Parce que l’éloge de la douceur – thème de notre numéro SS26 – va souvent de pair avec un certain attrait pour la brutalité, autant y aller à fond dans le paradoxe. À la fois charismatique et éminemment sympathique, sophistiqué sans être précieux, Sébastien Tellier trace son sillon de musicien depuis 2001 et la sortie de son tout premier album L’Incroyable Vérité. Après avoir marqué pendant plus de vingt ans l’histoire de la pop française et internationale – des collabs avec Metronomy et Kavinsky, un album avec Dita Von Teese, ou encore plusieurs BO de films dont celle de Narco de Tristan Aurouet et Gilles Lellouche (2004) et, plus récemment, Libre de Mélanie Laurent (2024) –, le chanteur revient plus serein que jamais avec son nouvel album Kiss the Beast, sorti le 30 janvier dernier chez Because Music. Un nom d’opus tout en contradiction qui encapsule une fois de plus les notions de dualité et d’antagonisme que Tellier avait déjà pu aborder dans ses classiques précédents, tels que “Roche” ou “L’Amour et la Violence”. Pour ce nouveau projet ambitieux, toujours sur le fil, entre intime et grandiloquence, délibérément naïf ou paradoxalement épique, il s’entoure de grands noms comme Kid Cudi, SebastiAn, le légendaire musicien et producteur Nile Rodgers ou le producteur Oscar Holter, ayant beaucoup travaillé avec The Weeknd. Alors que le chanteur fête cette années ses 25 ans de carrière et installera sa Beast à l’Olympia les 16 et 17 mars prochains avant de partir en tournée, Mixte l’a rencontré pour une interview tout en délicatesse au sein du Book Bar de l’hôtel Grand Amour, à Paris.
Mixte. À l’écoute, ton nouvel album Kiss the Beast semble plus émancipé. Quelle a été la genèse de cet opus ?
Sébastien Tellier. À la différence de mes autres projets, pour la première fois, je n’ai pas fait d’album concept. J’avais vraiment envie de me sentir libre dans mes compositions, de m’évader totalement. Aussi, ce qui a été fondamental, c’est que, au moment où j’ai commencé à travailler sur ce disque, il y a trois ou quatre ans, j’approchais de la cinquantaine. Et je n’ai pas pu m’empêcher de faire des petits calculs. J’ai pensé : “Dans vingt ans, j’aurai 70 ans… Il me reste quand même très peu de temps pour faire des grands disques, c’est-à-dire essayer vraiment de me hisser avec ma musique au niveau de mes héros·ïnes, de ceux·celles que j’admire le plus.” Tout ça a créé une forme d’urgence, de boule d’énergie. Je me suis dit “Ok, j’ai fait une carrière chaotique, fait de tout et n’importe quoi”, et là, maintenant, je prends les choses au sérieux. J’essaie vraiment de proposer un “truc” ultime.
M. À quels grands disques pensais-tu à ce moment-là ?
S.T. Plein ! Il y a Thriller de Michael Jackson, Songs in the Key of Life de Stevie Wonder, bien évidemment. Faith de George Michael… Mes héros·ïnes, ce sont les immenses stars des années 1980 : Madonna, Sade, Prince, George Michael, Michael Jackson… Il y a aussi Stevie Wonder, un petit peu au-dessus de tout ça. Et puis, bien sûr, les Beatles, forcément, c’est de loin le meilleur groupe de tous les temps. Ça fait un package de gens que j’aime profondément et qui ont fait des disques immenses. Ça m’a donné envie de me dire qu’il fallait quand même que je propose quelque chose de fou, quelque chose de très intense, pour au moins essayer de faire partie un tout petit peu du tableau.