Marie-Adam Leenaerdt FW26

Après une saison SS26 épique de premières fois (Blazy chez Chanel, Anderson chez Dior…), la fashion week parisienne Fall-Winter 2026 confirme un peu plus son statut indéniable de numéro 1 de la mode mondiale. Entre les mastodontes de l’industrie (Miu Miu, Louis Vuitton, Hermès…) et une jeune garde toujours en forme (Zomer, AlainPaul, Julie Kegels, Abra…), Mixte fait le point en 11 entrées.

1. Les belges en force
Dries van Noten FW26

Dries van Noten
S’il y a bien un designer qui a su reprendre les codes d’une maison tout en lui insufflant ses propres références et réflexions, c’est sans doute Julian Klausner chez Dries van Noten. En quelques saisons, le petit protégé de Dries nous a prouvé qu’il n’était pas arrivé ici par hasard. Pour sa collection FW26, il a ainsi essayé de rappeler les essais stylistiques et vestimentaires auxquels on peut s’essayer lors de l’adolescence (le défilé avait d’ailleurs lieu au sein du Lycée Carnot, logique). On a ainsi pu voir sur le catwalk 61 silhouettes reprenant différents codes comme un pull boutonné laissant apparaître le nombril associé à une jupe en soie, un duffle-coat protecteur ou encore un blazer universitaire avec une jupe plissée, le tout dans des tissus opulents et sophistiqués et avec par exemples des imprimés de natures mortes flamandes du XVIIᵉ siècle déformées numériquement, mais aussi des ornements et broderies propre à l’esthétique van Noten. Un seul mantra : rester cool et chic mais ne jamais se prendre trop au sérieux.

Julie Kegels FW26

Julie Kegels
Pour cette nouvelle saison, Julie Kegels, aka la créatrice belge qui monte, qui monte, — et qui fait partie cette saison des demi-finalistes du Prix LVMH — a confirmé à l’industrie de la mode qu’elle était l’un des talents à suivre et à surveiller de très, très près. Intitulée “Face Value”, sa collection FW26 se voulait être une réflexion sur la façon dont notre monde est obsédé·e·s à l’idée de contrôler son image. C’est pourquoi ici, Julie Kegels a choisi de prendre le contre-pied de cette tendance en proposant des vêtements volontairement décalés : un pull qui semble rétréci, des gants qui ne couvrent que les doigts, des vestes parkas surdimensionnées, un sac porté sur une seule anse ou encore une jupe fendue qui remonte plus haut que prévu… Soit un manifeste pour embrasser de manière délibérée et pleinement assumée les erreurs, les écarts et les imperfections, le tout avec des coupes impeccables, un sens du styling plus que maîtrisé et cette approche fun et intellectuelle de la mode dont seul·e·s les belges ont le secret. C’est un grand oui !

Marie-Adam Leenaerdt FW26

Marie-Adam Leenaerdt
Dans une autre interprétation de l’imperfection, on retrouve la créatrice belge Marie Adam Leenaerdt qui, cette saison, s’est inspirée du concept de DIY. Un concept exploité dès le début du show pendant lequel les invité·e·s étaient invité·e·s (#inception) à se servir eux-mêmes d’un tabouret pliant en plastique griffé et à s’asseoir dessus où ils le souhaitaient dans la salle du défilé. Côté vêtement, la créatrice a exploité l’idée du DIY en recyclant par exemple des tissus issus de ses précédentes collections afin d’en faire de nouvelles pièces (des jupes patchwork colorées, des robes féminines aux imprimés floraux, ou encore des jupes portefeuille en coton comportant des motifs, des imprimés et même des instructions de découpe). L’idée ? Proposer une mode polyvalente pensée pour dépasser les règles absurdes des saisons (bah oui, on était le 3 mars en plein hiver et il faisait déjà 20 degrés ce jour-là) mais aussi pour remettre en question les proportions et l’utilisation des couleurs vives (robes de princesse à manches ballons caricaturale presque tout droit sortie de chez un costumier, teintes jaune ou rose fluo, épaules ultra larges drapées et nouées au niveau du cou…), le tout avec de-ci de-là des détails de raccommodage visibles, donnant l’impression de vêtements particulièrement aimés et portés.

2. Le Frenchcore
Dior FW26

Dior
Pour sa deuxième collection prêt-à-porter femme chez Dior, Jonathan Anderson confirme sa place et sa joie, presque palpable, de rendre hommage aux codes de la maison. D’abord, avec un set exceptionnel, jardin de nénuphars créé spécialement pour l’occasion, comme une oasis au cœur des Tuileries, chères à Christian Dior. Puis en proposant sa propre vision de la femme Dior, une poésie parfois surréaliste, où les vestes Bar se déclinent de toutes les façons, où les basques montent le volume avec des mètres de dentelles, les volants deviennent corolles de fleurs et les tissus chamarrés ondoient comme des robes couleur du Temps. Un vestiaire opulent, presque précieux, qui joue le mix and match avec de bons détails comme les jeans à strass, les mélanges de carreaux ou les accessoires décalés comme la minaudière grenouille.

