Prada FW26

À Milan, cette saison, l’heure était aux débuts très attendus : Demna chez Gucci, Maria Grazia Chiuri chez Fendi, Meryll Rogge pour Marni ou encore Silvana Armani, enfin sur le devant de la scène du prêt-à-porter, depuis le départ regretté de son oncle. Des premières fois mais aussi des confirmations (Louise Trotter chez Bottega Venetta, Simone Bellotti pour Jil Sander…) qui montrent une saison en bonne forme. Récap en 13 points.

1. La belle équipe de Fendi
Fendi FW26

Pour cette première collection pensée par Maria Grazia Chiuri, personne n’est décidément resté sur la touche. Le savoir faire italien mais aussi féminin, clin d’oeil aux cinq soeurs Fendi, font ici équipe pour rendre au corps tout son nomadisme. Un vestiaire mixte où se frôlent des cols amidonnés, des vestes croisées, des jupes affilées et signant aussi le grand retour de l’iconique sac baguette, cette fois-ci en version zébrée ou pailletée. Les collaborations artistiques sont également sur le terrain à l’image de celles réalisées avec SAGG NAPOLI et Mirella Bentivoglio, qui se glissent sur des écharpes de football, des tee-shirts à message ou encore des bijoux réédité. Hip hip hip Maria.

2. Meryll Rogge chez Marni
Marni FW26

Pour son premier défilé chez Marni, Meryll Rogge revient à l’ADN de la maison, un esprit edgy sixties, tout en mix d’imprimés, jupes au genou, robes chasuble, chaussettes hautes et accessoires de prof de flûte (vous voyez très bien) genre sautoirs à breloques ou maxi boucles d’oreille bold. Pour autant, la créatrice belge s’approprie le décalage de Marni pour en faire le vestiaire idéal des cool girls – après tout, elle-même est une grande fan de la maison depuis son adolescence : les tailles et ceintures glissent sur les hanches, les pois se réinventent en maxi sequins, la transparence se porte en layering. Le bon mix à la fois portable, désirable et intelligent de la saison. Rogge n’roll !

3. Le printemps Gucci
Gucci FW26

Après quelques saisons d’errance, c’est l’heure des grands débuts de l’ère Demna chez Gucci – mais à moins de vivre sous un caillou, vous le savez déjà. Intitulée “Primavera” (“Printemps”), la collection mise sur le symbole de la Renaissance botticellienne et les clins d’oeil appuyés à un autre temps fort de la maison, la vision sophistiquée du porno chic circa Tom Ford 90s. Et dans une époque qui, de Succession à The White Lotus, aime maltraiter les riches, on peut compter sur Demna pour choquer la bourgeoise milanaise. Au programme donc, des corps tankés, de la bimbo berlusconienne toute en talons vertigineux, du total look cuir, des leggings aux hanches cut out, de l’imprimé serpent, des bananes de dealer et même du string en diamant, autant dire une relecture outrancière et ironique du sexy, inspirée notamment du jeu vidéo GTA. De la plastique ronflante donc, pourtant contrastée les codes plus classiques de l’élégance milanaise, avec de la fourrure (et un hommage aux mocassins poilus d’Alessandro Michele), des cols lavallière ou des robes midi à fleurs. Un bon début.

4. Prada et la constance intellectuelle
Prada FW26

Transposer la complexité du monde sur un podium, c’est le leitmotiv toujours plus affirmé de Miuccia Prada et Raf Simons. Cette saison, c’est cette notion de strates – à la fois historique, politique ou sociale – qui les inspiré. Si le duo continue ses explorations de vêtements “changement climatique compatible” (parka, cape k-way…), la réflexion sur les affres de l’époque se décline aussi sur les matières, comme usées par le temps façon satin dévoré ou doublure de manteau apparente, comme pour rappeler que les vêtements ont plusieurs vies, plusieurs histoires – on notera le cameo de l’uniforme quotidien de Raf Simons sur le look 18 – et qu’il faut embrasser l’imperfection dans une ère où l’IA déforme tout. Une relecture contemporaine qui réussit un autre tour de force : dans la cabine ramenée à l’essentiel (seulement 15 mannequins), avec quatre passages par personne. Au fur et à mesure des passages, le layering s’épure, les couches s’enlèvent, pour ne garder que la quintessence des looks et de la manière dont les vêtements s’expriment. A la fois intelligent et définitivement inspirant.

