MIXTE. “Jawbreaker” vient de sortir, quel a été le mood pour ce nouvel album ?
SAM QUEALY. Je voulais vraiment créer un album positif dans ces temps sombres qu’on vit en ce moment. Cet album c’est un peu pour échapper à tout ce qu’il se passe en ce moment, j’avais envie de quelque chose de fun. Je ne sais pas si c’est pour fuir quelque chose ou aller vers quelque chose d’autre mais c’est l’idée d’un projet momentum.
M. Que raconte-t-il de la Sam Quealy d’aujourd’hui ?
S. Q. Je pense que je m’y montre plus sensible que dans mon précédent album. Il montre mon côté doux et avec le titre “Jawbreaker”, je voulais explorer cette idée d’avoir une enveloppe hyper dure et badass. Sur la couverture, j’ai une allure de méchante alors qu’à l’intérieur, il y a de la douceur, de la féminité. C’est à l’image de ma dualité que je voulais mettre en avant dans ce disque.
M. Ce nouvel album est très visuel, presque cinématographique. Comment as-tu pensé son univers esthétique, et quel rôle jouent les images dans ta manière de raconter la musique ?
S. Q. C’est vrai que l’aspect visuel est très important pour moi, c’est une façon de donner à voir à quoi ressemble ma musique. Quand j’écris, je sais déjà quel personnage je veux incarner pour ce son, ou l’émotion que je veux ressentir alors je mets tout ça dans le clip, sur scène, dans la façon de m’habiller, dans la façon dont je bouge, y compris dans ma démarche ou tout simplement dans la façon dont je me tiens debout sans rien faire… Mais je suis aussi inspirée par plein d’autres références, comme des personnages de cartoon comme Wonder Woman, des défilés de mode, comme ceux d’Alexander McQueen ou de Jean-Paul Gaultier, des rock stars comme Mick Jagger, tout comme l’opposé, des pop stars comme Madonna, Gwen Stefani, David Bowie…
M. On retrouve effectivement leur attitude un peu badass dans ton clip “Londontown”…
S. Q. C’est un clip qu’on a tourné à Ivry, dans cet espèce de hangar squat devant lequel je passais souvent devant puisque j’habite là-bas, je me disais, cet endroit a l’air ouf. J’ai demandé au mec qui était là si on pouvait tourner ici et ça a été un vrai clip DIY avec tout le monde qui participe. Mes amis sont dedans, mon manager aussi et même le réalisateur fait de la figuration ! Tout le monde était là, y compris mon producteur dans la scène de fin où tout le monde danse, c’était vraiment cool. J’ai voulu recréer cette scène de danse, inspirée par les gabbers puisque j’ai moi-même été une grande raveuse. J’ai pas mal été dans les spots où on danse le gabber ou le hakken, qui désigne ce style où on saute originaire des Pays-Bas il me semble, et j’ai voulu la reproduire mais en version chorégraphiée.
M. Avant la musique tu étais danseuse et tu t’es notamment formée au ballet classique…
S. Q. Oui et je pense que le ballet a été une bonne chose pour moi, parce que ça m’a apporté une discipline. Mon enseignement a été hardcore avec des enseignant·e·s super strictes m’ais ça m’a vraiment donné cette notion du travail acharné. J’étais vraiment folle, adolescente, je dormais en grand écart en espérant travailler ma souplesse encore plus profondément, ce qui terrifiait ma mère. D’ailleurs aujourd’hui, je l’ai toujours sans avoir besoin de m’échauffer tellement j’ai entraîné mon corps, donc ça a payé ! Mais voilà, je dirais que j’ai toujours été le cygne noir, un peu la rebelle du cours, je fumais des cigarettes et essayais de motiver les autres à sécher les cours genre “venez on fait un truc cool, on va à une fête”.
M. Comment cette discipline continue-t-elle de traverser ta manière de danser et d’habiter la scène ?
S. Q. C’est aussi à ce moment-là que j’ai appris sur moi. Il y avait tellement de règles que je rêvais d’enfreindre un peu comme avec l’expression “jawbreaker” qui veut compromettre les attentes qu’on a de nous. Ça m’a donné envie de prendre ma propre voie même si mon passé de danseuse classique reste hyper important dans ma construction et dans mon projet professionnel. J’ai tenu à chorégraphier ma tournée, à travailler avec pas mal de danseur·se·s ici à Paris. J’ai pas vraiment de groupe live avec moi, mon groupe ce sont mes potes gays sur scène.
M. Le voguing, notamment au sein de la House Comme des Garçons, occupe aussi une place importante dans ton parcours. Qu’est-ce que cette culture t’a appris sur l’identité, le genre et la liberté ?
S. Q. Je pense que la scène Ball Room et la communauté m’ont beaucoup appris à avoir confiance en moi, savoir qui je suis et ne pas m’ excuser. Aussi, je venais d’emménager à Paris, je ne parlais pas un mot de français et j’ai pourtant été tout de suite acceptée dans cette House. On ne parlait pas la même langue mais on communiquait par la danse et le corps. J’ai du mal à y participer encore aujourd’hui parce que je suis tout le temps en tournée mais je suis très reconnaissante envers la scène Ball Room, ils·elles m’ont tellement apporté. Le voguing c’est assez politique et quand ça a commencé dans les années 80 à New York c’était vraiment underground. L’idée c’était que tout le monde pouvait devenir qui il voulait ce que je trouve très inspirant.
M. Côté musique, on perçoit dans ton son une énergie eurodance, des influences hyper pop, voire disco punk. Comment toi, tu définirais ton genre de musique aujourd’hui ?
S. Q. Un peu de tout ça à vrai dire. Un bon mélange d’électro, disco, new wave, euro dance… L’euro dance étant très présente dans mon travail car j’adore les rythmes que je mets un peu à toutes les sauces. C’est un peu tout ce que j’aime mixé ensemble, mais c’est toujours difficile à définir en un mot… C’est pour ça que j’aime bien parler de techno pop même si ce n’est pas vraiment de la pop parce qu’il y a des éléments hard dance ajoutés à ça. Mais bon, c’est pas vraiment de la techno non plus… Disons que c’est surtout ma version de ce que je pense bien sonner.
M. Tu cites souvent comme références Madonna, Nina Hagen, Marlene Dietrich, Jessica Rabbit. Si tu devais dresser ton portrait robot, comment ces artistes s’intègreraient dans la description de celui-ci ?
S. Q. J’aime toutes ces femmes parce qu’elles sont badass et assument qui elles sont. Je m’identifie aussi aux femmes qui ont une dualité entre le féminin et le masculin. J’ai vraiment cette énergie. Parfois je peux m’habiller méga féminine un peu comme un cartoon mais en même temps être hardcore et puissante avec les jambes ouvertes, en mode bitchy et agissant à l’inverse de comment une femme est censée se comporter.