Pour l’Automne-Hiver 2026, le directeur artistique Nigo ne signe pas seulement une collection : il orchestre un véritable retour aux sources. Présentées au sein de la maison japonaise parisienne de Kenzo Takada, ses dernières créations sont pensées à la fois comme un écho à sa propre arrivée à la tête de la maison en 2022, mais avant tout comme un hommage à son fondateur décédé en 2020.   

En pleine effervescence de la Fashion Week parisienne, Nigo a choisi le contretemps. Celui du foyer, de l’intimité et de l’hospitalité. Car pour nous présenter sa dernière collection, il nous invite dans un lieu insoupçonnable niché dans le 11ème arrondissement : l’ancienne résidence de Kenzo Takada.

Pensée à la fin des années 1980 par le designer et son compagnon Xavier de Castella, cette maison rêvée à deux mêle modernité européenne et architecture japonaise traditionnelle. Ici, loin de la Fashion FOMO, le temps se dilate : on déambule librement, on consulte les archives, on s’attarde dans le jardin japonais où nagent des carpes koï… Un moment de partage rare, presque domestique.

“Kenzo représente la liberté, la couleur et la joie. Je veux que les gens ressentent la même chose en portant ces vêtements”, a déclaré Nigo dans un communiqué de presse. Dans cet écrin, le directeur artisituqe signe en effet une collection charnière construite autour de ce qui l’unit à Kenzo Takada : la rencontre France-Japon, bien sûr, mais aussi un goût commun pour l’americana et le voyage. Le vestiaire se déploie avec fluidité : des tailleurs-kimono à l’allure nonchalante côtoient des chemises de cowboy brodées de fleurs ; des boutons chinois pankou se posent en travers de teddy bleu marine ; de longues jupes en organza brodées, issues des archives de 1994, se portent avec des perfectos minimalistes. Une palette de gris sartoriaux et de bleus profonds dialogue avec des jaunes et des rouges vifs, ainsi qu’avec des teintes seventies inspirées des premières années parisiennes de Kenzo.

Damiers, rayures, motifs floraux, Prince-de-Galles et color block rythment l’ensemble, tandis que le retour iconique du sac Cerf-volant de 1986 (réédité et décliné en nouvelles versions) apporte une poésie presque enfantine à cette collection. Plus qu’un hommage, cette collection rappelle ce qu’est Kenzo : une célébration de la joie de vivre et de la diversité du monde. Dans les années 1970, Kenzo Takada résumait déjà cet état d’esprit en une phrase devenue manifeste : “Le monde est beau”. Une utopie héritée de cette époque, celle d’un monde ouvert et sans frontières, qui résonne aujourd’hui avec une force particulière, dans cette maison comme à travers la collection. Un message d’espoir à garder près du cœur, à l’heure où le monde semble tenté par le repli.