Diotima FW26

Dans une Amérique plus polarisée que jamais où les raids de l’ICE cohabitent avec des poches de résistance comme la performance de Bad Bunny au Super Bowl, la Fashion Week New Yorkaise tente tant bien que mal d’exister dans un environnement vraiment délétère. Si la majorité des marques restent sages en prônant une mode commerciale, Calvin Klein et Khaite se démarquent tout comme quelques jeunes designers tel·le·s que Diotima et Campillo qui redonnent à cette saison fall-winter 2026 new-yorlaise un semblant d’aspect créatif.

1. Marc Jacobs
Marc Jacobs FW26

La mode doit-elle toujours regarder vers l’avant ? Pour Marc Jacobs, cette saison, la réponse est non. Présentée hors calendrier, sa collection “Memory. Loss”, revisite le passé à sa manière; en réinventant ses propres archives mais aussi celles d’autres créateurs, comme Miuccia Prada (printemps-été 96), Helmut Lang (automne-hiver 95) ou Yves Saint Laurent (couture 65). Sans nostalgie mais avec déférence, comme un hommage à ce qui le nourrit, revient en filigrane dans son travail ou ses envies : des tailleurs sages et grammaire Office Siren comme à la fin des 90’s, beaucoup de lignes droites, des jupes tube, des couleurs sombres, avec quelques touches de couleurs ou de sequins, comme des souvenirs joyeux qui pop dans son esprit. De loin, tout semble normal mais à y regarder de plus près, les tailles sont flottantes et pensées pour plonger les mains, les minijupes sont très hautes, les cols légèrement décalés… Comme si on avait déformé les souvenirs pour les réinterpréter à notre avantage.Selon l’adage, “what comes around goes around” et Marc Jacobs l’a très bien compris.

2. Proenza Schouler
Proenza Schouler FW26

Pour sa première collection à la tête de Proenza Schouler, Rachel Scott propose le dressing pile dans l’air du temps pour les new yorkaises arty (coucou Rama Duwaji), un vestiaire à la fois pratique et cool, tout en jeux de boutons et lignes twistées – cols hauts et larges, tailles basse péplum – mais aussi des imprimés à rayures tordues ou des ourlets asymétriques frangés qui rappellent l’ADN Diotima de la créatrice, parfaits pour rappeler qu’elle n’est pas là pour habiller les basic bitches mais bien les artistes qui ne jurent que par les photos argentiques et les vernissages de céramique. Exactement ce qu’on aime en 2026 où tout doit sentir le DIY, l’âme et white spirit.

3. Coach
Coach FW26

Les époques changent mais une chose reste constante : la jeunesse contestataire. Pour la saison prochaine, Stuart Vevers s’inspire de la Gen X rebelle des années 70. sur le podium cela donne la collision entre dégaine seventies cool d’une Diane Keaton ou d’une Jodie Foster et du grunge 90’s. Des patchworks de denim noir, de mix de carreaux ou de rayures, des baggys de skateur californien portés avec des vestes cintrés en velours d’étudiants intello, des ourlets déchirés sur robes sages, des vestes en cuir boxy, du col pelle à tarte tout ça mixés avec des codes d’Ivy League détournés comme des maillots de foot à numéro ou des vestes de baseball. La Gen Z valide et nous aussi.

4. Collina Strada
Collina Strada FW26

Comment quitter le chat du monde actuel ? Pour Hillary Taymour, la directrice créative de Collina Strada, cette saison, c’est la figure du vampire qui s’impose. Parce que la société actuelle nous suce toute énergie vitale, on brouille les frontières entre lumière du jour et rideaux tirés et outfits à porter de before en after. Le bon dresscode ? Mélanger des matières légères (dentelle, satin, mesh) avec des proportions XL comme des pantalons oversize, des robes boule ou des manches ballons à faire pâlir Javotte et Anastasie. Côté couleurs, la palette semble passée dans un nuage de fumée délicate avec des gris doux, du marron glacé ou du beige smoky. Et pour l’esprit Twilight (ou Nosferatu, choisissez votre team), on opte pour les cous collet monté, bien protégés des crocs qui peuvent traîner dehors. Vade retro Satanas.

