Ruben Jurrien SS27

Chaque année, la Fashion Week d’Amsterdam a lieu début septembre, mettant en avant ses talents les plus prometteurs. Dynamique, inclusive, et engagée à la fois, la mode amstellodamoise porte un regard critique — et souvent ironique — sur le monde qui nous entoure. Retour sur 5 highlights d’une Fashion Week à l’énergie plutôt contagieuse.

Grâce à Zomer, Duran Lantink ou Elza Wandler, les designers hollandais sont désormais appréciés par l’establishment mode qui avait tendance à les bouder auparavant. Pour Wandler, dont les sacs élégants et architecturaux sont vendus dans le monde entier, vivre et créer à Amsterdam comporte de nombreux avantages: “Après m’être diplômée de l’AMFI, j’ai décroché un job chez Levi’s Made and Crafted et ne suis jamais repartie. Amsterdam est une ville internationale débordante de créativité, mais on peut aussi y vivre tranquillement et sans stress.” Pour Wandler, le potentiel d’Amsterdam Fashion Week est clair, et elle voulait faire partie de son calendrier avec une présentation cocktail: “Les marques doivent se rassembler -et se soutenir mutuellement- pour construire quelque chose ici. Notre Fashion Week amstellodamoise pourrait bientôt rivaliser avec celle de Copenhague, et attirer un public de plus en plus pointu.”

1. La collection burnout de Tjeerd Marie
Tjeerd Marie SS27

Avez-vous des rapports tendus avec votre hiérarchie? Vous sentez-vous harcelé·e au bureau? Pas de soucis, Tjeerd Marie a la garde-robe qu’il vous faut. Lancée par Isa van Moorselaar et David Grimmius, Tjeerd Marie s’inspire de phénomènes de société pour en faire des collections performance. Ici, l’ironie du propos s’accorde parfaitement avec la précision des coupes et la beauté des matières. L’humour devient de moins en moins présent dans la mode, et beaucoup de designers n’osent plus s’aventurer sur ce terrain houleux. Parmi les pièces fortes du show, on retiendra la jupe post-it multicolore pour étourdi·e·s amnésiques, l’attaché-case perpétuellement ouvert qui déborde de factures impayées et de deadlines non-respectées, et bien sûr la robe-manteau burnout, brûlée à plusieurs endroits malgré sa coupe impeccable. On rit jaune, et cet inconfort rend la collection encore plus efficace. Backstage, les designers ne souhaitent pas s’exprimer et semblent dépassés par le succès du show. On espère juste qu’ils ne sont pas en surmenage…

2. Le denim upcyclé d’Atelier Reservé
Atelier Reservé SS27

Impossible d’évoquer Amsterdam sans parler de son amour pour le denim, une matière qui ne cesse d’inspirer les designers locaux. Lancé en 2016 par Alljan Moehamad et Deyrinio Fraenk, Atelier Reservé se concentre sur l’upcycling de matériaux dead stock et la reformulation d’un workwear urbain, deux thèmes que l’on retrouve souvent dans les collections hollandaises. En effet, cette mode circulaire parle de plus en plus à une jeune génération qui rejette la fast-fashion et sa consommation mode à outrance. Atelier Reservé s’inscrit dès lors dans cette quête de sens avec une partie de leur collection dédiée aux pièces uniques. En quelques saisons seulement, Fraenk et Moehamad ont construit une vraie communauté autour d’eux, revendiquant la tolérance, le métissage, et une liberté totale en termes de créativité. On aime leurs blousons oversize surpiqués à la carrure surdimensionnée, leurs jeans baggy délavés à l’ourlet frangé, et leur tracksuit raffiné en denim léger, avec son fini légèrement satiné.

3. Le vestiaire engagé de Ruben Jurriën
Ruben Jurriën SS27

Pour Ruben Jurriën, la mode est forcément militante, mais elle doit le faire dans la joie. Le designer hollandais a déjà de nombreux fans et un discours sans ambiguïté: “Les Pays-Bas ont été le premier pays au monde à avoir légalisé le mariage gay, et je suis fier d’être un designer hollandais. Pourtant, je constante la montée de l’intolérance et des mouvements d’extrême-droite dans notre pays, ce qui m’inquiète énormément. J’aimerais que l’on reste fidèle à une certaine vision des Pays-Bas comme une nation qui rassemble et revendique l’ouverture d’esprit.” La collection illustre parfaitement son propos et Jurriën s’inspire de formes traditionnelles pour un vestiaire à la fois ludique et urbain. On aime son casting résolument non-filiforme et sa volonté de rester authentique: “Vu mon poids abondant, j’ai toujours été frustré de ne pas pouvoir m’habiller chez les designers que j’aimais. Mes vêtements sont transformables et peuvent donc s’adapter au corps de chacun. La mode n’a pas besoin d’être inaccessible pour rester pertinente.”

4. Le workwear ultra-sophistiqué de Kentroy Yearwood
Kentroy Yearwood SS27

Participant de l’exposition Arcatype durant la Fashion Week d’Amsterdam, Kentroy Yearwood est une perle rare dans son paysage mode. Né à Curaçao, mais basé à Amsterdam, il dessine des collections femme et homme inspirées par le workwear. Ses pièces architecturales en brouillent les codes avec finesse, et l’épaule est l’une de ses signatures en termes de design. Parfois victorienne, ou plus affirmée en mode d’inspiration militaire, sa ligne d’épaule est à la fois contemporaine et familière, évoquant l’esthétique rigoureuse de Martin Margiela avec qui Yearwood a travaillé. Son mot d’ordre? Garder l’aisance et penser au corps avant tout: “Je suis obsédé par l’idée de mouvement et l’ingénierie du vêtement. On doit se sentir bien dans un blazer ou un manteau, même si sa coupe est archi-structurée. Je ne m’intéresse pas aux tendances sans lendemain, mais plutôt aux proportions d’un vêtement abouti qui pourra durer dans le temps.”

5. La présentation haute en couleurs de Vlisco Dialogues
VLISCO DIALOGUES SS27

Depuis plus de 180 ans, Vlisco travaille l’imprimé d’une manière surprenante. Influencée par l’art et la culture africaines, Vlisco Dialogues est une nouvelle étape dans son histoire. Au lieu d’opter pour un format défilé, Marlou van Engelen — directrice artistique de la marque — décide de présenter sa collection dans le jardin d’une maison privée en plein cœur d’Amsterdam. On craque pour ses caftans en soie chamarrée, les chemises d’homme oversize à manches courtes et les cabas imprimés aux anses de cuir naturel. Les matières sont qualitatives, et l’ambiance resort de la collection donne des envies de vacances. Pour van Engelen, l’objectif de Vlisco Dialogues est avant tout de toucher un nouveau public: “Nous sommes vendus en Italie et l’équipe du Bon Marché a apprécié la collection. C’est très important que la marque puisse éduquer et renforcer l’idée de dialogue entre cultures. De nouveaux collaborateurs se pencheront sur nos archives, qui comprennent actuellement plus de 350.000 imprimés uniques.”