1. Le triomphe surprise du dandy Jim Jarmusch
Son absence cannoise lui avait collé une réputation de mouton noir : abonné à la Croisette, Jarmusch avait dû sacrément sous-performer pour s’en voir refuser l’accès. Il fut pourtant l’une des sensations de la Mostra, sur un mode réveillant le souvenir de ses grands films de flânerie et de conversations inépuisables, tels “Coffee and Cigarettes” ou “Night on Earth”. “Father Mother Sister Brother”, coproduit par CG Cinéma et Saint Laurent Productions (qui s’impose de plus en plus comme un poids lourd de la production cinématographique mondiale), est divisé en trois segments distincts décrivant les relations entre jeunes adultes et parents au sein de trois cellules familiales à Dublin, Paris et dans le nord-est américain. Comme souvent chez Jarmusch, le casting étouffe d’élégance (Adam Driver, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Charlotte Rampling, Tom Waits, Françoise Lebrun), contrastant avec un argument volontairement dérisoire, comme une Rolex portée sur un blouson élimé. Son Lion d’or a déjoué les pronostics mais aussi les habitudes d’une carrière de dandy des marges poliment invité à participer à la course aux statuettes sans toutefois qu’on l’imagine vraiment les décrocher (un peu comme Wes Anderson, pour qui il reste donc de l’espoir). On peut y voir le signe du message envoyé par le jury d’Alexander Payne : le film idéal cru 2025 est un film subtil, faussement mineur, mélancolique, délicatement drôle – une réponse peut-être à la grandiloquence de ces dernières années.