M. J’ai vécu à Bologne quand j’étais étudiant, tout le monde s’observe en Italie, la rue est un vrai catwalk !
M. R. Carrément ! L’autre jour j’ai croisé un homme très chic dans la rue, il devait avoir 90 ans. Son costume était trop grand pour lui mais il avait une nonchalance tellement élégante. On aurait presque dit Harry Dean Stanton dans Paris, Texas de Wim Wenders. Les Milanais·es ont cette élégance naturelle, effortless comme on dit dans le jargon. Il y a ce côté old school que j’adore ici. Et puis toujours cette passion pour la culture, la mode, le design, la danse, l’architecture. J’apprécie aussi toutes les manifestations qui ont lieu dans la ville, où beaucoup de jeunes se mobilisent autour de certaines causes. Il n’y a pas d’apathie ambiante, surtout en politique.
M. Dirais-tu qu’il existe en Belgique une sorte de diplomatie forcée due à la situation politique et géographique du pays ?
M. R. Oui. Ici, on s’engage et on le fait assez ouvertement. Les gens prennent position facilement, c’est très différent.
M. Qu’est-ce qui rend Marni unique selon toi ?
M. R. Marni possède une identité forte et un esprit qui reste indépendant en Italie. C’est aussi une marque qui se lie naturellement à d’autres champs créatifs, ce qui rend la collaboration très simple. On est souvent proche du design et de l’art car ces dimensions sont très présentes dans la maison.
M. Comment est-ce que l’héritage stylistique de Marni te parle intimement ?
M. R. Je crois que Marni m’a toujours interpellée d’une façon intime et plutôt personnelle. Quand je travaillais pour Marc Jacobs, j’habitais près de la boutique Marni à New York et j’y allais souvent pour voir les nouvelles collections. C’était vraiment une référence pour moi, aussi bien subjective que créative. J’ai pu m’éduquer dans la mode grâce à des marques comme Marni. C’est peut-être pour cette raison-là que je me sens libre ici.
M. Quelle est ta vision de l’homme Marni ?
M. R. Je crois que les mêmes valeurs le caractérisent et je ne fais pas vraiment de distinction avec la femme. Il aborde la mode d’une manière intelligente, créative et surtout individualiste. L’homme Marni ressemble à lui-même et n’a pas besoin d’imiter les autres. Il vit son existence comme il l’entend et, bien sûr, il s’intéresse aussi à la culture, ce qui nourrit sa vision du vêtement par la même occasion. Le vestiaire Marni est avant tout pensé pour le quotidien, ce qui ancre la marque dans une réalité à laquelle beaucoup peuvent s’identifier.