12A. Martine Barrat, Block Party [Fête de quartier], Harlem, 1992. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et la Galerie Rouge.

De Madagascar à Harlem, les Rencontres d’Arles prouvent encore que la photo n’a pas de frontières, surtout lorsque cette dernière s’intéresse aussi aux visiteur·euse·s venu·e·s d’ailleurs. Sélection des plus belles expositions à découvrir jusqu’au 4 octobre.

1. Charlotte Yonga – (TSY) Impossible
Charlotte Yonga, Arbre du Voyageur, Ampefy, Madagascar, 2024, impression sur textile. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Charlotte Yonga, Dïane, Mahenina et Belly, Antananarivo, Madagascar, 2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

L’amour sous toutes ses formes : telle pourrait être la traduction de fitiavana, un mot malgache qui désigne à la fois l’amour, l’amitié, les liens familiaux et l’attachement à la vie. Inspirées des albums de famille et des récits populaires, les mises en scène de la photographe franco-camerounaise Charlotte Yonga donnent à voir une intimité rarement représentée, tout en respectant les codes de pudeur locaux. Entre douceur et tension, la photographe que l’on a déjà repérée au festival Circulations dresse le portrait d’une jeunesse malgache tiraillée entre héritage culturel et désir d’émancipation. À la lumière des mouvements de contestation qui ont traversé le pays en 2025, cette chronique sensible prend également une résonance politique, transformant chaque photographie en archive des aspirations d’une génération.
Une exposition présentée dans le cadre du Prix Découverte 2026 Fondation Louis Roederer, à l’Espace Monoprix, boulevard Émile-Combes, place Lamartine, 13200 Arles.

2. Bertien van Manen – Les Échos de l’ordinaire
Bertien van Manen, Ljalja, Odessa, 1991. Avec l’aimable autorisation de la Fondation Bertien van Manen.

Ancienne mannequin devenue photographe après avoir découvert le travail de Robert Frank, la photographe néerlandaise Bertien van Manen s’est immergée dans le quotidien de familles en Russie, en Chine, aux États-Unis ou dans les Balkans, partageant leur vie avant de sortir son appareil. Ses images, qui évoquent parfois les albums de famille sans jamais en être, racontent la grande Histoire à travers les existences ordinaires. Loin du spectaculaire, Bertien van Manen capte des instants de tendresse, de fatigue ou de joie qui révèlent la force de celles et ceux confrontés aux bouleversements politiques et sociaux. Une façon aussi de célébrer le travail d’une artiste disparue en 2024 à l’âge de 89 ans. Autrement dit : une pionnière.
Dans le cadre du Grand Arles Express, au Centre de photographie de Mougins, 43, rue de l’Église, 06250 Mougins.

3. Martine Barrat – Soul of the City
12A. Martine Barrat, Block Party [Fête de quartier], Harlem, 1992. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et la Galerie Rouge.

Autre artiste féminine bien trop longtemps restée confidentielle, la photographe franco-américaine Martine Barrat expose cette année ses sublimes clichés. Une déclaration d’amour aux quartiers populaires de New York et aux communautés marginalisées. Arrivée aux États-Unis en 1968 comme danseuse, elle voit sa carrière brutalement interrompue par un accident avant de se tourner vers la photographie. Des gangs du South Bronx aux salles de boxe de Harlem, en passant par la communauté de la Goutte d’Or à Paris, elle documente pendant des décennies celles et ceux que l’on regarde rarement. Son approche repose sur une immersion totale : Barrat vit avec les habitants, partage leur quotidien et photographie sans misérabilisme. Une façon de prouver qu’à 93 ans, il n’est jamais trop tard lorsqu’on veut célébrer les solidarités et les urbains souvent réduits à leurs clichés.
À l’Espace Van Gogh, place Félix-Rey, 13200 Arles.

4. Olivier Metzger – Somewhere and Somehow
Olivier Metzger, Snapshot, 2013 © Olivier Metzger/Modds.

Rares sont les photographes français qui peuvent se vanter d’avoir mis le cœur de David Lynch en émoi. Olivier Metzger fait partie de ces élus, et lorsqu’on regarde de plus près son œuvre si particulière, on comprend mieux pourquoi le maître du WTF l’a adoubé. Ancien infirmier en hôpital psychiatrique devenu photographe après son passage à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, Olivier Metzger composait des images baignées d’une lumière irréelle, à mi-chemin entre rêve et cinéma, en brouillant constamment les frontières entre rêve et réalité. Sa mort, il y a quatre ans, a précipité le monde de la photo dans un cauchemar, lorsqu’à 49 ans il est décédé tout près d’Arles alors qu’il s’apprêtait à aller photographier la pochette d’un album de Clara Ysé. Conçu par l’écrivain Éric Reinhardt, cet hommage remet cet artiste singulier dans la lumière, le temps d’un été.
À la Croisière, 65 boulevard Émile-Combes, 13200 Arles.

