Backstage du défilé Orange Culture FW26

Dans un froid glacial — et un climat incertain — la Fashion Week de Berlin a démontré que tolérance, échange et diversité pouvaient encore rimer avec mode et créativité. Retour sur quatre défilés marquants, incarnés cette saison par GmbH, Orange Culture, MARKE et Lou de Bètoly.

En 2026, la Berlin Fashion Week entame un nouveau chapitre de son histoire, soulignant une volonté de fédérer ses talents autour d’une ville qui veut continuer de proposer des espaces de liberté à des designers talentueux, aussi bien allemands qu’internationaux·ales. Pour Christiane Arp, présidente du Fashion Council Germany, le message est clair: “Berlin doit garder sa spécificité, et nous voulons créer la surprise avec notre calendrier, tout en rassemblant les designers que nous sélectionnons autour de valeurs qui nous sont chères. L’intention n’est donc pas d’imiter d’autres fashion weeks, mais d’intensifier ce qui nous rend uniques et singuliers. Berlin est une ville où l’on peut être soi-même jusqu’au bout, sans jugement ni compromis.” Alors que le conservatisme et l’extrême droite avancent dangereusement dans nos sociétés, la Fashion Week de Berlin reste la preuve que la mode peut encore avoir un espace d’échange culturel marqué par le respect, l’acceptation et l’ouverture vers autrui. La preuve avec ces quatre moments forts et inspirants.

1. La résilience combative de GmbH
GmbH FW26

En 2016, Serhat Isik et Benjamin Alexander Huseby lançaient GmbH, inspirés par le multiculturalisme de Berlin et sa scène techno en plein essor. 10 ans après ils sont toujours présents, malgré toutes les difficultés que rencontrent les marques indépendantes aujourd’hui. Alors qu’ils avaient marqué la fashion week parisienne FW24 avec un défilé poignant appelant à un cessez-le-feu à Gaza, les deux fondateurs s’offrent ici un moment d’introspection et de retour aux sources avec une collection FW26 qui réaffirme et reformule les signatures chères au duo berlinois. Soit des pantalons double-zip, des bottes hautes, du tailoring sexy et des manteaux volumineux en fausse fourrure qui donnent une allure de dandy underground à leur casting, mélange de mannequins et d’amis proches. On pense au Berlin des années 1980 et à l’esthétique dark punk des groupes avant-garde de l’époque, tels que DAF, Einstürzende Neubauten ou Grauzone.

2. L’univers coloré d’Orange Culture
Orange Culture FW26

Le créateur nigérien Adebayo Oke-Lawal a séduit Berlin avec un show élégant, optimiste et haut en couleur. Inspiré par l’artisanat nigérien — et soucieux de réconcilier durabilité et innovation — Orange Culture pose aussi un regard neuf et individualiste sur la notion de masculinité en 2026, refusant les stéréotypes vestimentaires et le machisme ambiant. Oke-Lawal a charmé le public avec son incroyable palette de peintre et ses pièces tailoring ultra-raffinées, alliant confort et sophistication. Mention spéciale pour les accessoires et imprimés exclusifs d’une collection pleine de poésie, délicate et sensuelle à la fois.

3. Le romantisme de MARKE
Marke FW26

Fondée par Mario Keine en 2022, MARKE redonne des ailes au costume traditionnel, mélangeant volumes inspirés du sportswear aux lignes pures d’un tailoring digne de Savile Row à Londres. Basé à Cologne, le designer allemand comprend que ‘less is more’, réduisant le nombre de looks pour se concentrer sur l’essentiel. Backstage, il confie à la presse que plus de la moitié de sa clientèle est féminine, séduite par son sens du détail et ses belles matières. Keine couvre ses pantalons bouffants d’un voile de tulle moucheté et des roses viennent se poser sur un haut noir sans manches. Tout est précis, net, réfléchi mais doux et poétique en même temps.

4. La féminité ludique de Lou de Bètoly
Lou de Bètoly FW26

Depuis presque 15 ans déjà, la Française Lou de Bètoly fait un travail à la fois expérimental et sexy, refusant le commercialisme de l’industrie de la mode pour ne réaliser que des pièces uniques. Tout est vêtement pour cette créatrice capable de réaliser une robe avec des boutons, des colliers ou des fragments de lingerie fine qu’elle assemble avec dextérité. Même si elle habille Dua Lipa et Beyoncé, de Bètoly ne renonce pas à l’ironie qui est sa marque de fabrique. L’hiver 2026 sera donc espiègle, érotique et parfois brûlant, avec des coques de soutien-gorges apparaissant sur de jolies vestes cintrées ou des robes diaboliquement courtes aux allures de Berghain Baby-Doll.