Dior Haute Couture AH26

Cette saison, la semaine de la Haute Couture parisienne a vu passer du beau monde avec les premiers pas de Pierpaolo Piccioli chez Balenciaga et de Michael Stewart chez Standing Ground, sans oublier les maisons de toujours, Chanel, Dior, Schiaparelli, Armani Privé et la jeune garde représentée par Germanier ou Robert Wun. Récap’ en 10 moments forts.

1. Sombre et lumière chez Schiaparelli
Schiaparelli Couture AH26

Schiaparelli est cette saison, au bord d’un somptueux précipice. Sortant des abysses, des Charybdes et des Scyllas magnifiques, vêtus de robes brodées de tentacules, incrustées de picots gonflables ou encore rehaussées d’écailles de poissons sortent des ténèbres pour mieux remonter à la surface. Monstrueusement sublimées par des perles baroques, du latex, du silicone, matériau encore inexploré par la Maison, ces créatures surgissent sans un cri dans un tourbillon d’éponges de mer incrustées de diamants, de souliers oursin en crin hérissés ou de plissés fantomatiques pour raconter toute la beauté du vide et de ses profondeurs. Comme quoi, de l’autre côté de la peur, il y a toujours quelque chose de magnifique.

2. Sculptures vivantes chez Dior
Dior Haute Couture AH26

Pour sa deuxième incursion en Haute Couture, Jonathan Anderson butine du côté de l’artiste plasticienne Lynda Benglis. Au milieu d’une jungle de fougères arborescentes, il s’inspire des oeuvres Kissel, Victor ou de la série Peacock pour les transposer dans un langage de nouage, de plissage et de modelage. Dans cette idée de « laboratoire couture » où l’art et le geste se rejoignent, les robes, vestes bar et manteaux éclosent comme des ouvrages tactiles et chromatiques. Humant les paysages de Santa Fe et ponctués de fragments de tissus anciens chintz et indiens, les fleurs de perles, le lamé, le satin de soie et le denim parachèvent ce bouquet de formes, faussement rigide et doté d’une fluidité inouïe.

3. Histoires enchantées chez Chanel
Chanel Haute Couture AH26

Pour cette nouvelle présentation, Mathieu Blazy se fait Père Castor et transforme les contes de notre enfance en silhouettes merveilleuses. L’histoire débute par le haricot magique, brodé sur un tweed qui germe, bourgeonne puis éclot en fleurs d’organza. Sont ensuite contés d’autres chapitres fabuleux : des plumes duveteuses et cygnes brodés, un clin d’œil au Vilain Petit Canard, des boutonnières et minaudières figurant les ours gloutons de Boucle d’Or, des motifs Chat botté, avec bottines siglées évidemment mais aussi des œufs d’or, des papillons, des lianes magiques glissés sous des escarpins et un raphia métamorphosé en paille, hommage délicat au Magicien d’Oz. Mousseline, jacquard de soie transparent, crème de laine… Bref, en avant les histoires.

4. Entrée en matière chez Standing Ground
Standing Ground Haute Couture AH26

Peut-être est-ce à cause de la sortie récente du thriller de “Dune 3” mais les silhouettes de Michael Stewart semblent avoir des allures prophétiques. Pour sa toute première collection Haute Couture, l’irlandais, auréolé du prix des Savoir-faire LVMH 2024, invoque une armée de robes bustiers affûtées, tantôt protectrices tantôt drapées telles la Victoire de Samothrace. Certains mannequins ont un oeil vitreux, vestige peut-être d’une rude bataille. Des vertèbres de perles, des zébrures, des inserts organiques, des manteaux longs, dont les contours semblent grouiller de nacres reptiliennes, nous donneraient presque envie d’être le méchant de l’histoire, le temps d’un film. Puis, Kristen McMenamy sonne le glas dans une robe de mariée en dentelle anglaise. Et si c’était ça, notre empire romain ?

5. Symphonie des étoiles chez Iris van Herpen
Iris van Herpen Haute Couture AH26

Véritable électron libre et après avoir exploré l’impossible dans ses précédentes collections, Iris van Herpen se donne une nouvelle mission. Celle de rendre visibles les vibrations des supernovas et la géométrie de l’univers. Entre galaxies de mousseline, broderies électromagnétiques et déflagrations de plasma, les silhouettes se font système stellaire et électrisent tout sur leur passage. Des taches de lumière, des nébuleuses à la matière active et des teintes pierre de lune ou argent orageux se jouent de l’atmosphère avec gravité. En 5G avec le cosmos, cette collection big-bang « donne forme à une force qui se révèle rarement » et nous rappelle que nous ne sommes qu’infiniment petit dans l’infiniment grand. A new star is born.

