OFF-WHITE SS26 (crédit : Cris Fragkou)

Dans ce bourbier géo-politique à la sauce MAGA que sont les États-Unis, la Fashion Week de New York tente tant bien que mal de garder la face avec une semaine marquée par les géants de la mode nord-américaine (Michael Kors, Coach, Ralph Lauren…) mais aussi par des marques florissantes et engagées comme Lii, Diotima, Area, Campillo, Luar ou Collina Strada qui, face à la situation actuelle, n’ont pas dit leur dernier mot.

De l’assassinat de Kirk aux raids de l’ICE, le contexte politico-sociétal étasunien vit ses heures les plus sombres. Une influence certaine sur la mode, qui elle aussi connaît un backlash sans précédent. Tout d’abord avec la réhabilitation de Alexander Wang, de retour après des accusations d’agression sexuelle révélées fin 2020 par le lanceur d’alerte mode Diet Prada. Si l’ex-cool kid de la mode new yorkaise faisait profil bas depuis plusieurs années, l’anniversaire des 20 ans de sa maison lui ont donné l’occasion de revenir comme si la cancel culture mode n’avait été qu’un mirage.

Un retour en arrière rance également pour la diversité et l’inclusivité : si les saisons précédentes, on glorifiait enfin tous les corps et les mannequins racisés, l’Amérique MAGA a quasiment tout repassé au blanc, maigre, jeune et valide. Malgré tout, New York continue de nous vendre un idéal de la mode américaine avec des mastodontes en forme comme Michael Kors, Coach ou Ralph Lauren et la jeune garde incarnée par Diotima, Lii, Campillo, Off-White, Area ou encore Collina Strada qui nous montre qu’on peut encore porter nos espoirs sur une création new-yorkaise florissante et engagée.

1. Le starter pack de la New Yorkaise
Ralph Lauren SS26 (x3), Calvin Klein SS26 (x3)

Du côté des mastodontes de la mode made in NYC, qui est la New Yorkaise 2026 ? Chez Calvin Klein, de l’efficacité, du minimalisme, mais pour Veronica Leoni, la new-yorkaise revient à ses cores : elle bosse en TT, et descend juste chercher son café à la bodega du coin avec une tenue cool mais chic. Des robes façon papier froissé, du peignoir XXL et même un petit fichu dans les cheveux pour masquer un bad hair day. Du côté de Ralph Lauren aussi, on opte pour le less is more : du color block noir, blanc ou rouge, des looks efficaces comme un manteau chemise sur un soutien-gorge, de la rayure de banquier dévergondée ou des méga capelines pour soigner notre syndrome “main character”.

Eckhaus Latta SS26 (x3), Coach SS26 (x3)

Chez Coach aussi, la vibe Nonchalant bitch s’impose : on sort avec une maxi robe et un collier porte-monnaie puis un look total blanc pour une prochaine white party dans les Hamptons le weekend du labor day, avant de finalement revenir au boulot avec une silhouette too cool for school. Et sinon pour une journée anticonformiste en toute détente, direction Eckhaus Latta qui joue la carte du new-yorkais underground de l’East Village avec des mannequins arborant (au choix) une cigarette magique de CBD à la main, des tatouages ou des débardeurs troués.

Khaite SS26 (x2), Micheal Kors SS26 (x2), Tory Burch SS26 (x2)

Preuve que la New Yorkaise n’en a plus rien à faire des conventions ? Même la très preppy Tory Burch se décoince : robes froissées, silhouettes lose et jupes taille basse prêtes à tomber… Le lâcher-prise made in Park Avenue, on valide. Chez Khaite, on arrondit les angles parce qu’à New York, entre un krach boursier à 9h et une warehouse party à 22h, les journées sont imprévisibles. Alors autant être parées : go sur les vestes en cuir croisées, les bustiers garnis de tulle, les silhouettes à hanches XXL, et les proportions décalées. Parfaites du matin au soir. Enfin, chez Michael Kors on boude le goudron, la ville et les Uber Eats pour s’imaginer dans le grand Ouest. Des camaïeux de marrons, sables ou kaki histoire de réchauffer l’atmosphère, twistés par des franges longues (45), voire même, des sarouels qui reviennent en force cette saison.

2. Les premières fois
Lii SS26

Lii
Le fondateur et designer Zane Li a marqué les esprits avec son premier défilé à la fashion week de New York. Ce créateur d’origine chinoise, encore au début de sa carrière avec seulement trois collections à son actif, a créé un véritable moment à New York grâce à ses designs inventifs et fonctionnels incarnés ici par une série de pièces superposables les unes aux autres. Bref, ses silhouettes à l’approche déconcertante (manche en trop, blazer porté de biais, veste qui se transforme en jupe) sont à la fois aussi chic et bazardées que les New-Yorkaises éreintées par leur mode de vie.

