C’est dans ce contexte disons feutré, paléo-#MeToo, que la maison Miu Miu lance en 2011 “Miu Miu Women’s Tales”, une collection de courts-métrages confiés à des réalisatrices, non pas pour en faire des vitrines glamours, mais pour leur donner, deux fois par an, les clés d’un récit à hauteur de femme, avec carte blanche formelle. L’idée aurait pu sentir l’opération cosmétique, un peu habile, un peu cynique. Mais elle s’inscrit au contraire dans une continuité patiemment élaborée, celle d’un dialogue singulier entre la mode et le cinéma, cultivé depuis le tournant des années 2000 par Miuccia Prada elle-même, qui, à rebours des grandes maisons cherchant leurs égéries du côté des canons lisses et interchangeables, choisit de faire poser Chloë Sevigny, Maggie Gyllenhaal ou Dakota Fanning. Des actrices, oui, mais qui ne viennent pas seulement vendre des sacs : elles viennent avec leurs aspérités, leur filmographie déjà trempée dans les eaux troubles du cinéma d’auteur·rice, leur sens du style et leur capacité à dire quelque chose d’une féminité moins policée, moins évidente. Ce goût pour l’anomalie, pour la figure moins consensuelle, va irriguer la collection des “Miu Miu Women’s Tales”, où la mode devient un outil d’expression plastique parmi d’autres – un catalyseur d’univers, pas une finalité.