Hermès FW26

Hermès
Inspirée par le crépuscule, le clair obscur et les nouvelles formes et couleurs qui n’existent qu’à une certaine heure, Nadège Vanhée visite ce moment fugitif dans sa collection intitulée “Entre chien et loup”. Dans un décor de forêt, où le chemin serpente entre mousse et lichen, la créatrice propose un vestiaire Coming of Age, comme une exploration des codes de la féminité encore intimidante et pourtant si proche, de robes chasuble en cols roulés, de toques en combi full cuir sexy. Des jambes fuselées, entre maxi cuissardes, cyclistes ou pantalons d’équitation mais aussi une silhouette toute en déconstruction : trenchs désassemblés, robes aux longueurs asymétriques, poches supplémentaires en aplats de cuir, zips pour des métamorphoses rapides. A la ceinture, une chaîne revient en talisman… La bonne boussole pour ne jamais se perdre.

Givenchy FW26

Givenchy
Pour sa troisième collection chez Givenchy, Sarah Burton s’est posée la même question que tout le monde en ce moment : “Comment pouvons-nous nous reconstruire dans le monde dans lequel nous vivons ?”. Et sa réponse explore la pluralité féminine, aux identités multiples, façon Toutes les femmes de ta vie (on espère que vous avez la réf). Tour à tour Boss Lady cravatée en costume croisé oversize (avec un caméo de l’autrice Constance Debré), vestale sculpturale à coiffe monacale, diva théâtrale à pampilles ou Belle de nuit maximaliste bijoutée, les rôles s’interchangent, selon le mood et les besoins. Un travail de lignes – droites ou drapées – aux proportions XL, des manches ballon en passant par les manchons, les basques ou les cuissardes longilignes, dopé par des shoots de couleurs franches à la Mondrian.

Saint Laurent FW26

Saint Laurent
Après les robes “froufroutesques” 1980’s de la saison dernière, Anthony Vaccarello bascule dans un registre plus strict, narrant l’élégance de l’ennui. Dans un décor cinématographique, qui n’est pas sans rappelé les maisons modernistes de Jean Prouvé, des escarpins acérés, des fourrures opulentes et low waist, des nuisette en dentelle rigide, transparente et enduite de silicone donnent la réplique à des trenchs en latex liquide, des bijoux imposants et des smoky eyes perçant, parfait pour un regard caméra. Le costume noir, patrimoine de la maison, à simple ou double boutonnage, est également en tête d’affiche. Bref, un huis clos grave, tactile et intellectuel, échauffement idéal avant le festival de Cannes.

Louis Vuitton FW26

Louis Vuitton
Cette saison, Nicolas Ghesquière nous mène en pâturage dans le Jura, dont est originaire Louis Vuitton. Le décor à la Minecraft, imaginé par Jeremy Hindle, chef décorateur de Severance, est foulé par des vêtements du dehors, s’inspirant des tenues lainées des bergers d’Europe de l’Est et du folklore des hauts plateaux. Un troupeau de matières poilues, feutrées, mais aussi de fausse fourrure en chanvre et de patchworks en cuir grainé se déplacent au gré des tintements de clochettes dorées. Bâtons, sac-baluchons, soulier-sabot et chapellerie vallonnée vont à la rencontre de manteaux massifs à la Princesse Mononoké et d’agneaux pastoraux imaginés par l’artiste ukrainien Nazar Strelyaev-Nazarko. Décidément, tout est une question d’altitude.

Chanel FW26

Chanel
Avec sa quatrième collection FW26 pour la maison française — qui suit le printemps SS26, les métiers d’Art 2026 et la Couture PE26 — Matthieu Blazy nous prouve définitivement qu’il sait manier les matières et les couleurs, notamment avec des tweeds en trompe-l’œil et grâce à des associations chromatiques émouvantes. D’ailleurs, le créateur s’est ici inspiré d’une des fameuses citations de Gabrielle Chanel au Figaro dans les années 1950 : “Nous avons besoin de robes qui rampent et de robes qui volent, car le papillon ne va pas au marché et la chenille ne va pas au bal.” Des chenilles qu’on retrouve donc dans les matières, les volumes, les franges, les imprimés chamarrés… L’âme de Gabrielle Chanel se retrouve elle aussi dans les tailles ultra basses comme les lignes des années 1920 mais transposées au présent sur des jupes plissées et pulls camionneur. “Voilà ce qu’est Chanel pour moi, une révolution silencieuse mais boom !”, a ajouté Matthieu Blazy.