Proenza Schouler SS26

Proenza Schouler
Si votre scolarité s’est résumée à faire vos devoirs dans le couloir à la dernière minute avant le cours, vous avez une idée de ce qu’a vécu Rachel Scott, créatrice de la très cool maison Diotima, tout juste nommée chez Proenza Schouler une semaine avant le show, puisque Jack McCollough et Lazaro Hernandez sont en partance pour Loewe. Pensée comme une collaboration de passation, la collection porte pourtant déjà la patte de sa nouvelle directrice : des jeux de textures, un sens inné du craft, des ourlets bruts, des découpes laser, mais aussi des chrysanthèmes, à la fois symbole d’amour et d’immortalité. De quoi écrire la suite en beauté.

Area SS26

Area
Chez Area, on ne se laisse pas abattre par la morosité ambiante. Pour sa première collection pour la maison, Nicholas Aburn fait péter le fun. Du tailoring ? Oui mais avec des pompons de cheerleader ! Un baggy déchiré ? Oui mais avec un top sculptural ! La bonne inspi : des cordons de hoodie strassés et détournés en jupe, tube top, boucles d’oreille… Une très belle première collection dont les looks finaux (comme la robe colorée façon bolduc) ont quand même fait remarquer chez beaucoup une forte inspiration (pour ne pas dire copie ?) de l’univers de Kevin Germanier…

Collection “Ice Cube” de Caroline’s Couture

Caroline’s Couture
Dans une économie toute en “recession indicators”, il est de bon ton de miser sur les valeurs refuges : l’or et les gros diamants. Caroline’s Couture, la marque couture de Chopard dirigée par Caroline Scheufele, a défilé pour la première fois à la Fashion Week de New York (hors calendrier) et s’est inspirée pour l’occasion de la collection Ice Cube (pas le rappeur) de Chopard. Résultat, on a eu droit à une capsule de neuf silhouettes sculpturales entre mode et haute joaillerie grâce à un nouveau matériau textile au savoir-faire ultra-élaboré qui rappelle l’or et l’argent. Un procédé unique qui fait penser à la robe couleur soleil de Peau d’Âne. Alors, prêt·e pour un Breakfast at Chopard ?

3. Les crushs de la saison
Collina Strada SS26

Dans nos crushs, deux marques se sont particulièrement distinguées. D’abord Collina Strada chez qui les looks se suivent et se ressemblent : d’abord, une version légère et joyeuse, tout en jupes ballon aériennes, pastels doux et volumes aériens… suivis par leur déclinaison noire. Le résultat ? L’impression d’être suivi par un avatar (s)ombre, histoire de se souvenir que derrière chaque période trouble, la lumière prend le dessus #àméditer. Enfin, Campillo qui au travers de son créateur mexicain Patricio Campillo, exprime son identité par ses vêtements dans un contexte politique extrêmement hostile pour les designers étrangers. Campillo met ainsi en avant sa culture mexicaine en célébrant les techniques de travail des matériaux : des gestes de vannerie retranscris, du tricot revisité ou du tissage revu et corrigé façon Bigger than life. L’un des plus belles collections de la semaine new-yorkaise.

Campillo SS26
4. Carnaval Revolution
Diotima SS26

Avant d’officiellement et pleinement commencer pour Proenza Schouler la saison prochaine, Rachel Scott propose pour sa marque Diotima une collection à la fois engagée et hautement désirable. L’inspiration ? Le carnaval caribéen et son esprit de résistance contre l’oppresseur colonialiste. La créatrice traduit cette riposte avec une explosion de couleurs vibrantes, de jeux de volumes et d’artisanat. Chez Luar aussi, le carnaval dominicain est une inspiration assumée avec des masques, des paillettes et des plumes et des franges, comme observée dans une moindre mesure chez Brandon Maxwell. Bref, la rébellion joyeuse s’impose. De la révolte chic et “on point” pour matcher avec les couleurs de la CGT et de l’automne social qui s’annonce.

Luar SS26 (x3), Brandon Maxwell SS26 (x3)
5. En Toute transparence

La saison prochaine, on remet un peu de mystère dans ses intentions. Pas la peine de supprimer tout son feed Insta comme si on lançait un nouvel album, on opte juste pour les touches de transparence. En all over et color block (Prabal Gurung, Luar) ou imprimé (Coach, Altuzarra). On casse les codes aussi avec du noir transparent le jour (Off-White, Eckhaus Latta, Laquan Smith) et de la néo-dentelle very demure (Anna Sui) by night. Pas là pour enfiler des perles ? Plus assumé, go sur la résille vue chez Diotima.

Michael Kors SS25 / Coach SS25