Shirotsu

Le cercle infini du “big four” des fashion weeks de New York – Londres – Milan – Paris vous ennuie ? Heureusement, de nouveaux hot spots mode s’imposent de plus en plus, notamment au Moyen-Orient où le Qatar fait bouger les lignes en décentrant l’industrie de son point de vue occidental. Focus sur quatre designers émergent·e·s.

Du Qatar, on connaît surtout les gratte-ciels de Doha (et les joueurs du PSG). Mais la capitale du Qatar n’a pas dit son dernier mot côté mode. Le pays finance le Fashion Trust Arabia pour faire émerger les talents des designers du Moyen-Orient. Une initiative voulue par le gouvernement (on vous a déjà dit que la mode est politique ?) pour faire rayonner le capital culturel de ses designers au-delà des frontières. Depuis sa création en 2018, les lauréats reçoivent des bourses, un programme de mentorat et leurs pièces sont vendues chez Harrods à Londres ou le site de e-commerce Ounass. Ici, Mixte se vous fait découvrir quatre designers à suivre.

1. Yasmin Mansour

Lauréate du Fashion Trust Arabia 2024 et demi-finaliste du prix LVMH 2025, Yasmin Mansour a fondé sa maison en 2014. Sa vision ? Du “prêt-à-couture”, entre artisanat, art et mode durable, encore émergente à Doha. Née et élevée au Qatar, Yasmin commence à dessiner ses propres vêtements dès son jeune âge mais c’est vraiment au moment du Covid, en passant du temps dans son atelier, qu’elle sort de sa zone de confort en expérimentant de nouvelles techniques. Elle en sort un nouveau procédé : le plissé millefeuille, qui nécessite du tissu coupé de façon spécifique. De quoi imposer un style signature, notamment avec son sac Cycas, à fort potentiel iconique. Pour l’été 2026, elle s’associe avec l’atelier Made for Women, une coopérative artisanale et solidaire basée entre Madagascar et Milan, pour imaginer un nouveau sac en raphia. Preuve de son succès, elle est la première designer qatari distribuée chez Harrods et a présenté sa dernière collection à Paris récemment.

2. Shirtosu

Née en 2018 mais officiellement lancée en 203, Shirotsu est le terrain d’expérimentation de deux designers, Sayuri qui est japonaise et Giovanni d’origine italienne et japonaise lui aussi. Alors pourquoi le Qatar ? Les deux se sont rencontrés à Doha et ont décidé d’y tenter l’aventure. Le nom détourne Kurotsu — « noir » — en blanc, à partir de leurs premières explorations du silicone japonais, comme un clin d’œil à l’idée de recommencer, de transformer et de jouer avec les codes. Shirotsu imagine un vestiaire – littéralement – déconstruit et non-genré mais surtout joyeux : proportions exagérées, shorts bi-matières, layering, cordes de parachutes en guise de fil rouge, tshirts à manches recousues… Entre esprit ludique et dressing pratique, chez Shirotsu le vêtement devient un jeu autant qu’un manifeste. Vous aussi vous voulez un shoot de dopamine ? La marque a défilé pour la première fois à Milan en septembre dernier, affaire à suivre donc.

3. Dana Riad

Avec sa marque fondée en 2020, Dana Riad déploie une vision singulière des guerrières des temps modernes. D’origine palestinienne, sa formation de costumière l’invite à puiser dans l’histoire, insuffler son héritage dans les symboles et la force féminine pour imaginer un dresscode puissant et affirmé (vous avez dit résilience ?). Dagues, épées et croix deviennent des motifs récurrents, déclinés jusque dans des bijoux en argent, véritables talismans façon Medieval Core. Ses collections mêlent des lignes strictes — costumes structurés, capes, et manteaux droits et ceinturés — à des matières plus fluides et délicates comme la dentelle ou l’organza, comme cette saison où son thème est “the veil between”, histoire de jouer les contrastes. Le bon mix de rigueur et de légèreté, entre forme de résistance et affirmation de soi.

4. Drizzle

Fondée en 2018, la créatrice AlAnood AlHedfa est partie d’un caftan issu de la tradition marocaine pour imaginer un vestiaire à la fois élégant et sophistiqué dans la plus pure D.A “Modest Fashion”, influencé par les codes religieux de pudeur et de décence. Le nom Drizzle (“bruine”) raconte les inspirations de la créatrice entre la nature et les paysages, l’architecture et l’héritage du Qatar. Côté dressing, elle mise sur des pièces responsables et éthiques dans lesquelles elle se reconnaît pleinement : de la longueur, des lignes fluides pour ses abayas et ses caftans, et des essentiels bien pensés — trenchs, denim brut simple ou rehaussé de surpiqûres blanches, chemises blanches impeccables — conçus pour durer et se porter au quotidien, parfait pour viser une clientèle internationale très Quiet Luxury.