Politique du sensible
Si vous n’êtes pas trop branché·e religion, l’exercice marche aussi avec la poésie, comme l’a démontré la collection printemps-été 2026 de Valentino par Alessandro Michele. Intitulée “Fireflies” (Lucioles), cette dernière, présentée lors de la Fashion Week parisienne SS26 en octobre 2025, se voulait être une métaphore de la manière dont la poésie, l’art et la mode peuvent incarner l’espoir, même dans les périodes politiques les plus sombres. Pendant que les mannequins défilaient, la voix de Pamela Anderson récitait le contenu d’une lettre écrite par le poète Pierpaolo Pasolini en 1941, dans laquelle il comparait l’espoir face au régime fasciste italien à des lucioles, ces êtres de lumière capables de briller quoi qu’il arrive. Un retour à la simplicité et la tranquillité (d’esprit) qui a carrément continué d’inonder le moodboard du créateur italien puisque, pour le lookbook de sa collection pre-fall 2026, il a choisi de photographier ses mannequins allongé·e·s dans un lit, dans un état de quiétude absolue, entre rêve et réalité. Mais rassurez-vous, cette vague de douceur ne s’arrête pas qu’aux vaines paroles et aux images de mode. Plus que jamais, tous les sens sont sollicités, en vertu d’une vraie politique du sensible pour reconnecter aux corps et aux sensations. Dans une récente note de la Fondation Jean-Jaurès publiée en janvier 2025 et intitulée “Réhumaniser le quotidien face à la brutalisation du monde”, un collectif de penseur·euse·s, composé de Guillaume Heim, Paul Klotz, Jessica Mignot, Carlos Moreno, Anne Muxel et Alexandre Ouizille, revient sur la nécessité de “faire du sensible une véritable arme politique”, en somme “d’agir sur le vecteur sensoriel pour reconnaître à l’autre sa nature proprement humaine et sa dignité”.