6. Départ d’étincelles chez Germanier
Germanier Haute Couture AH26

Attention, grenade ! Une odeur de soufre et de combustion s’abat sur la fashion sphère avec comme maître artificier, Germanier. Une détonation de couleurs souffle des débris sublimes où, en leur centre, des lueurs acides, des broderies de cristaux Swarovski et des volumes explosifs brûlent, brûlent comme des feux d’artifice extraordinaires. Piochant dans les tissus invendus de LVMH et les bacs de Guerrisol, voile d’organza, frites en mousse et mines de crayons Caran d’Ache éclatent et s’éparpillent en un bouquet final irisé, aussi étonnant qu’éphémère, sur des robes opulentes et des vestes de costume incandescentes. C’est ce que l’on appelle s’en prendre plein les yeux.

7. Monter crescendo chez Balenciaga
Balenciaga Haute Couture AH26

L’amour pour les défilés avec escaliers de Pierpaolo Piccioli n’est un secret pour personne. Le voilà qui récidive à l’occasion de son premier show Haute Couture au sein de la Maison Balenciaga, donné dans la cour d’honneur de la Cité Universitaire de Paris. Pour sa première montée des marches, le créateur nous propose des silhouettes “sculptée par l’architecture” dans une palette vive faite de rose flash, de noir bitume, de jaune tranchant ou encore de bleu glacier. Les robes meringues se jouent des verticalités, usant de chutes de reins à tomber et de décolletés vertigineux. Les plumes de Marabout, le gazar de soie et les pétales d’Organza flirtant avec un City bag boule à facettes et des couvre-chefs imaginés en collaboration avec Philip Treacy achèvent en apothéose cette ascension.

8. Stéroïdes du 18e chez Jean Paul Gaultier
Jean Paul Gaultier Haute Couture AH26

C’est pas Versailles ici. Et bien depuis que Duran Lantik a repris les rênes de la Maison Jean Paul Gauthier, il semblerait que si. S’inspirant des robes à la française de feu Marie-Antoinette aussi immenses qu’impraticables, les rubans “suivez-moi-jeune-homme” font la cour à des corsets scolioses, des queues-de-guèpe entulés, des excroissances pompadouresques, des crinolines proue de navire qui ne passent, littéralement pas les portes. Percale de coton, draps de laine récupérés dans les remises de la Maison, feuilletée de tulle de soie et beurre frais, le derrière est devant et le milieu semble avoir fui à Varennes. Une collection comme une révolution qui aurait assurément plu à l’Autrichienne.

9. Toys Story chez Robert Wun
Robert Wun Haute Couture AH26

Cette saison, les monstres restent tapis sous le lit et c’est la figure de l’enfant intérieur, et de son coffre à jouets, qui nourrit l’imaginaire du créateur hongkongais. Sublimés par une mise en beauté signée Anastasia Beverly Hills, Arlequin, Cendrillon ou encore la Fée Dragée s’amusent d’une effusion de ballons, de grands doudous, de chapellerie avions en papier et de splashs de peinture brodés. Tutu, corsage et crinoline composent cet émerveillement où l’insouciance est traitée avec la plus grande exigence. Et tel l’enfant insatiable du poème Être jeune du général MacArthur, Robert Wun semble affirmer lui aussi que “la jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, une qualité de l’imagination, une victoire du courage sur la timidité”. À méditer.

10. Full moon chez Giorgio Armani Privé
Giorgio Armani Privé Haute Couture AH26

Couloir entre l’intime et le dehors, le boudoir donne son nom à cette collection de 57 silhouettes, pensée comme un rituel unissant le jour à la nuit. Dans cette atmosphère feutrée, la séduction s’exprime avec délicatesse à travers des motifs animaliers brodés, des noirs trempés de paillettes, des nuances de bruns, de bleu et d’amarantes aux reflets mouvants, constellés de pierreries crépusculaires. Blazers fluides, robes longues, manteaux d’opéra, velours, dentelles et doublures serties de cristaux se glissent entre classicisme et expérimentation, là même où les rayons de lune balayent doucement les matières. Et font ainsi naître des merveilles.