C’était l’évènement à ne pas louper cette semaine – avec le début des shows Homme SS23 ofc – le grand retour de Queen B herself, qui a dévoilé, en avance, son single « Break my Soul », annonçant la sortie de son album Renaissance prévue pour fin juillet. Une bombe House aux paroles anticapitalistes qui a quasi immédiatement été adoptée comme l’hymne de la Grande Démission aux US, et un shout out à l’une des pionnières noires de la house music des 90s, Robin S.

She’s back by popular demand. 2 ans après son dernier projet, “Black is King”, claque visuelle incroyable filmée entre New York, la belgique et plusieurs pays d’afrique, qui célébrait la résilience et la culture noire, Beyoncé revient avec un nouveau titre “Break my Soul”, sorti à l’aube ce mardi 21 juin, occultant, presque, la sortie de “Méchante” de notre chère Aya. Difficile de ne pas se faire pousser sur le téco quand Bey décide de revenir sur le devant de la scène, surtout après une longue absence. Avec “Lemonade”, son dernier album solo qui date de 2016, Yoncé mettait une bonne rouste à Jay Z en public pour ses infidélités et, à plus grande échelle, dénonçait le racisme endémique aux Etats-Unis. Avec “Break my Soul”, elle semble vouloir, en apparence, réintroduire un peu de légèreté et nous faire shaker méchamment nos bootys. Mais ce serait mal connaître Queen B, qui, en parfait reflet de son époque, distille dans ses titres les faits de société brulants du moment… Ici, le phénomène de la Grande Démission aux States et le rejet du capitalisme. Boy Bye.

Une question de timing

 

Y’a pas à dire, Yoncé, c’est vraiment la reine du bon timing. Comme se plait à le démontrer le compte Insta @DietPrada, en publiant une flopée de memes -parfois très drôles- juste quelques heures après la sortie de « Break My Soul », les grands tubes de Beyoncé portent en eux une parfaite temporalité qui les propulsent au rang de véritables hymnes emblématiques de mouvements sociaux-politiques. Rappelez vous, en 2011, « Run the World (Girls) », issu de son 4ème album solo « 4 », se faisait précurseur d’une vague de contestation féministe mondiale et de l’avènement du « girl power » à toutes les sauces. « Le clip de « Run the World », c’est Mad Max qui rencontre le MLF (Mouvement de Libération des Femmes) », analyse Olivier Cachin, journaliste et écrivain spécialisé dans l’histoire du hip hop. En 2013, Beyoncé réaffirmait son engagement féministe avec « Flawless », dans lequel elle reprenait une partie du discours de la romancière nigérienne Chimamanda Ngozi Adichie intitulé « We should all be feminists ». Oui, c’était bien avant que Maria Grazia Chiuri ait l’idée de coller le slogan sur des T-shirt blancs pour la collection SS17 de Dior. Nombreux sont celles et ceux à avoir remis en question l’engagement féministe de Bey. Margaux Collet-Raphaëlle et Rémy-Leleu, du collectif Osez le Féminisme !, ont même été jusqu’à écrire un livre pour tenter de répondre à la question à 100 000 doll’s : « Beyoncé est-elle féministe ? » (F1rst Éditions, 2018).

2016, alors que les mouvements féministes, #MeToo, et antiracistes, BLack Lives Matter, explosent aux Etats-Unis puis un peu partout dans le monde, Bey sort son 6ème et dernier album solo, « Lemonade », véritable manifeste féministe et antiraciste. Elle dénonce les infidélités de son mari Jay Z (« Sorry »), continue à marcher la tête haute, batte de base ball à la main (« Hold Up ») et appelle la communauté afro-américaine à prendre le pouvoir face aux actes de racisme endémique dans « Formation ». Le clip fait d’ailleurs très clairement référence à BLM avec des plans sur des graffitis « Stop shooting us » et sur des policiers anti-émeutes mains en l’air face à un enfant noir dansant en face d’eux. Et si ce n’était pas déjà suffisamment obvious, Bey confirme son statut d’icône du mouvement BLM avec avec une inoubliable performance au Superbowl la même année en 2016, toute de cuir vêtu et point levé en hommage au mouvement Black Panther. Plus qu’une performance, un acte politique gravé dans la mémoire de la pop culture américaine.

L’appel à la Grande Démission

 

Si les actes de racisme sont encore loin d’avoir disparu aux Etats-Unis et ailleurs, c’est un autre phénomène de société que Beyoncé cible dans « Break my Soul ».

« Damn, they work me so damn hard
Work by nine
Then off past five
And they work my nerves
That’s why I cannot sleep at night »

Il nous en fallait pas plus pour capter dès le 1er couplet la référence au phénomène de la Grande Démission aux Etats-Unis qui a conduit, depuis la pandémie de Covid-19, plus de 47 millions de salariés à quitter leurs emplois. Épuisement professionnel, perte de sens, rejet d’heures de présence au bureau imposées, dénonciation de comportements abusifs d’employeurs, … c’est tout un système capitaliste broyeur de « soul » qui se voit sérieusement remis en question aux States depuis 2021. L’Europe n’est d’ailleurs pas en reste, on est surs que vous avez autour de vous pas mal de potes qui ont claqué leur dem’ ces deux dernières années pour aller faire de la céramique ou du yoga en Inde, hein ! C’est donc, une fois de plus, un timing parfaitement maitrisé pour Yoncé qui confirme son statut de lanceuse d’hymne sociétal, anti-capitaliste cette fois, avec « Break my Soul ». Du haut de ses millions de $ (on ne les compte même plus), B garde un oeil sur le sort des ses compatriotes qui en ont ras le c** et nous susurre de tout plaquer pour retrouver notre liberté et aller brûler le dancefloor avec une new vibration. Pas besoin de le dire deux fois.

Music for the Soul

 

Musicalement parlant, avec « Break my Soul », Bey en profite pour remettre sur le devant de la scène un mouvement musical underground longtemps méconnu dans son propre pays, la House. Courant né à la fin des années 80 sur les cendres du disco dans les clubs gay de NYC, Miami et Chicago, essentiellement porté par les communautés noire et latina où régnait un vrai vent de folie queer, une soif de liberté et de mélange des genres. Vous aurez surement reconnu dans « Break my Soul » le sample de « Show me Love », de Robin S, bon gros hit de club comme on en fabriquait à la pelle en 1993 dans les studios d’enregistrement de la East Coast à l’époque. De la house music pure, faite de basses et de paroles qui invitent à oublier les chagrins d’amour, les dures semaines de taff et la mort qui rôde – l’épidémie faisait alors rage à New York. Les plus mélomanes d’entre nous auront peut-être reconnu également les paroles du tube « Explode » (2014) de Dj Freedia, « Explode » (2014), icône de la Bounce music et activiste queer.

« Release ya anger, release ya mind
Release ya job, release the time
Release ya trade, release the stress
Release the love, forget the rest »

Un clin d’oeil à la communauté LGBTQIA+ qui, en plein mois des fiertés, n’est pas passé inaperçu. Well done B.