Willy Chavarria SS27

C’est en pleine canicule historique que Paris a présenté ses défilés des collections Homme SS27. Malgré les degrés, un vent de fraîcheur souffle sur la mode masculine entre le renouveau des grandes maisons – Dior, Celine, Hermès – et le talent incontestable des indépendants et de la jeune création.

1. Le Big Three
Saint Laurent SS27

Saint Laurent
Écran de fumée ou écran total, c’est en tout cas dans l’écrin vaporeux Cloud #07156, imaginé par l’artiste Fujiko Nakaya, que les silhouettes d’Anthony Vaccarello se devinent. Tels des mirages, les costumes font du peau à peau, parsemés ici et là de cols échancrés et de boutons précieux à peine fermés, suivis de trenchs flous, de coupe-vents furtifs et de slips kangourou en cuir souple. Des éclats de corail, de sorbet et de menthe à l’eau crèvent le brouillard aux côtés de chaussures translucides mais gigantesques, comme pour mieux pister, encore une fois, toute la beauté qui se glisse dans l’absence. Une théorie tout sauf fumeuse, si vous voulez notre avis.

Dior SS27

Dior
Chez Dior, la soirée se prolonge bien après l’aurore. La tête encore dans la fête, les mélodies de Fred Again dans les oreilles, les silhouettes semblent pulser du vestibule au plafond. Un brin canaille, le nœud pap’ retrouve le jean sur la piste et la veste d’officier entre en résonance avec des pantalons de sequins, des gilets fishnets et des fleurs d’étincelles. Portés par l’idée du sampling et du remix, les accrocs et les déchirures volontaires deviennent des bijoux raffinés et les broderies sont minutieusement inachevées. Mixant les époques et les matières, le défilé, qui a eu lieu au musée Nissim de Camondo, se clôture par le salut d’un Jonathan Anderson, qui a, lui aussi, un trou à l’arrière de son tee-shirt. Le style est renversé. Et décidément renversant.

Dior SS27

Louis Vuitton
Pendant que le peuple crevait sous une vague de chaleur suffocante, Louis Vuitton proposait un décor de vague géante où l’eau coulait à flot. De quoi créer une vague de polémique chez beaucoup d’observateur·rice·s. Mais sur le fond, ça donne quoi ? Pharrell Williams s’inspire donc du surf pour créer un vestiaire fidèle à ses codes habituels. Ici donc, une certaine esthétique du skate à base de baskets, casquette, bermudas, hoodies, bombers et nonchalance, qui cohabite avec des propositions de doudounes, manteaux (éventuellement agrémentés de fourrure si la clim est trop forte), costumes et blouses de mousseline. Finalement, une version assez preppy du hobo de Los Angeles, à moins que ce ne soit l’inverse. Chez Vuitton, y’a plus de saison.

2. Comeback et/ou Première fois
Hed Mayner SS27

Hed Mayner
Après une collection FW26 présenté au Pitti Uomo en janvier 2026, Hed Mayner revient à Paris et  continue de proposer un vestiaire cool, élégant, ultra portable, le tout pensé comme un jeu de construction. Sur le podium, des vêtements amples et des bermudas qui invitent à l’indolence réhaussés par des costumes déconstruits, où les chemises sont portées autour du cou, sur des gilets de banquier ouverts. La bonne allure : des vestes croisées au boutonnage très légèrement cintré pour une silhouette à la fois lose et structurée. Des silhouettes agrémentées de bons détails comme des effets de rayures façon déchiqueteuse, des poignets gonflés ou des ourlets bicolores. Va aussi pour le pantone grège, craie, blanc, beurre et baby blue, avec des touches de transparence. La nonchalance comme on l’aime.

