“Silver Star”, 2025

Après une année 2024 mouvementée, le premier festival de cinéma LGBTQIA+ a clos sa nouvelle édition en remettant au centre le plus important : les cultures queer et le cinéma. Mixte a sélectionné pour vous cinq pépites à bientôt découvrir, ou redécouvrir.

L’année 2024 s’était terminée en eau de boudin, avec une houleuse polémique interne mêlant accusations d’antisémitisme et menaces politiques sur le festival. Chéries-Chéris, plus que précieux rendez-vous du cinéma LGBTQIA+, est heureusement remonté en selle pour une édition éclatante, qui démontre plus que jamais l’extrême vivacité d’un cinéma queer moins marginal qu’auparavant, attirant les plus grands noms et les festivals les plus prestigieux – et tout ça sans se compromettre avec le mainstream.

“Pillion” de Harry Lighton

Compétition longs-métrages
Royaume-Uni — 2025 — 103 min

Présenté en séance d’ouverture, généreusement doté en star power entre le top Alexander Skarsgård et le bottom Harry Melling (le Dudley de la saga Harry Potter, parfaitement reconverti dans le cinéma d’auteur), “Pillion” est un film queer SM aussi sensuel que tendre, qui explore le milieu des bikers BDSM à travers la rencontre d’un jeune homme timide avec le leader d’un gang de motards. Sujet sulfureux, auquel Lighton oppose un traitement en douceur, romance sanglée de cuir où la domination se veut un récit d’apprentissage épris de vulnérabilité, de consentement, d’hésitations et de confiance fragile. En compétition, “Pillion” s’impose comme un film de désir, parfois brut, souvent drôle, et incarné avec éclat. Le sexualité gay y est magnifiée comme un espace de jeu, de construction identitaire, tout en tension et en pudeur entremêlées. Temps fort du festival, il faudra attendre le 1er avril 2026 pour le voir en salles.

“Lesbian Space Princess” d’Emma Hough Hobbs

Séance événement
Australie — 2025 — 77 min

Climax pop de cette édition, ce film d’animation rose bonbon tout en clignotement de néons et punchlines directement ciblées vers le cœur de la génération Z a galvanisé les spectateur·ice·s en assumant le cartoon comme véhicule politique armé de joie et de fureur. La princesse de la planète Clitopolis part sauver sa petite amie des Straight White Males — le programme est limpide, hilarant, volontairement outrancier. Loin de tout dolorisme, le film d’Emma Hough Hobbs se place dans l’héritage des meilleurs cartoonistes de la télé américaine pour jeunes adultes, celui d’Adult Swim, de “Rick & Morty” et de “Robot Chicken”, donc de la surenchère visuelle, de la prééminence du rythme et de l’exagération cathartique, dans un space opéra revu et corrigé sous les auspices de la culture lesbienne. On attend fermement la sortie salles, ou plateformes : le potentiel de culte est bien là.

“Pédale rurale” d’Antoine Vazquez

Compétition documentaires
France — 2025 — 89 min

Dans le sillage du travail d’un Sébastien Lifshitz (“Les Invisibles”), Antoine Vazquez, natif du Béarn aujourd’hui basé à Marseille, filme l’existence LGBTQ+ loin des capitales et des lieux de concentration communautaire où s’écrit souvent la culture queer au détriment de leur contrechamp rural. Entre jardins, ronds-points, amitiés cabossées et fêtes villageoises, il capte la fragilité des identités dans un territoire où la différence reste visible, commentée, parfois blessante. Le film s’écrit en tâchant de marier mille nuances – entre fierté et solitude, désir de partir et besoin de racines. Son regard documentaire frontal, sans affèterie, habité par une profonde éthique du regard, déplace aussi bien le centre du cinéma queer que les perceptions étriquées de la campagne, montrée comme un espace social complexe, loin d’être aussi arriéré que ce que l’on s’imagine, mais où les identités minoritaires font face à d’autres obstacles : la solitude accrue, l’impossibilité de l’anonymat du fait d’une interconnaissance forte. Cinq ans de tournage condensés en une heure et demie d’une densité saisissante. Sortie le 4 mars 2026.

“Silver Star” de Ruben Amar et Lola Bessis

Compétition longs-métrages
France, États-Unis – 2024 – 102 min

Film américain mais réalisé par un couple de français, “Silver Star” se place à la fois dans la tradition du road movie criminel et dans celle d’une forme chaotique de comédie romantique, en suivant la cavale d’une sorte de femme-enfant enceinte jusqu’aux yeux et punk à souhait, kidnappée par une braqueuse noire et borgne désireuse de rembourser les soins médicaux payés par ses parents. Le film ne laisse pas le temps de s’émouvoir de ces prémisses chargées, pas loin de l’absurde, préférant se laisser embarquer d’emblée dans une fuite en avant éprise d’une sororité trash, à situer quelque part sur un large spectre allant de “Thelma et Louise” à “Baise moi” en passant par “La Balade sauvage”. Du New Jersey jusqu’au Canada, le film construit aussi une intrigue de romcom, jouant avec humour sur la coexistence réticente de ces deux créatures en rien semblables, qui vont peu à peu faire cause et vie commune, et pourquoi pas couple. En salles depuis le 26 novembre.

“When Night is Falling” de Patricia Rozema

Séances spéciales – Patrimoine
Canada — 1995 — 94 min

La rétrospective consacrée à cette réalisatrice méconnue dit bien à quel point la mission d’un festival LGBTQIA+ est aussi une mission de conservation, a fortiori quand ces cinématographies minoritaires ont longtemps été passées sous silence et sont donc plus exposées à la disparition que d’autres. Œuvre majeure du cinéma lesbien des années 1990, “When Night Is Falling” ressurgit en “cult classic” peut-être plus confidentiel ici qu’outre-Atlantique. Une professeure issue d’un cadre religieux rencontre une trapéziste lumineuse – et c’est toute une vie réglée qui se fissure. Rozema filme l’émancipation comme une chute : une descente vers le désir, vers le risque, vers l’inconnu, captée avec un lyrisme incandescent, peut-être peu daté, mais frappant de passion.

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