Rachel Scott appartient à cette trempe de designers à la force tranquille dont le talent et la persévérance finissent, avec le temps, par porter leurs fruits. Au lendemain de la présentation de deux collections lors de la Fashion Week de New York Automne-Hiver 2026 – l’une pour Proenza Schouler, la maison américaine dont elle est directrice artistique depuis l’an dernier, l’autre pour Diotima, le label qu’elle a fondé en 2021 –, la New-Yorkaise d’adoption confirme les espoirs placés en elle par une industrie en quête urgente de renouveau. Avant de se lancer en solo, cette “Island Gyal”, née et élevée à Kingston, en Jamaïque, a longtemps évolué au cœur du sérail. Formée de Milan (Istituto Marangoni et CoSTUME NATIONAL) à New York (J. Mendel, Elizabeth and James, Rachel Comey), elle affine son regard pendant plus de quinze ans avant de choisir consciemment de ralentir. C’est de ce moment d’introspection que naît Diotima, un nom emprunté à un personnage platonicien, à la fois prêtresse et travailleuse du sexe (ça ne s’invente pas). Son ambition ? Créer à son rythme, valoriser le travail manuel féminin, défendre une vision plurielle de la sensualité et inscrire le luxe dans une temporalité plus juste. Dès sa première collection, elle s’inspire du dancehall, musique populaire issue du reggae. La suivante rend hommage aux vêtements folkloriques de son île natale, des batty riders (shorts très courts et très moulants) aux napperons amidonnés transformés en crop tops arachnéens, sertis de cristaux Swarovski.
Saison après saison, Rachel Scott tricote un vestiaire affranchi des clichés accolés à la culture créole par un regard occidental étriqué. Finaliste du LVMH Prize 2023 et du Woolmark Prize 2025, mais aussi lauréate des CFDA Empowered Vision Award et American Womenswear Designer of the Year 2024 (coiffant au poteau Marc Jacobs, Thom Browne, Tory Burch et ses employeurs actuels, Jack McCollough et Lazaro Hernandez, fondateurs de Proenza Schouler), elle propose avec Diotima une nouvelle manière de penser le luxe, mêlant la douceur de l’artisanat caribéen à une sophistication new-yorkaise instinctive. Une allure métissée validée par Rama Duwaji, la nouvelle “première dame” de “la ville qui ne dort jamais”, déjà repérée en Diotima à plusieurs reprises. Dans cette interview pour Mixte, Rachel Scott revient sur ses obsessions, l’amour, le corps, le savoir-faire, et sur sa volonté de voir grandir sa marque piano, piano, préférant la patience du geste à la précipitation du buzz. Une conversation à cœur ouvert sur tout ce que la mode peut encore offrir lorsqu’elle choisit de prendre soin de nous.