Lanvin SS27

Lanvin
Dévoilée dans un hôtel particulier parisien du XVIIᵉ siècle (nouveau siège de la maison Lanvin), la collection homme printemps-été 2027 de la maison française créée par Peter Copping — toute première à être présentée au calendrier depuis son arrivée — a proposé une interprétation raffinée de silhouettes volontairement décontractées aux allures romantiques et naturelles, déclinées dans une palette de couleurs printanières. Avec des clins d’œil au surréalisme et des références au cercle proche de Jeanne Lanvin, les pièces se traduisent par des volumes assouplis et des étoffes plus fluides qui revisitent avec délicatesse les codes traditionnels du tailoring masculin. De quoi fêter en beauté le centenaire de la ligne masculine de Lanvin qui semble enfin renaître de ses cendres. Il était temps.

Celine SS27

Celine
À la tête de la maison parisienne depuis déjà quelques saisons, Michael Rider vient de présenter sa collection masculine pour la première fois en format défilé. Dans un décor immaculé comme pour signifier cette page blanche sur laquelle le designer s’apprête à écrire l’avenir de la maison, des silhouettes un peu bourgeoises, surtout bohèmes. Influences Philo – auprès de qui il s’est formé – avec une touche de Slimane et la pâte colorée de Rider qui maîtrise parfaitement les associations chromatiques, la collection honore l’élégance flegmatique parisienne où le bobo twist son écharpe en couvre-chef, son pull en écharpe et porte ses gants autour du cou et un carnet en guise de sac, histoire de “journaler” tranquille posé entre deux fontaines du parc du Luxembourg.

Hermès SS27

Hermès
L’une des collections les plus attendues de la saison a enfin été dévoilée. Celle de Grace Wales Boner pour la ligne masculine de la maison Hermès, jusqu’ici dirigée par Véronique Nichanian après 37 ans de carrière. Un passage de flambeau réussi pour ne pas dire carré (vous l’avez ?) avec des pantalons aux coupes impeccables, un cuir à oeillets fins, tout comme les mailles qui se déclinent en bleu layette et rose dragé, le tout dans une inspiration vaguement Western pour un résultat résolument actuel.

Givenchy SS27

Givenchy
Vous connaissez les inséparables, ce couple de perruches qui ne supportent pas d’être éloignées ? Et bien, chez Givenchy, c’est tout l’inverse. Pour sa première collection masculine, Sarah Burton repense un vestiaire aux possibilités infinies, ponctué de « séparables », des pièces en cuir souple que l’on peut assembler à l’envi. Située dans la maison mère, la présentation, dialoguant avec les œuvres colorées de l’artiste britannique Rachel Whiteread, est un éclat de joie et de renouveau. Des panoplies couleur dragibus, des chemises à col amovible, des costumes serrés en haut mais moins en bas, des bombers fleuris tendent les bras à un manteau jaune canari en satin duchesse qui ne demande qu’à être votre nouveau compagnon préféré. Allez-y, ne soyez pas timide.

3. Défilés sous canicule
Egonlab SS27

Vous avez eu l’impression d’avoir passé toute la semaine dans un air fryer ? Les fashions et Yann Barthès aussi. 

Alors, pour remédier à cette odeur de terre brûlée, certains défilés ont déployé de multiples astuces pour se rafraîchir. Chez Rick Owens, entre deux exosquelettes et autres silhouettes gonflées à l’aide d’un système de ventilation (les veinards), les fontaines du Palais de Tokyo offraient une oasis certaine, arrosant allègrement le public. Pour Egon Lab, distribution de bouteilles et de pistolets à eau à l’entrée, de quoi apprécier comme il se doit les silhouettes preppy ponctuées de vêtements de nuit délicats et de taylorings tout en fluidité. Lors du final, l’équipe elle aussi armée, s’est plu à arroser les spectateurs façon Hamza la douane, gentille terreur du Canal Saint-Martin.

Rick Owens SS27, Song for the mute SS27, Ami Paris SS27

Puis direction l’écrin de verre de Jean Nouvel, qui avait plutôt des airs d’effet de serre, pour le défilé Ami. Une armada d’éventails, de ventilateurs et de rafraîchissements était proposée afin de se concentrer, non pas sur les fronts perlés de sueurs, mais bien sur des silhouettes de tous les jours, belles comme tout. Enfin, le défilé Song for the mute a été avancé à 9 heures du matin. Une très bonne stratégie pour profiter à la fois de la fraîcheur de la cour arborée du lycée Victor Duruy et celle du premier défilé au calendrier officiel du label australien, un requiem de souvenirs de longs et chauds étés tunisiens. Et sinon, pour bien profiter de la fraîcheur et des “wet bodies”, il y avait aussi la présentation de Ouest Paris. Toujours porté par une esthétique queer rétro, la marque d’Arthur Robert, entre workwear, denim et cuir façon “Cruising” avec Al Pacino, a carrément demandé à ses mannequins torse nu de s’asperger de flotte. Paris, ça dégouline.