5. Harry Gruyaert – A Sense of Place
Harry Gruyaert, Carnaval, Anvers, Belgique, 1992. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de Gallery FIFTY ONE, Anvers.

Magicien de la photographie couleur et membre de Magnum Photos depuis 1982, Harry Gruyaert parcourt les villes du monde depuis plus de cinquante ans avec un regard immédiatement reconnaissable. De Paris à Tokyo, de New York à Mumbai, il s’intéresse moins aux monuments qu’à la façon dont la lumière, les teintes et les silhouettes transforment l’espace urbain. Chez cet artiste belge de 84 ans, une façade rouge, une ombre ou un passant anonyme suffisent à composer une image presque cinématographique. Derrière cette esthétique maintes fois copiée mais jamais égalée se cache pourtant une véritable chronique de la vie moderne, où cafés, trottoirs et places publiques deviennent le décor des rituels quotidiens. Et si on en profitait pour mettre un peu de couleurs dans notre vie ?
À la chapelle Saint-Martin du Méjan, place Jean-Baptiste-Massillon, 13200 Arles.

6. Nous ne sommes pas seuls
Yves Bosson, Jean-Claude Ladrat, constructeur de soucoupes volantes, 1993. © Yves Bosson / Agence Martienne

À l’heure où les USA ont déclassifié des centaines de documents relatant l’apparition d’OVNI et que l’Assemblée nationale organise un tout premier colloque sur ces objets célestes, les Rencontres arlésiennes prennent aussi de la hauteur avec cette exposition collective venue (presque) d’ailleurs. Le point de départ ? Une célèbre photographie réalisée en 1975 par le Suisse Billy Meier, convaincu d’avoir été en contact avec des civilisations interstellaires. Son cliché, devenu l’une des images les plus iconiques de l’ufologie et popularisé jusque dans l’affiche de la série The X-Files, ouvre un parcours fascinant mêlant archives, photographies et œuvres contemporaines. Organisée autour de trois axes – les formes des objets observés, les récits de témoins et les croyances nées de ces expériences –, l’exposition explore la manière dont la photographie nourrit, à l’instar des films ou des séries TV, notre fascination pour les potes d’E.T.
Exposition lauréate de la bourse de recherche curatoriale 2025, à la Croisière, 65 boulevard Émile-Combes, 13200 Arles.

7. L’Image cannibale
Henriette Sabroe Ebbesen, Lust [Désir], série Feminine Development [Développement féminin], 2019. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mélissa Boucher Morales, Scrolling [faire défiler], 2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Jocelyn Wolff.

Et si la photographie n’était pas une simple fenêtre ouverte sur le monde, mais un organisme vivant capable de le dévorer ? C’est l’hypothèse audacieuse (et un peu chelou) de cette exposition collective réunissant huit artistes autour du pouvoir physique de l’image. Photographies, sculptures, vidéos et installations brouillent les frontières entre représentation et matière. Corps déformés, reflets, chutes, surfaces miroir ou tirages monumentaux donnent l’impression que les images absorbent le réel autant qu’elles le montrent. Le visiteur devient alors lui-même acteur de cette expérience, pris dans un jeu de regards où observer revient aussi à être observé. Une exposition aussi conceptuelle que sensorielle, qui interroge notre rapport aux images à l’heure où celles-ci semblent plus présentes, plus envahissantes et plus voraces que jamais. Bon appétit, baby !
À la chapelle de la Charité, 9 boulevard des Lices, 13200 Arles.

7. Marc-Antoine Barrois – 10 years after B683, a collective photographic work about perfumes at home
Chez Monica Breese, à Miami © samantha fandino.

On savait, depuis la dernière Design Week de Milan, que le couturier et parfumeur Marc-Antoine Barrois avait unn goût prononcé pour l’art sous toutes ses coutures, puisqu’il y a remporté le prix de la meilleure installation. À Arles, il s’empare de la photo pour déployer une œuvre collective regroupant plus de 70 photographes à travers le monde. Tous·tes ont eu carte blanche pour photographier un flacon de la marque chez son propriétaire, d’une luxueuse demeure de Dubaï à une chambre d’étudiant parisienne, tout en faisant escale à Varsovie, Kuala Lumpur ou Mumbai. Au total, 164 photos sont exposées, histoire de montrer que la beauté vient toujours de l’intérieur et que la diversité peut révéler mille visages.
Exposée dans le cadre du festival OFF Arles 2026, à la Maison Close, 14 passage Robert-Doisneau, 13200 Arles.

Les Rencontres d’Arles, jusqu’au 4 octobre 2026. Plus d’infos ici.