On pourrait voir en lui un Rimbaud du XXIe siècle s’il ne sortait pas tout droit de la campagne anglaise. Chemise ample mollement retroussée, avant-bras perlés de tatouages, regard céruléen mi-mélancolique, mi-malicieux, Sonny Hall a des allures de poète maudit à la sauce Peter Doherty. Entré en littérature en 2019, avec The Blues Comes With Good News, un recueil de poèmes d’abord autoédité, puis publié par Hodder & Stoughton, le mannequin devenu écrivain confirme sa plume fiévreuse et lucide avec On The Soft Edge, son deuxième ouvrage publié chez Saint Laurent Éditions en 2024. Il faut dire que la mode n’a pas de secret pour lui. Représenté un temps par l’agence de Kate Moss, le Londonien au minois de jeune premier a défilé pour Burberry, posé pour Nick Knight, collaboré avec Gucci, tenu le rôle principal dans un film de Jim Longden To Erase A Cloud, avant de trouver dans l’écriture une voie de réconciliation avec ses traumas d’enfance – une adoption, avec son frère jumeau, à l’âge de 4 ans, la mort de sa mère biologique à la suite d’une overdose, et sa dépendance aux drogues qui l’a conduit en cure de désintoxication en Thaïlande. Cœur à vif un jour, cœur à vif toujours, son envie de créer du lien le pousse à faire famille autrement, à travers la collaboration. D’abord en créant la maison d’édition Blue Beggar Books avec son ami Ryan Kevin Doyle afin de donner une voix aux invisibles, puis en se frottant à la production d’un court-métrage, RAK, dans lequel joue l’iconique Béatrice Dalle. Si la peinture occupe aujourd’hui une grande partie de son temps, Sonny Hall est de ces créatif·ve·s polymathes dont le voyant reste constamment au vert.
Mixte. En 2019, tu as autoédité The Blues Comes With Good News, avant que l’ouvrage ne soit repéré, puis publié par la maison d’édition Hodder & Stoughton. Qu’est-ce qui rendait si impérieux, pour toi, le besoin de faire exister ces poèmes dans un recueil ?
Sonny Hall. Je me suis mis à l’écriture avec une curiosité innocente, presque enfantine, habité par une certaine liberté et une absence de conscience de soi. Je ne savais pas encore ce qui faisait la force d’un poème, ou ce qui donnait du sens à une œuvre. Ça ne veut pas dire que The Blues Comes With Good News manquait de profondeur, mais plutôt qu’il a été écrit sans filtre, sans attente ou jugement. Ce n’est qu’après sa publication que j’ai commencé à appréhender mon travail avec un regard plus critique. La collaboration avec Hodder & Stoughton m’a énormément appris, non seulement sur l’industrie, mais aussi sur ma propre relation à l’écriture.
M. Quand on lit tes poèmes, on se rend compte qu’ils s’inscrivent souvent entre la mémoire et le deuil. L’écriture serait-elle pour toi un moyen de surmonter la douleur ?
S. H. J’essaie à la fois de vivre avec mes émotions et d’en faire mes alliées. La maturité m’a appris à les transformer par l’écriture et la création, avec une forme de légèreté. Écrire me permet d’être sincère sans me laisser submerger. Paradoxalement, je n’ai pas écrit depuis un peu plus d’un an – c’est la peinture qui m’accompagne désormais. Elle est née du même élan, mais m’a offert un autre espace. Un cadre capable de donner forme à cette énergie. Aujourd’hui, j’ai envie de mouvement, de geste, de matière et d’instinct.