2. “Zapper Bolloré” : la tribune qui a mis le feu aux poudres
600 signataires lançaient dans Libération juste avant le festival un appel à résister à l’hégémonie galopante du groupe Bolloré, proche de l’absorption verticale complète depuis son entrée en force au capital du troisième réseau de salles français, UGC. Le tycoon breton contrôle ainsi désormais toute la chaîne de financement, production et diffusion du cinéma, du potager à l’assiette, ce qui interroge une profession inquiète de dépendre aussi vitalement d’un agent du néofascisme. Un bras de fer aux ressorts complexes a rythmé ce festival émaillé de déclarations coup de poing, comme les révélations de Christophe Honoré sur un comité de financement où son film “Plaire, aimer et courir vite” aurait, conjointement à un Lindon-movie, été écarté par le grand chef d’un cinglant “pas de pédé, pas de syndicaliste” (sic). Vexé comme un pou, le président du directoire Maxime Saada annonce quelques jours après la tribune que le groupe ne financera plus de film impliquant des signataires : la profession le prend au mot, relance d’un cran les tensions, la liste noire devient the place to be et quadruple sa taille avec des signatures illustres comme Mark Ruffalo ou Javier Bardem. De cette gigantesque fronde, qui a vu le logo Canal se faire huer à chaque début de séance, ressort une situation de crispation qui est par ailleurs un sacré imbroglio, Canal ne pouvant pas vraiment échapper à ses engagements de financement, et les signataires eux-même ne pouvant pas non plus se passer de Canal pour monter leurs films. À voir comment les parties prenantes parviendront ou non à le démêler – en tout cas, Cannes a tombé les masques et levé les paradoxes entre une profession plutôt à gauche et son principal argentier d’extrême droite.