenues entre tradition et modernité, il capture avec tendresse et acuité l’entrelacement subtil des modes de vie ancestraux et du quotidien contemporain. Pour amplifier cette alliance, le baroudeur alterne couleur et noir et blanc, rendant difficile la datation des scènes. Certaines évoquent des célébrations rares, comme les répétitions de la cérémonie d’initiation Diola qui se tient tous les trente ou cinquante ans. De Sénégal – Voyage temporel (exposition photographique à Dakar en 2024) à Adolescence, Malick Bodian inscrit son travail dans la durée, entre intimité, douceur, joie et lumière.