© Basile Bertrand

Plutôt habitué à être derrière les caméras, Remi Besse se définit comme un “fabricant d’images”. À la fois photographe et réalisateur qui monte, on lui doit des campagnes pour des marques comme Lacoste ou Coperni mais aussi des clips et des visuels pour des noms aussi variés que Kaytranada, Superpoze, Orelsan ou SDM. Rencontre.

À l’heure du scroll infini de photos filtrées, des tunnels de vidéos slop de mauvaise intelligence artificielle, comment continuer à fabriquer des images personnelles et intéressantes ? C’est la discussion qu’on a eu envie d’avoir avec le réalisateur et photographe Remi Besse. En cet après-midi de décembre, il fait déjà sombre quand on arrive pour le retrouver. Si le combo froid glacial-nuit à 16h est franchement morose, Remi lui est souriant et chaleureux. Niché au fond d’une cour du 18ème arrondissement, son studio nous apparaît comme un havre paisible, entre canapés confortables et thés fumants. Ce lieu, il l’a pensé comme un studio de création vivant prêt à accueillir une équipe pour bosser avec lui sur ses nombreux projets. À la fois photographe et réalisateur de pubs, de clips ou de court-métrages, Remi se définit comme un “fabricant d’images”. Et ses images, vous êtes forcément tombé·e dessus car on lui doit notamment des campagnes de pub pour Adidas, Lacoste ou des maisons de mode comme Alaïa, Coperni ou Dior, sans oublier des clips iconiques comme celui de “Breathe” d’IDK et Kaytranada où on peut voir des livreurs à vélo qui s’envolent au-dessus de la ville.

Quand on lui demande comment il adapte sa façon de travailler avec des gens aux influences visuelles si différentes, il explique : “certain·e·s arrivent avec des références et d’autres font confiance. Souvent, il·elle·s ont quand même une vision, ou au moins un mot-clé, un truc qu’il·elle·s ont vu… Ça peut même être un souvenir d’enfance d’un dessin sur un paquet de corn flakes. J’essaie toujours d’être à l’écoute et de rester à ma place, c’est comme ça que vient la symbiose.”

 

Crayons et caméscope

 

Parisien pur jus, Remi grandit près d’une grand-mère peintre et dessine depuis qu’il est en âge de tenir un crayon. La lubie enfantine dure plus longtemps que prévu, et le bac en poche, il poursuit ses recherches artistiques : “Je peignais, je dessinais beaucoup. Du coup, j’ai été aux Arts Décoratifs à Paris, qui est une école d’art assez pluridisciplinaire. Et je n’avais pas une idée très précise de ce que je voulais faire. Je savais juste que c’était un espace où j’allais pouvoir un peu tester des choses. Et puis, c’était gratuit, il y avait plein de bons côtés.” Étudiant, il joue avec les formats, explore ses idées et saisit les opportunités qui se présentent, un vrai labo artistique. Il part en échange universitaire à New York pour suivre un pote qui faisait du graffiti là-bas.

© Basile Bertrand

Avec ses caméscopes et un peu de débrouille, il vend son film à la marque de feutres Posca, qui en fait découler une campagne de pub. Le bouche-à-oreille fait le reste, sa carrière démarre alors même qu’il est encore à l’école. Là où son cursus prévoyait classiquement de rejoindre une galerie, Remi décide de prendre le contre-pied de ce que l’on attend de lui : “ je n’avais pas envie de me mettre dans une démarche trop élitiste et quand tu fais une école d’art et que tu fréquentes des milieux artistiques, tu as beaucoup de gens qui vont trouver ça dégradant de faire un film pour une marque”.

Arts and Crafts

 

De ses années de peinture et de dessin, il a gardé un goût pour les textures et les matières, qui continuent de l’inspirer dans son travail et ses recherches personnelles mais aussi un côté DIY comme le fait de toujours créer ses propres dossiers d’images et de références “à la main”, sans passer par des plateformes comme Pinterest ou les posts enregistrés d’Instagram. “Je trouve ça trop infantilisant d’avoir toutes ces images qui viennent à toi sans que tu l’aies décidé”, détaille-t-il. “Parfois j’enregistre une image pour la conserver mais quand je vais la revoir, je me dis toujours ‘wow, c’est décevant’, ce n’est pas du tout la manière dont on la voit la première fois. D’algorithme en algorithme, on est tous confrontés aux mêmes images. Mais en tant que fabricant d’images, il y a une responsabilité à ne pas recracher un truc que tout le monde voit.”

© Basile Bertrand

Dans son moodboard perpétuel, on trouve une monographie du studio de designers M&M vers laquelle il revient toujours, le film “Huit et demi” de Fellini ou le cinéma de Pialat (“entre tendresse et violence”) ou encore la pochette de l’album “Is this i”t des Strokes. Une démarche assez artisanale, forcément bienvenue alors que l’IA s’imprime un peu plus dans nos rétines chaque jour. “Que l’on regarde une série d’images, un clip ou un long métrage, la machine pourra aider mais ne prendra pas forcément le dessus. Il y aura toujours besoin de raconter des histoires qui tiennent en haleine et provoquent une émotion.”

Campagne Berluti par Rémi Besse
Aiguiser son oeil

 

Clairement, l’univers de Remi s’inspire de trajectoires de touche-à-tout, qui comme lui, aiment mélanger les genres. Plus jeune, quand il avait d’ailleurs tenté d’expliquer à sa famille ce qu’il a envie de faire, il avait cité comme exemple le travail du graphiste, illustrateur, photographe, metteur en scène et réalisateur Jean-Paul Goude, autant connu pour ses campagnes pour les Galeries Lafayette que pour ses pochette d’albums pour Grace Jones ou encore ses films publicitaires pour Chanel. Soit le genre de profil polymathe qui l’anime, tout comme Spike Jonze : “À la base, il avait un pied dans la vidéo façon documentaire, où il suivait son entourage, puis il a commencé à faire des clips pour Björk ou les Beastie Boys”, indique Remi. “Puis, il a ensuite réalisé des longs métrages comme “Her”, mais tout en gardant un pied dans la mode, comme avec sa récente campagne en forme de court-métrage pour Gucci ou une pub pour Kenzo avec Margaret Qualley qui danse. Ça me parle parce que j’ai l’impression qu’on s’est autorisé à faire plein de trucs.

Photo de Remi Besse, Hall, 2021, dans le cadre du projet « Rien à signaler ».

Même chose avec Jonathan Glazer par exemple : aujourd’hui, il réalise des films de cinéma majeurs comme “La Zone d’intérêt” ou “Under the Skin”, mais je me souviens d’une pub Levi’s qu’il avait shooté avec l’acteur Nicolas Duvauchelle qui traversait des murs. Ce spot doit avoir une bonne quinzaine d’années et pourtant il me marque encore.” Des parcours forcément séduisants qui nourrissent son œil et son envie de penser que peu importe le projet, il y a toujours une histoire à raconter. Après le dévoilement de visuels réalisés pour la sortie de l’album “Siècle” de l’artiste Superpoze — et avant la sortie de nouveaux visuels, Remi travaille actuellement cette fois-ci à un tout nouveau projet de fiction avec quelques acteur·rice·s prêt·e·s à le suivre… Stay tuned.

Remerciement : Paris Decors Production.