Mixte. Vous vous souvenez de votre toute première rencontre ?
Lucien Pagès. Ouh là, ça date…
Loïc Prigent. C’était en 1998, il me semble.
Lucien. Oui c’est ça. Avec un ami, j’avais monté une marque qui s’appelait Marani. Loïc travaillait avec Mademoiselle Agnès à Canal+. Il·elle·s aimaient bien notre travail et nous avaient invité·e·s dans l’émission Nulle Part Ailleurs. Mon tout premier souvenir de toi est très net : je stressais pas mal car l’émission était en direct et tu es venu dans la loge pour nous rassurer.
Loïc. Ah oui, c’est vrai ! C’était l’époque où je faisais la programmation des invité·e·s après avoir été journaliste à Libération. Pendant les fashion weeks, on recevait beaucoup de gens de la mode et de designers assez fun : toi, Helmut Newton, Jeremy Scott, Alber Elbaz, Marc Jacobs… C’était un beau mélange de personnes extrêmement confirmées et émergentes. À cette époque, la télévision était quand même le principal médium d’images, elle avait un impact assez considérable dans la découverte de talents. Il n’y avait évidemment pas les réseaux sociaux – on était au tout début d’Internet – et on avait réussi à proposer une nouvelle façon de regarder la mode.
M. Comment votre relation s’est-elle concrétisée par la suite ?
Loïc. Ça devait être quelques années plus tard, vers 2006, au moment où Lucien a fondé son bureau. Il s’occupait d’Adam Kimmel. C’était un designer new-yorkais vraiment fascinant, qui avait une réflexion hyper intéressante sur la mode.
Lucien. C’était mon premier client. J’ai effectivement eu la chance de commencer avec quelqu’un qui, comme tu l’as dit, avait une vision radicale et très chic de la mode. On avait une excellente relation. J’étais un peu son impresario. Il faisait de l’homme et son style me correspondait bien.
M. Qu’est-ce que vous appréciez respectivement chez l’un et l’autre ?
Loïc. Il y a un rapport de confiance entre nous qui offre un vrai confort de travail. Si une marque est représentée par Lucien, le projet m’intéresse parce que je sais qu’il y croit. Notre rapport est direct, on se dit les choses. Il y a une forme de franchise qui crée une facilité particulièrement appréciable.
Lucien. Ce que j’admire chez Loïc, c’est son grand sens de la mode. C’est un homme d’images qui, en plus d’avoir beaucoup d’humour, a énormément d’intuition. Il sait souvent avant les autres ce qui va devenir énorme. Il aime prendre des paris et fonctionne à l’énergie. Je pense notamment à Jacquemus, qu’il a suivi et soutenu depuis ses débuts. À l’époque, les gens le regardaient un peu comme une espèce d’extraterrestre, sans vraiment y croire. C’est quelque chose qui s’est passé plein de fois ! Si je vois que Loïc s’intéresse à quelque chose, je m’y intéresse aussi parce que je connais son intuition et que je lui fais confiance. Il m’a bluffé plusieurs fois en donnant tort à pas mal de monde. Et, bien sûr, il a ce talent assez unique, à travers ses documentaires et ses livres, de démocratiser la mode auprès du grand public en suscitant l’intérêt et la curiosité.
M. En ce qui me concerne Loïc, je dois t’avouer que c’est grâce à tes émissions et tes documentaires comme Le Jour d’avant sur Arte ou Habillées pour… sur Canal+, que j’ai forgé l’essentiel de ma culture mode.
Loïc. C’est vrai ?
M. Absolument ! Ton travail a été ma première véritable interaction avec cette industrie quand j’étais adolescent. C’était quasiment ma seule possibilité de m’instruire sur le sujet puisque je vivais dans une ville moyenne de province, très déconnectée de tout ça.
Lucien. Comme nous tou·te·s (rires).