C’est une histoire que le cinéma français a racontée mille fois : il aurait tort de s’en lasser, tant elle continue de lui assurer un flux d’acteurs et d’actrices à qui il ne doit rien de moins que sa vie. Car le mythe de la révélation anonyme – cette “nature” exceptionnelle, tirée hors de l’anonymat par un casting sauvage et judicieux, en répondant sans espoir à une petite annonce ou en accompagnant un·e pote à une audition, pour exploser à l’écran avec cette force d’incarnation qui s’évapore souvent du jeu des professionnel·le·s – doit être bien vivace pour qu’une série aussi puissamment investie qu’un remake de “Un prophète” (diffusé sur Canal+ à partir de 2 mars) ait eu envie de se reposer intégralement sur les épaules d’un inexpérimenté absolu. Ça, ou alors Mamadou Sidibé est autre chose : une nature peut-être, mais d’un genre plus rentré, dégageant une impression de tranquillité et de robustesse, qui expliquerait le fait que, depuis le tournage de la série en 2023 et de sa présentation en avant-première à la Mostra de Venise en 2025, il a déjà accumulé beaucoup d’expériences devant les caméras de Judith Godrèche ou de jeunes cinéastes moins identifié·e·s. Alors que 2026 doit révéler plusieurs de ses rôles et donc opérer son intronisation en bonne et due forme, Mixte a voulu lui parler avant la plongée dans le grand bain.
MIXTE. Peux-tu nous raconter ton parcours avant “Un prophète” ?
MAMADOU SIDIBÉ. J’ai eu une vie simple, j’habite à Rosny-sur-Seine (dans les Yvelines, ndlr), j’ai fait un bac S, puis Staps. J’ai beaucoup joué au foot, je voulais passer professionnel. Au début de ma vingtaine, le foot est devenu plus compliqué. J’ai alors commencé à chercher autre chose, après une vie à n’avoir fait sérieusement à peu près que du sport. Un jour, dans cette phase de réflexion, j’ai vu passer le casting sur Internet. J’ai répondu à l’annonce, on m’a donné quelques scènes à préparer que j’ai répétées avec ma petite sœur. Je n’en attendais rien, j’étais déjà à ce stade fou d’avoir un casting. Et puis, je suis resté dans la course étape après étape, callback après callback, et un jour on m’a dit que c’était bon.
M. Sais-tu pourquoi ? Qu’est-ce qui leur a plu chez toi ?
M. S. Non, le réalisateur (Enrico Maria Artale, ndlr) ne me l’a jamais dit, et il a même eu l’air d’en faire un principe. J’ai ma petite théorie, peut-être : je pense que le fait de n’avoir jamais joué auparavant a apporté quelque chose de brut, qui l’a intéressé. Mais c’est moi qui déduis ça. Et je n’étais même pas forcément le seul dans ce cas…
M. As-tu rencontré Tahar Rahim (rôle-titre dans le film de Jacques Audiard, sorti en 2009, ndlr) ?
M. S. Non. Tout ça, c’était loin de moi de toute façon. À l’époque de la sortie du film, j’étais petit. Et à celle où j’ai commencé à candidater au rôle, je ne m’étais encore jamais intéressé au cinéma. Mes références dans le domaine, c’était quelques comédies américaines, comme les films d’Eddie Murphy ou des frères Wayans, et françaises – “Taxi” ou ce genre de choses. Alors, quand je passe le casting, on commence à me poser des questions, on me parle déjà du film, décrit comme un classique. Donc, évidemment, je le rattrape, et j’ai des flash-back, l’impression de l’avoir déjà vu petit. Mais je pense que la série est plus une inspiration qu’une adaptation.