Kate Moss, Fashion: Sarah Burton for Alexander McQueen,
Van Cleef & Arpels, and Julian d’Ys, The Ritz, Paris 2012.
[photographs of Kate Moss at the Paris Ritz
for Vogue US April 2012 issue] © Tim Walker.

Du 20 septembre 2025 au 22 mars 2026, Le Victoria & Albert Museum de Londres présente “Marie Antoinette Style”, une grande exposition qui revient, au travers d’archives et de pièces couture, sur l’influence stylistique indéniable de la fameuse Reine de France dans la mode et dans la pop culture.

En 1770, alors que Marie-Antoinette, âgée de 14 ans, vient de quitter Vienne pour Versailles, l’impératrice Marie-Thérèse (sa daronne) lui écrit une lettre de départ dans laquelle elle lui dit : « Tous les regards seront tournés vers vous ». Plus de deux siècles plus tard, cette prévention sonne comme une prédiction, tant Marie Antoinette a obsédé son époque de par son style, son attitude et ses comportements. Une obsession qui continue aujourd’hui puisque le Victoria and Albert Museum de Londres consacre à la reine une grande exposition. Baptisée “Marie Antoinette Style”, cette dernière revient, au travers d’archives et de pièces couture, sur l’influence stylistique indéniable de la fameuse Reine de France dans la mode et dans la pop culture, et réunit pour l’occasion plus de 250 objets, dont ses chaussons de soie, des bijoux de sa collection privée et la dernière lettre qu’elle rédigea en prison.

Portrait de Marie-Antoinette à la rose, Élisabeth-Louise Vigée Le Brun © Château de Versailles, Dist. Grand Palais RMN Christophe Fouin
Dress, ‘robe de style’, white organza with artificial flowers, France © Victoria and Albert Museum, London

Autant de pièces à convictions qui prouvent que l’attrait pour Marie-Antoinette est encore aussi frénétique que celui pour le Dubaï Chocolate ou les Labubu. Que ce soit à travers ses goûts esthétiques, sa manière de consommer et de vivre, ou son destin tragique, elle a inspiré aussi bien l’impératrice Joséphine que Vivienne Westwood, Sofia Coppola, Jeremy Scott pour Moschino ou encore Manolo Blahnik, sponsor de l’exposition qui pour l’occasion a décidé de sortir une collection capsule de chaussures et de souliers inspirées par la Reine. Rien d’étonnant après tout quand même la commissaire de l’exposition Sarah Grant nous confirme (si on en doutait encore) que Marie Antoinette fut “la reine la plus à la mode de l’histoire”.

Collection Capsule MANOLO BLAHNIK / Courtesy of MANOLO BLAHNIK
Collection Capsule MANOLO BLAHNIK / Courtesy of MANOLO BLAHNIK

Si son image reste souvent associée à l’excès (robes brodées de diamants, rubans, dentelles, velours, soie, parures, bijoux etc) au point de paraître “plus un galion qu’une femme, ou même un gigantesque gâteau”, comme l’avait décrit sa portraitiste officielle Élisabeth Vigée Le Brun, la Reine pouvait aussi donner à voir d’elle un côté plus naturel et plus intime. C’est justement Le Brun qui nous l’a fait découvrir quand elle a peint le tableau “Marie-Antoinette en chemise”, dans lequel la Reine porte une simple robe de mousseline blanche en coton. Cette tenue, jugée “irrévocablement proche de la lingerie”, déclencha à l’époque un tel scandale que l’œuvre dut être retirée, au point de déclencher aussi une vraie tendance pour le coton et avec elle l’essor de l’esclavage. Elle fut remplacée par Marie-Antoinette à la rose, où la souveraine reprend la même pose mais en robe de soie bleu acier, “relâchée” par rapport aux codes de la cour.

Film still from Sofia Coppola’s Marie Antoinette. Photo courtesy of I WANT CANDY LLC. and Zoetrope Corp
Wedding gown of Duchess Hedvig Elisabeth Charlotta (later Queen of Sweden). Photo courtesy of Göran Schmidt Livrustkammaren, SHM (CC BY 4.0)

C’est justement cette tension entre excès et simplicité qu’on retrouve au Petit Trianon, son refuge loin de l’étiquette étouffante de Versailles où elle fit construire le célèbre Hameau, village champêtre à la fois idyllique et décrié. Marie-Antoinette n’était pas seulement une consommatrice compulsive. Elle fut la première reine de France à allaiter ses enfants, protégea des artistes femmes comme Vigée Le Brun, et imposa un goût pour les tissus légers et les fleurs naturalistes. Hélène Delalex, conservatrice à Versailles, rappelle d’ailleurs qu’il serait plus juste de parler de “style Marie-Antoinette” que de “style Louis XVI”. Et si son train de vie restait impressionnant — 80 à 90 robes par an, quatre paires de chaussures par semaine, il était en fait tout simplement comparable à celui de ses prédécesseur·e·s ou de son mari. Ce qui changea pour elle, c’était le contexte : une France au bout du rouleau économique et qui ne pouvait plus supporter de telles dépenses.

Portrait of Marie Antoinette, Queen of France, in a court dress. Oil painting by François Hubert Drouais, 1773 © Victoria and Albert Museum, London
The Sutherland Diamonds, comprising diamond necklace with two additional diamond-set sections. © Victoria and Albert Museum, London

De quoi la transformer en bouc émissaire et l’accuser de tous les maux. Et c’est toujours plus facile quand on est une femme comme le rappelait Sofia Coppola. La réalisatrice qui s’est d’abord intéressée à Marie-Antoinette parce qu’elle semblait être une “mauvaise fille”, quelqu’un qui “semblait lécher la crème fouettée sur son doigt alors que les gens souffraient” avait finalement compris qu’elle était “dans une position impossible, avec un grand cœur mais peu de pouvoir”, avant de conclure : “Elle fut blâmée pour les troubles de son temps, comme d’autres femmes dans l’histoire”. Malgré ça, la Reine laissa des traces d’une sensibilité moderne, d’un certain “girl power”. Comme l’écrit la commissaire d’exposition Sarah Grant, grâce à elle, “la mode devint plus fluide, plus décontractée, avec une féminité assumée”.

One slipper belonging to Marie Antoinette beaded pink silk. Photo CC0 Paris Musées, Musée Carnavalet – Histoire de Paris
Fragments of a court gown belonging to Marie Antoinette © Victoria and Albert Museum, London

“Marie Antoinette Style” au Victoria & Albert Museum de Londres, du 20 septembre 2025 au 22 mars 2026. Plus d’infos sur vam.ac.uk.