Ouest Paris
4. Le quinté gagnant de la semaine
Junya Watanabe SS27

Le bling de Junya Watanabe
Baptisée “Bling Bling Bling”, la dernière collection de Junya Watanabe a une nouvelle fois joué la carte de l’approche reconstructive et de la collaboration (Levi’s, Carhartt, Needles, Union LA, HIDDEN, DHL, INNERRAUM…) en s’intéressant aux stéréotypes de la culture bling. Ici, les codes du workwear se mêlent aux essentiels sportswear, alors que l’imaginaire de l’entreprise côtoie une maîtrise irréprochable du tailoring. En déconstruisant ainsi les uniformes fonctionnels et les pièces emblématiques du streetwear, le créateur a réinterprété des silhouettes familières grâce à un savant jeu de patchworks, de coupes inattendues et de superpositions texturées. Le tout sans oublier les nombreux accessoires qui composaient les looks (colliers de perles, bagues diamantées, casquettes brodées et ornementées…), histoire d’asseoir la culture bling comme un style haute couture à part entière.

IM Men SS27

Les bambou d’IM Men
Pour la collection IM Men intitulée ‘In Praise of Bamboo Shadows”, l’inspiration principale est le bambou, alliance bienvenue de résistance, de résilience et de légèreté. Le trio créatif Yuki Itakura, Sen Kawahara et Nobutaka Kobayashi propose un vestiaire épuré, avec des proportions à la fois architecturales tant par les volumes que par les superpositions, et pourtant étonnamment fluides. D’abord par le pantone, clair, pur, délavé, les imprimés comme des jeux d’ombres en trompe-l’oeil, mais aussi par les détails artisanaux, notamment les cotons ajourés, rappelant une sorte de vannerie à la fois structurée et aérienne, taillée pour les climats chauds. Rafraîchissant dans tous les sens du terme.

Willy Chavarria SS27

La communion de Willy Chavarria
Chaque saison, Willy Chavarria s’impose un peu plus comme l’un des grands noms de la mode, et ce, que ce soit en termes de style, de confection ou de narratif. Avec sa collection printemps-été 2027 intitulée “Comunión” et présentée au sein de l’Espace Niemeyer à Paris, le créateur americano-mexicain s’est clairement démarqué en choisissant de célébrer le collectif face au chaos contemporain. Ici, son son style d’inspiration chicano devient un manifeste d’optimisme et gagne en élégance et raffinement au travers de silhouettes aux matières et couleurs chiadées (tailoring, robes structurées, knits sophistiqués, trench transparent en organza, imprimés floraux, pastels, robes en soie fluides, chemises utilitaires, ou encore boxers sportifs détournés sous des jupes crayon…). Et en bonus, le dévoilement de ses modèles de chaussures réalisées en collaboration avec UGG®, et qui s’apprêtent déjà â être les must-have de la saison.

Dries Van Noten SS27

L’été poétique de Dries Van Noten
Julian Klausner a fait souffler cette saison un vent nouveau sur la fashionsphère (et on ne parle pas d’une petite brise de climatiseur). En s’inspirant du poème « L’Après-midi d’un faune » de Stéphane Mallarmé, les beaux au bois dormant s’abandonnent à un imaginaire fait de flous fabuleux, de transparences délavées par le soleil et d’ondulations de soie et de satin. Entre rêve et réalité, la végétation luxuriante et les effluves légers, fragments de motifs et d’imprimés photoréalistes, enveloppent les silhouettes de ballerines, de lingerie et de shorts tout petits. Ici, au moment de l’heure fauve, rien ne pique, tout ondule à la manière d’un entre-deux délicieux. Comme un doux réveil au pays des songes.