5. L’aube nouvelle de Giorgio Armani
Giorgio Armani FW26

Après un défilé Haute-Couture réussi, Silvana Armani, la nièce du créateur disparu, présente sa toute première collection de prêt à porté. Intitulé « Horizons familiers », le construit se déconstruit, l’élégance joue avec l’essence et le rouge Chianti se fait l’alter égo du bleu Inchiostro. Des tissus vivants tels que la flanelle, la crêpe ou le velours se lovent tout contre des pantalons fluides qui effleurent le sol, des tuniques qui évoquent des paysages montagneux ou encore des blousons enveloppant le corps. Une robe constellée d’étoiles, des vestes de kimonos ou des bustiers en jacquard de soie parachevant élégamment cette rêverie.

6. La confirmation de Louise Trotter pour Bottega Veneta
Bottega Veneta FW26

Fraîchement installée à Milan depuis sa nomination, la britannique Louise Trotter s’inspire de sa ville d’adoption pour une deuxième collection toujours aussi en phase avec la maison. Ici, c’est le brutalisme qu’elle choisit de transposer : des silhouettes couvertes, protégées par des chapeaux, de grands manteaux, des blazers et de l’oversize, le tout complété par une palette bien urbaine et ses cinquante nuances de gris. Toute cette belle rigueur vous donne envie d’un peu de dopamine ? Si la première partie est à la fois stricte et hyper maîtrisée, la suite laisse place à un autre effet whaou : un travail de textures (le cuir dans tous ses états évidemment) et de matières innovantes, déjà amorcé la saison dernière avec de la fibre de verre recyclée façon fourrure, transposée sur des robes ou des manteaux ondoyants. De quoi se faire caresser dans le sens du poil.

7. La (première) classe de Loro Piana
Loro Piana FW26

Cette saison encore, Loro Piana rappelle que l’important n’est pas la destination, mais bien le voyage. Comme dans Le crime de l’Orient Express d’Agatha Christie, le train-train quotidien se pare ici aussi de mystère et d’élégance. Au coeur de cette escapade imaginaire, le motif cachemire Paisley, central depuis 1960, se décline sans jamais dérailler sur de la chapellerie poétique, des manteaux peignoirs, des vestes brodées ou des châles emmitouflants. Les teintes oscillent entre des ocres, des bruns et des éclats de berlingots, à croquer à l’envie, et se déclinent sur du cachemire, de la soie, de la maille chenille ou les matières iconiques de la maison telles que Royal Lightness et Pecora Nera.

8. La grande traversée de Ferragamo
Ferragamo FW26

Inspirée par les speakeasys tapissant les années folles, la figure du marin se mélange à la nuit tombée avec des silhouettes plus continentales. Une cargaison de vêtements utilitaires déboutonnés à l’envie, des mailles nautiques piqués à l’aiguille avec du chiffon ou encore des parkas de travail réalisées en nappa texturé, leurs capuchons doublés de shearling accostent tour à tour. Puis, une fois arrivé à bon port, une houle de robes du soir en velours lamé métallisé, jacquard floral ou encore des drapés décorés de volumes s’abat sur la Triennale, le musée du design de Milan. Une collection de 61 looks imaginée comme « une tentative de traduire l’imaginaire du passé » raconte Maximilian Davis. C’est réussi.

