M. Dans tes chansons, tu évoques à plusieurs reprises le ciel et ses nuances, “les couleurs pastel”, et souvent cette chromie imagée appelle à la douceur. On dirait que l’art pictural tient une place majeure dans ta création…
D. Absolument, oui. Je fais de la peinture, c’est mon petit club du troisième âge. L’aquarelle qui est sur le disque, c’est une de mes peintures, d’ailleurs. Depuis longtemps, je visite les musées, j’ai étudié des peintres. J’aime beaucoup Caspar David Friedrich (peintre, dessinateur et graveur allemand, considéré comme l’artiste le plus influent de la peinture romantique allemande du XIXe siècle, ndlr) dont j’ai découvert le travail dans un livre d’art. C’est d’ailleurs souvent comme ça, au travers de lectures, que je découvre des petites pépites qui entrent dans mon musée personnel. Comme une toile ou un paysage qui a fini par inspirer un tel ou un tel.
M. La nature serait donc un peu ta première source d’inspiration…
D. C’est sûr que la mer et le ciel sont des panoramas stéréotypés et clichés. La photo qu’on voit le plus sur Instagram, ça doit être des bords de mer. Donc je l’utilise moi aussi, et si on me dit que c’est pas très original, je m’en fous. Pourquoi se vouloir plus original ou plus malin que la beauté de la création ? Un bord de mer, des montagnes, le ciel, c’est vu et revu, mais ça me fera toujours le même effet ! À chaque fois que je vois la mer, j’ai un sentiment d’apaisement, de bonheur, ça met tout à plat. La mer Méditerranée me touche particulièrement, mon père vient d’Afrique, donc c’est symbolique.
M. En parlant de la mer, la figure de la mère, voire l’état fœtal, est un thème présent dans tes textes. Est-ce pour toi le lieu ultime de la douceur ?
D. Tout dépend de la mère qu’on a, mais c’est vrai que le premier rapport au corps, à la chaleur humaine, à la douceur, à la nourriture, c’est la figure maternelle, son corps, sa voix, ses yeux, son odeur. J’ai moi-même des enfants, et c’est vrai que, la nuit, pour calmer un·e petit·e qui commence à dormir seul·e après avoir pris l’habitude de dormir avec sa mère, il faut lui laisser un tissu ayant son odeur, ça va l’apaiser. Dans la condition humaine, une mère, c’est tout. Romain Gary en a fait un livre, “La Promesse de l’aube”, c’est pas pour rien. Une mère, c’est une cathédrale, un refuge, une sécurité.