M. Le Québec a vraiment la cote en France. Par exemple, il y a un amour particulier pour la “galaxie” de Xavier Dolan – dont tu es issue –, tout comme pour la fratrie Schneider.
M. C. Les Schneider sont tout de même d’abord français, même s’ils ont grandi au Québec. Les Français·e·s sont numéro un parmi les étrangers qui s’y installent, il y en a 30 000 par an, je crois. Ils vivent une vraie histoire d’amour avec ce qu’il·elle·s se figurent comme un eldorado, un fantasme d’Amérique française. Mais c’est un amour un peu unilatéral… Il y a eu une rupture culturelle, les Québécois·es ne connaissent plus les stars françaises. Pierre Niney, par exemple, est plutôt niche. Quand j’étais petite, il y avait un espace partagé. Je regardais Tout le monde en parle (émission de Thierry Ardisson, ndlr)… Aujourd’hui, il y a un désintérêt pour tout ce qui vient d’ici, que j’observe aussi en Tunisie d’ailleurs, et sans doute dans toute la francophonie – comme un backlash de la colonisation, peut-être.
M. Qu’est-ce que tu dois à ton travail d’actrice dans ta pratique de réalisatrice ?
M. C. Mon moteur, c’est le langage, l’action passe toujours par le verbe. J’immortalise des psychologies, des êtres. Je ne suis pas une contemplative, je filme rarement un personnage écrasé par un paysage, même si ça peut m’arriver. Ce qui m’intéresse, c’est de voir dans ses yeux ce qui se passe et de raconter ce qui l’habite par son langage. Les acteur·rice·s aiment travailler avec les cinéastes qui jouent aussi la comédie car au final on a la même expérience du jeu et on sait de quoi il s’agit. Je l’ai fait avec Charlotte Le Bon, Robin Aubert, Xavier Dolan. Beaucoup de cinéastes ne mesurent pas forcément l’exigence que ça représente de se mettre à nu. On oublie que nous sommes devant 40 personnes pour jouer des choses intimes – et je ne parle pas forcément de nudité : pleurer, se mettre en colère… C’est un spectacle dont les premier·ère·s spectateur·rice·s sont les technicien·ne·s. Si on doit faire de la comédie et qu’on ne sent pas que ça réprime des rires ou que ça pouffe discrètement, c’est compliqué. C’est très fragilisant, le jeu, donc il faut un regard doux, une bienveillance.
M. Si tu pouvais donner de la place à une histoire peu connue ou passée sous silence selon toi, laquelle ce serait ?
M. C. C’est un peu ce que j’essaie de faire en général avec l’intimité des femmes : lorsqu’elles sont seules, comment elles se déploient, se comportent, s’épanouissent. C’est ma marque de fabrique, mais je le fais aussi pour raconter leur histoire avec une justesse qui manque encore. J’ai des envies également, comme celle de raconter l’histoire de Kahina, une grande guerrière berbère qui a combattu les invasions des Omeyyades au VIIIe siècle.