M. Donc ce n’est pas seulement un concept visuel, mais vraiment une logique de construction ?
N.T. Oui, exactement ! Et parfois, ça passe aussi par des systèmes modulables. Par exemple, certaines pièces ont plusieurs boutons,ce qui permet de les fermer de différentes façons. Donc la silhouette peut changer selon la manière dont on les porte. C’est une autre manière d’introduire du hasard — mais cette fois-ci, au niveau du port du vêtement, pas seulement de sa fabrication.
M. Quand on regarde tes recherches textiles et formelles, et ta quête de “différence” on pourrait s’attendre à quelque chose de plus démonstratif. Pourtant, tes collections restent très maîtrisées et élégantes. Comment trouves-tu cette juste mesure ?
N.T. En fait ma perception a évolué avec le temps. Aujourd’hui, j’ai 42 ans, et quand j’étais plus jeune, dans ma trentaine, je faisais des choses plus marquées, plus “design”, avec peut-être plus de caractère, parfois plus casual aussi. Naturellement avec le temps, ce que je trouve beau a changé. Je suis de plus en plus attiré par la qualité des matériaux japonais, la précision des silhouettes, et d’autres choses plus subtiles.
M. Depuis quand ce changement a opéré ?
N.T. Ça s’est vraiment accentué ces deux/trois dernières années. Je pense aussi que c’est lié à mon environnement — les gens autour de moi, de la même génération, et ce que nous trouvons beau aujourd’hui. Donc naturellement, mon travail s’oriente vers quelque chose de plus épuré, et peut-être que c’est ça qui donne cette impression d’élégance. Mais la question pour moi, maintenant, c’est : comment intégrer une forme de “japonaisité” dans cette élégance. Et ça, c’est encore quelque chose que je suis en train de chercher.