KML SS27

La pureté de KML
En présentant tout en émotions sa deuxième collection au sein du calendrier parisien cette saison, KML — jeune marque saoudienne demi-finaliste du prix LVMH 2025 et récompensée du prix de l’Institut du Monde Arabe catégorie Talent émergent en 2025 — a réussi à affirmer un langage stylistique très personnel et, on doit le reconnaître, assez unique sur la scène mode parisienne. Déclinée dans une palette rigoureuse de noir, blanc et de gris, la collection épurée puisait dans le vestiaire traditionnel arabe, notamment le sarouel, revisité à travers des drapés architecturaux, des coupes impeccables et un tailoring modulable, le tout agrémenté notamment de détails et finnitions intérieures brillamment exécuté·e·s. Clairement, le nouveau label à suivre de cette fashion week.

5. Une autre façon de penser et présenter la mode
3.Paradis SS27, Jeanne Friot SS27

Parmi le bal classique des défilés qui se suivent et se ressemblent, certaines marques arrivent à tirer leur épingle du jeu en modifiant les formats classiques de présentation. C’est le cas notamment de 3.Paradis qui a présenté sa collection “Peacemakers” avec un vrai-faux documentaire projeté au cinéma Max Linder avant de finalement dévoiler quelques silhouettes IRL entre les rangées de la salle de cinéma. Chez Jeanne Friot, la mannequin qui a ouvert le show, est arrivée paniquée sur le catwalk. En vrai, elle tentait, habillée d’une robe de mariée imaginée à partir d’une camisole de force, de s’échapper de sa condition de femme (ovah). Bref, performance et message font toujours bon ménage chez Jeanne Friot. Quant à Kenzo, la marque japonaise a choisi d’investir la place des Victoires (lieu parisien historique de la marque), au travers d’une présentation en appartement, d’un coffee-shop, d’un fleuriste et d’un pop-up exclusif. Enfin, Meryll Rogge, gagnante de l’Andam 2025, a choisi de présenter sa collection SS27 sous forme d’une exposition au sein de l’Ambassade de Belgique.

Kenzo SS27, Meryll Rogge SS27
6. La nouvelle garde japonaise
Doublet SS27, Soshi Otsuki SS27, TAAK SS27

Le petit prince du tailoring et lauréat du LVMH Prize en 2025, Sushi Otsuki dont les collections ont souvent pour fil rouge l’office core à la vibe légèrement rétro nineties – cette décennie où les bureaux existaient vraiment – a présenté The Persistence of Memory avec des costumes certes, mais aussi des cravates et des accessoires de bureau (une tablette coincée dans le fûte). Cette saison est néanmoins plus fluide, destructurée, les revers courbés, les ceintures ouvertes et le tout fabriqué au Japon. Idem ou presque pour son homologue Masayuki Ino, fondateur de la marque Doublet dont la collection cette saison est basée sur les archétypes du touriste, de la kawaii girl ou de l’homme d’affaires. Autre figure de la nouvelle scène japonaise, Takuya Morikawa, fondateur de TAAK qui défile à Paris depuis 2020, a quant à lui puisé son inspiration dans “les fleurs et Irving Penn” et ça donne des vestes cut outs hyper travaillées, des imprimés de fleurs XXL et une élégance à la japonaise incontestable.

7. Preppy is the new pretty
Brioni SS27

Fini les dégaines énervées, les armures et le modd passif-agressif. Le preppy qui désigne ces jeunes gens bien éduqués, a infusé les collections printemps-été 2027. Si la cravate et le costume en sont les fondamentaux, le concept de l’allure preppy dans sa version moderne est néanmoins déconstruit comme chez Sacai où les cravates pendant comme des étoles, chez Acné Studios où le rose pâle domine mais sur un perfecto ou encore chez Egonlab qui joue des codes preppy en cumulant plusieurs cravates et en retroussant les manches du tailleur pour mieux laisser matcher la doublure flamboyante et les jambes du costume en short. Preppy but make it sexy.