M. Même si tu récuses l’étiquette militante, tes convictions personnelles sont forcément là. Comment les concilies-tu à ton travail – si tu arrives à le faire ?
S.P. De moins en moins, et ça me peine. Je trouve ça dur d’évoluer dans ce milieu et d’être en accord avec mes convictions. Aujourd’hui, c’est plus compliqué par exemple avec la mode, qui finance beaucoup le cinéma. En tout cas, j’essaie de travailler sur des projets qui me sont chers. Mais l’autre facette du métier, l’autopromotion constante, me paraît aussi hypocrite par rapport à ce que je revendiquais il y a quelques années. J’y pense beaucoup, je me demande comment mettre mes actes en conformité avec mes idées. Au Québec, il n’y a pas du tout cette culture, la starisation, les défilés… Puis il y a les réseaux sociaux aussi : il est rare que les comédien·ne·s puissent se permettre de s’en passer. Mais pour persister, il faut un peu jouer le jeu. Il faut peut-être accepter nos contradictions et ne pas en retirer une peur de s’exprimer.
M. Es-tu sensible, dans tes choix de films, à la question de la douceur et à sa dimension politique ?
S.P. Je ne pense pas qu’on puisse être guidé·e par ça. Ce qui m’amène à faire un projet, c’est l’histoire ou le personnage. Ou alors une grande confiance dans la personne qui le porte. Ce serait évidemment plus simple si on pouvait prévoir qu’on se retrouverait piégé·e dans des dynamiques. Je m’en tiens à suivre des projets qui me stimulent. Je préférerais ne pas jouer pendant trois ans, et travailler à la billetterie d’un théâtre ou en restauration, plutôt que jouer quelque chose que je n’aime pas.
M. Trouves-tu de la douceur en France ?
S.P. Oui, dans la sociabilité. Cette culture de prendre des cafés tout le temps… À chaque fois, je me fais avoir, je pense que c’est à l’américaine et que ça va être annulé, alors que les gens le font vraiment. Au début, j’ai trouvé les gens très froids. Les Québécois·es sont comme des pêches, très doux·ces à l’extérieur et dur·e·s à l’intérieur, alors que les Français·es sont des noix de coco : tout l’inverse. Au Québec, il y a moins de partage.
M. Quel est le prochain projet qui te tient le plus à cœur ?
S.P. “Faux Gun”, de Rémi St-Michel. J’ai eu tellement de plaisir à le faire ! C’est un premier film qu’il prépare depuis dix ans, il sait exactement ce qu’il veut. Il y a une énergie à la Safdie, époque “Mad Love in New York” (2014, ndlr) : tout en caméra épaule, sans éclairage, dans la rue. Des longs plans-séquences, avec beaucoup d’improvisation, de liberté. Je me rappelle une scène dans un dîner, tournée au milieu de vrais client·e·s qui s’éloignaient de moi : j’étais repoussante, je puais. C’était grisant d’aller aussi loin dans l’incarnation d’un personnage.
M. Quelle est la chose la plus douce que tu aies vécue dernièrement ?
S.P. Un concert de Cameron Winter au Cabaret Sauvage. Il était juste accompagné de son piano, avec une douche de lumière, dos au public. Il a joué pendant une heure comme ça… Mais je pense aussi à mon père, que j’appelle régulièrement. C’est mon confident, je lui dis tout. C’est un sentiment de douceur qui me prend à chaque fois, sa disponibilité permanente. Ça renvoie sûrement à l’enfance.