5. Diotima
Diotima FW26

Toujours aux commandes de sa maison (en plus de son poste chez Proenza Schouler), la jamaïcaine Rachel Scott intitule sa nouvelle collection “Femme Cheval” et s’inspire du peintre cubain Wifredo Lam pour enraciner un peu plus ses influences caribéennes. Sur le podium, cela donne un mix de matières naturelles comme le shearling et la laine bouclée, des accessoires fouet d’écuyère mais aussi des imprimés très Matisse core ou des jeux de textures comme des robes longues rebrodées de perles, des mailles ajourées comme des esquisses de croquis ou encore des pyjamas à rayures velours à la fois chic et décontractés. Hue cocotte !

6. Calvin Klein
Calvin Klein FW26

De Calvin Klein, on garde toujours l’image d’Epinal des années 90 Kate Moss – lingerie unisexe – Carolyn Bessette (amen). Mais la maison puise son histoire dans les années 70 et c’est précisément là que la créatrice Veronica Leoni fait démarrer sa troisième collection, dans le denim circa 1976, le travail de matières (shearling, velours ras, pvc) et le remix des lignes d’antan, comme les costumes iconic de Lauren Hutton aux manches de tshirts roulées sur les épaules. Un travail toujours tourné vers le minimalisme chic, qui s’encanaille un peu avec des dos ouverts, des trenchs transparents ou des robes-cocons drapées, comme juste jetées sur le corps pour un statement sexy.

7. Tory Burch
Tory Burch FW26

La nonchalance est-elle le nouveau cool ? Pour Tory Burch, oui, et toutes les silhouettes jouent sur les bons détails. En fil rouge, la créatrice s’est inspirée des pantalons à velours côtelé de son père, portés ici taille basse sur les hanches,mais aussi de cols de chemise ronds et manches retroussées aux coudes, comme pour jeter notre meilleure resting bitch face au reste du monde. On aime les bons détails comme des petits poissons d’argent porte-bonheur en guise de talisman, mais aussi les cardigans brodés de fils dorés, comme autant de subtils messages. La vibe ? Un pantone de couleurs arty (orange doux, bronze, marron clair, vert mousse…) et des proportions comme directement sorties d’un shoot de Szilveszter Makó.

8. Khaite
Khaite FW26

Parmi tous les archétypes des années 20, on retiendra le matcha, TikTok, les clean girls et les silhouettes Khaite. Comprendre : le dressing de la Power Girl des années 20, à la fois portable et sophistiqué juste ce qu’il faut. Pour sa nouvelle collection, Catherine Holstein reprend ses codes habituels : du cuir (lisse, croco), du noir, de la fourure, du tailoring très sharp, très Carine Roitfeld 2000 core, contrebalancé par de la légèreté, entre slip dress, dentelle ou organza. Les bons détails : des cols hauts pour rappeler qu’on est une fierce girl mais aussi des brandebourgs revisités pour rappeler qui commande.

9. Campillo
Campillo FW26

Pour sa nouvelle collection “Possibility and Restraint”, Patricio Campillo joue sur les contraintes (comme la vie et tout le reste nous direz-vous). Pour lui, cela se traduit par des proportions exagérées, comme une armure taillée pour le quotidien – épaules XXL, carrures carrées – mais aussi par des jeux de superpositions avec notamment des corsets sur chemises ou des pièces hybrides de ceintures – culottes portées sur le pantalon. Un vestiaire plutôt unisexe, qui n’a pas l’air de rigoler de prime abord mais où les bons détails adoucissent le propos : revers de veste volantés, plissés larges, jeux de revers. La saison prochaine, on va pouvoir en rajouter une couche.

10. Eckhaus Latta
Eckhaus Latta FW26

Comment essayer de mettre un peu de fun dans un dressing new-yorkais ? Chez Eckhaus Latta, c’est d’abord en misant sur le microdosing : des ourlets à bords francs décousus, quelques imprimés statement (rayures multicolores, carreaux 70s psychédéliques….) pour la dopamine mais aussi en y allant sur les détails hot comme des cut out subtils sur les hanches, des double ceinture de jeans ou des chaps en denim tout droit sortis du clip de Dirrty (de Christina Aguilera pour les Gen Z qui ne suivent pas). Tout pour ne pas avoir froid aux yeux, ni au cou si l’on en croit la taille des grandes écharpes en fourrure bouclée, prêtes à réchauffer l’ambiance.