Lucas Emilio Brunner, fondateur et directeur artistique de Lucas Brunner
Vainqueur du 40e festival d’Hyères, le Suisso-Chilien diplômé en 2024 de La Cambre,
à Bruxelles, crée un vestiaire masculin
singulier à partir d’une recherche sur les ballons de fête et les instruments de musique.
Inspiré par le style Ivy League des années 1960, il transforme avec ingéniosité
ces éléments en silhouettes conceptuelles,
où précision et inventivité se rencontrent.
“La douceur peut être partout. Je la vois par exemple dans certaines silhouettes de la collection ‘Porterville’ FW24 de Rick Owens, avec leurs formes drapées en fourrure qui évoquent un cocon massif, presque excessif. C’est une vision extrême, mais paradoxalement aussi très douce. Cette collection montre qu’il est possible de produire des formes radicales sans agressivité, et que la douceur peut aussi être monumentale, enveloppante, assumée. Dans mon travail, les collections restent expérimentales et conceptuelles, mais la question est toujours la même : comment éviter que la radicalité devienne excluante ? J’essaie de partir d’images universelles, de formes ou de sensations partagées, afin d’inviter plutôt que de heurter. Cela ne signifie pas chercher le consensus – sur les réseaux sociaux, certaines pièces choquent ou dérangent –, mais refuser l’idée d’exclusion. Même une veste-ballon, difficile à porter dans sa version la plus radicale, peut devenir le point de départ d’un vêtement plus portable, plus doux pour le corps. Ce n’est pas une évidence, mais un choix que j’assume. On peut créer des pièces magnifiques en contraignant le corps, mais cela repose souvent sur l’idée que le beau doit être difficile, forcé, presque violent. Si on veut au contraire travailler avec douceur, ce positionnement doit être posé dès le début du processus de création. Il se manifeste immédiatement dans la manière dont une personne interagit avec le vêtement, dans l’aisance du geste, la posture. À Hyères, où mon travail a rencontré pour la première fois un public dépassant le petit monde de la mode, des personnes sont venues me remercier pour ce que je faisais, pour le fait de partager. Ce moment a été très fort, parce qu’à l’école on imagine peu ce que devient le travail une fois qu’il nous échappe. Certain·e·s ont simplement dit que c’était poétique. Cette reconnaissance-là, simple et directe, m’a profondément touché. Finalement, la chose la plus douce que l’on m’ait dite dans la mode tient en un seul mot : ‘Merci’.”