Défilé Prada FW26

Entre Florence et Paris, Milan trace sa propre trajectoire. Pour cette saison Fall-Winter 2026, la Fashion Week Homme milanaise a conjugué retours attendus et valeurs sûres, du come-back de Ralph Lauren aux propositions affirmées de Prada, Zegna ou Setchu, sans oublier les maisons historiques comme Giorgio Armani ou Dsquared. Notre récap’ en huit points.

1. Le comeback réussi de Ralph Lauren
Ralph Lauren FW26

Après plus de vingt ans d’absence au calendrier de la Fashion Week de Milan, Ralph Lauren signe un retour sans détour en présentant sur un même podium, Polo et Purple Label, ses deux lignes contrastées mais complémentaires. Des cimes du Montana aux gratte-ciel new-yorkais, les pièces vintage workwear façon Moonrise Kingdom côtoient des costumes impeccables à la Cary Grant, des tricots en laine brossée font ami-ami avec des vestes en tartan, des blazers Oxford ou des polaires rétro. Côté accessoires, des lunettes de glacier, chapeau de cowboy, sacs à franges et bijoux en argent, signés respectivement par les labels amérindiens TOPÀ et Neil Zarama, parachèvent ce manifeste. Car chez Ralph Lauren, il était non pas une fois mais deux fois l’Amérique.

2. L’usure et l’usage de Prada
Prada FW26

Vestige d’une civilisation passée mais pas complètement perdue, Prada retourne, cette saison, le temps et les stocks dormants. C’est dans un décor presque rasé, où seuls quatre murs subsistent, que des silhouettes froissées par des années d’oubli, reprennent doucement vie. Les tops ont des airs de chemises de nuit d’antan, les chapeaux sont aplatis et les trenchs mités. Des tâches de moisissures, sueurs et autres salissures, se glissent sur des aplats pistaches, aubergine et jaune canari, comme pour mieux trancher avec le gris des flanelles, des tweeds Donegal et des serges bleu notte. “Simple en apparence mais complexe en construction”, la collection de 26 passages semble à la fois familière et novatrice, subtile mais en tout point sublime.

3. Le petit air de famille de Zegna
Zegna FW26

Pour sa nouvelle collection, Alessandro Sartori, directeur artistique de la maison, ouvre les portes de l’armoire de famille et imagine un vestiaire guidé par l’héritage et la transmission. Pensée comme un continuum sur quatre générations, portée par un casting ultra diversifié et inaugurée par le chanteur William Chan, nouvel ambassadeur de la maison, la collection célèbre toute la beauté des vêtements transmis. La laine Trofeo et le jacquard recyclé, deux innovations textiles créées par la Maison, s’entichent de costumes réversibles, de larges bombers et de manteaux longs à se pâmer. Les cols se font Mao, cheminée, pelle à tarte et se lovent, entre deux épaules carrées, contre des motifs pied de poule, à fines rayures ou façon tweed. Chic.

4. La marche de l’empereur de Setchu
Setchu FW26

Cette saison, Setchu (aka Satoshi Kuwata) rend hommage aux paysages du Groenland, désert blanc battu par les vents, qu’il a découvert lors d’un séjour de pêche (sa deuxième passion). S’inspirant des vêtements traditionnels inuits, essentiels à la survie dans ces conditions extrêmes, les silhouettes se suivent mais ne se ressemblent pas. Des souliers orange vif évoquant le bec d’un macareux moine emboîtent le pas à un manteau-igloo et une robe peau de phoque. Des tonalités sportswear se glissent aussi, des trenchs doublés de kraft et de papier transparent, renforcés par des gilets, des duffle-coats et des vestes en denim, le tout zébré de fermetures éclair. Un show comme une aurore boréale annonçant, espérons-le, le début d’un monde nouveau.

5. Défilés à l’anglaise
Dunhill FW26, Paul Smith FW26, Saul Nash FW26

Depuis le Brexit, la création anglaise a tendance quitter Londres pour venir présenter sur le continent. À Milan, ce charme britannique est plutôt irrévérencieux chez Paul Smith qui rentabilise ici son abonnement Eurostar en calquant le style Parisien sur des tissus Harris Tweed et des imprimés chardon. Chez Saul Nash, la British touch se fait plus cérébrale avec une collection inspirée du carnaval de Nothing Hill pour questionner le vêtement comme moyen d’expression multiple. Enfin, chez Dunhill, la garde-robe a des airs d’espionnage, tout en dégradé de gris précis et discret. Parfaite pour une mission ou un martini nocturne.

6. En piste !
Mordecai FW26, Bally FW26, Dsquared FW26

À l’approche des jeux d’hiver de Milan-Cortina, l’effet boule de neige est en pleine descente. Chez Dsquared, Hudson Williams, star de la série Heated Rivalry, a ouvert la piste à des talons-chaussure de ski, des combinaisons de bobsleighs sexy ou encore des pulls tricotés d’un malicieux Hot as Ice. Bally reste solide sur ses appuis, avec des silhouettes conçues pour le grand air et ponctuées d’un imprimé ski de fond tandis que Mordecai tempère les grands froids avec des allures refuges inspirées par les peuples nomades.

7. Le classique (pas si classique) italien
Tod’s FW26, Giorgio Armani FW26, Canali FW26, Brioni FW26, Giorgio Armani FW26

S’il y a bien une chose que les Italiens maîtrisent parfaitement, c’est l’élégance sans effort. Chez Giorgio Armani, avec les débuts de Leo Dell’Orco, la silhouette se fait fluide et décontractée, tantôt velours, crêpe ou chenille. Brioni livre une démonstration brillante, à mi-chemin entre inspiration outdoor et tailoring précis. Canali quant à lui célèbre l’harmonie entre la coupe et des matières tactiles, tandis que Tod’s incarne un raffinement discret, fondé sur le savoir-faire artisanal. Voilà, c’est peut-être ça, finalement, notre Empire romain.

8. Le tailoring, toujours prince de la ville
Paul Smith FW26, Pronounce FW26, Miguel Viera FW26, Qasimi FW26

Grand classique de la mode italienne, le costume squatte encore et toujours les catwalks milanais. Cette saison, l’art des coupes et des structures était particulièrement à la fête. Qu’il soit en ouverture, en clôture ou distillé tout au long de la collection, il se fait décontracté chez Paul Smith, tout en épaulette sculpturales et en longueur chez Pronouce, plus contrasté et mélancolique chez Miguel Viera et précis, tel une lame de rasoir, chez Qasimi.