9. Le “vestiaire du foyer” selon Jil Sander
Jil Sander FW26

Après des débuts remarqués la saison dernière, Simone Bellotti confirme être à la bonne place chez Jil Sander. Pour cette nouvelle collection, il s’inspire du “vestiaire du foyer” et propose une réflexion autour des notions comme le superflu et l’essentiel – en somme, tous les cores minimalistes de la maison. D’abord par la palette neutre (gris, noir, nude…) accentuée par des collants écru ou perle, mais surtout par un travail de lignes strictes aux contours flous qui redessinent les codes du cool : des jupes crayon largement fendues sur les côtés, des jeux d’épaules, tour à tour cornées, lâchées, voire suspendues, des tailles drapées, des cols de chemise dépassant d’un seul côté… La grammaire d’une certaine sensualité épurée et élégante sans être boring.

10. Le joyeux bordel de Diesel
Diesel FW26

Cette saison chez Diesel, tout est chaos : du sol au plafond, Glenn Martens réunit quelque 50 000 pièces d’archives de la maison pour incarner un joyeux bordel, façon lendemain de fête mais surtout, archives bien vivantes pour incarner les 50 ans d’existence de la maison. Et le jubilé inspire : une collection toute en expérimentations avec des mix d’imprimés comme des papiers peint déchirés, du denim à toutes les sauces – froncé, sculpté, en collants, en panne de velours trompe l’oeil… – associés à d’autres matières comme du satin, de la dentelle mais aussi du cuir et de la fourrure. Un défilé tout en sérendipité, avec des Easter eggs dans le décor, comme au sol, un livre de Renzo Rosso – le fondateur de Diesel – qui traîne dans le champ. Son titre ? “Be stupid”.

11. La force tranquille de Max Mara
Max Mara FW26

Elle n’est pourtant pas sur les réseaux mais la voici muse de Max Mara. Matilde Di Canossa, boss lady du 12eme siècle, diplomate avisée, commandante militaire accomplie et mécène des arts, infuse de part en rempart cette collection. Les souliers poulaines se font cuissardes, les robes ont des épaulettes arrondies et la réédition du manteau 101801 devient une armure douce. Le tout, dans des tons loups, renards et lions et déclinés en cachemires, mohairs ou laines fines. Un vestiaire intemporel mais teinté de dark-age, auquel on prête immédiatement allégeance. Car après tout, le monde ne serait-il pas lui aussi plus doux si c’étaient les femmes qui le régnait ? À méditer.

12. La taille et les matières de Tod’s
Tod’s FW26

Marteau, ciseau, camée. Pour son nouveau défilé intitulé Italian signature, Tod’s propose en première partie du show, une démonstration des savoir-faire de la grande botte. Puis affluent des silhouettes sprezzatura à l’élégance travaillé faussement décontracté. Une simplicité complexe, en écho au travail sculptural de Marta Pan et Henry Moore, inspiration principale de cette collection. Avec un certain purisme mais sans rien enlever à leur modernité, les robes foulards, blousons aviateurs et effusion de capes sont ainsi sublimés par le cuir Pashmy et autres techniques issues de la sellerie. Le tout, taché de bruns, de crème, d’imprimé poney et souligné par des ceintures aux initiales personnalisées.

13. La femme fatale italienne version Blumarine
Blumarine FW26

Alerte diva chez Blumarine : David Koma s’inspire des bals masqués vénitiens et de la Comedia dell’Arte pour une collection femme fatale bellissima. Centrée autour de la rose – symbole floral de la maison décliné en fil rouge, aussi bien en broderies qu’en imprimés – le sexy fleurit partout : sur les bas omniprésents, les volants des robes façon pétales délicats, les lignes boules ou drapées qui rappellent les corolles de fleurs, les jeux de manches comme des tiges épineuses.Encore en manque de glamour ? N’en jetez plus, on continue avec de la guipure ou du total look dentelle, mais aussi une dimension plus showgirl avec des accumulations de sautoirs 90s ou des fourrures à motif Arlequin…Cuntissimo.