Celine FW26

Celine
Pour sa quatrième collection, l’Américain Michael Rider semble bien avoir cerné la “Parisienne”, ou du moins son cliché qui vit de clopes, de vin rouge et d’élégance. “Je pense à ces personnes élégantes qui portent de beaux vêtements à leur manière. Des personnes que l’on a envie de regarder, de côtoyer, […] des personnes qui ont du style. Des personnes qui ont du caractère”, a-t-il soufflé. Une vibe un peu rétro s’empare donc de cette collection avec des pantalons évasés feu de plancher, de l’imprimé léopard, un chapeau cloche, une déclinaison de trenchs beiges, bref, les valeurs sûres qui traversent le temps. Les accessoires — colliers de gris-gris coquillage, lunettes masque rose, gants violets, écharpes rigides — viennent infuser la fantaisie nécessaire, chic sans être austère.

3. Jeune garde et confirmation
Zomer FW26

Zomer
En s’associant à Lyas et sa fameuse Watch Party pour organiser son défilé au sein du Théâtre du Châtelet, Zomer a sûrement fait à ce jour son plus gros show en termes d’invité·e·s. Soit près de 2000 personnes. Mais au-delà du nombre, la collection en elle-même était sûrement l’une des meilleures du duo Zomer — composé de Danial Aitouganov et d’Imruh Asha — qui chaque saison semble monter une marche de plus vers l’Olympe de la mode. Pour cette saison, les deux designers ont demandé à leur équipe d’apporter des pièces favorites qu’ils ont ensuite “zomérisées”, selon les mots de Danial Aitouganov. Résultat, on a eu droit à une série de pièces décalées et éclectiques : des jupes trapèze asymétriques inspirées de kilts, des chemises dont les cols et les manches étaient superposés sur trois niveaux, des robes rehaussées d’empiècements en soie à imprimé floral, ou encore des manteaux intégrant des couvertures. Le tout sublimé par le styling impeccable d’Imruh donnant à cette collection un aspect à la fois sharp et ludique. Bref, on est carrément zomérisé·e·s..

Abra FW26

Abra
Tout juste nommé à la tête de la direction artistique de Camper et CamperLab, Abraham Ortuño nous a montré qu’il avait encore de grandes ambitions pour sa marque Abra qui a toujours exploré la féminité au travers d’une approche instinctive et ludique. Pour l’automne-hiver 2026, le créateur espagnol nous a présenté “Crafty”, une collection façonnée par l’univers spontané de l’enfance, puisque les pièces en question ont trouvé leur inspiration tout près de lui : dans le temps passé au studio avec sa nièce et son neveu. Ainsi, leur présence — vêtements de poupées, projets scolaires, combinaisons inattendues de textures — s’est discrètement infiltrée dans le processus créatif, transformant l’atelier en un véritable terrain de jeu d’expérimentation. Le résultat ? Une collection construite autour du mouvement et de la spontanéité avec des jeux de superpositions, de proportions exagérées, de vêtements empilés et de matières contrastées. Une façon de célébrer la liberté de nous habiller comme bon nous semble.

AlainPaul FW26

AlainPaul
Éveil en douceur pour Alain Paul qui approfondit son “répertoire” (le nom de leur collection) en revisitant les archives vestimentaires du Musée des Arts Décoratifs. Du XVIIIe siècle à aujourd’hui, les silhouettes froissées par le temps se déploient dans un déséquilibre savamment contrôlé. Manteaux et vestes se contorsionnent, les robes se tapissent de broderies et de rubans, le tailoring croise le sportswear dans des tons gris Izzy, rose poudré, noir cygne, grenat et crème. Le tout, enveloppé de housse en organza et de papier de soie, comme des archives vivantes, vivides, mais si fragiles que l’on ose à peine les frôler du regard. Bouquet final, et on ne parle même pas des sublimes motifs floraux, un corps à baleine — corset en tricot technique tridimensionnel signé Cécile Feilchenfeldt — ferme le rideau.

Yousra YOUSSOUFA, Ella GÖDECKEN, Jonathan CHANG, Anna-Livia POUPAUD, Diego ORTEGA, Gaspar MARINIC

IFM
La vulnérabilité, les rôles sociaux, la résistance, l’identité ou encore l’audace : autant de sujets intimes et politiques qui se glissent dans les collections de fin d’études des 23 étudiant.es du Master of Arts in Fashion Design et Knitwear Design de l’IFM. Pêle mêle, Ella Gödecken questionne la violence sexuelle et le poids de la féminité avec des pièces plissés et des fleurs drapés, Diego Ortega transpose les peintures de Max Ernst en vocabulaire couture. Jonathan Chang évoque la santé mentale et l’usage des psychédéliques à travers des silhouettes warholiennes tout en franges, Yousra Youssoufa explore la surveillance sociale des corps noirs à l’aide de raphia tricoté. Mingrui He brouille la frontière entre intimité et espace public avec des broderies régressives, Anna Livia Poupaud s’intéresse à la distorsion de l’identité à travers les concours de sosies de Johnny, tandis que Gaspar Marinic imagine un cortège funèbre queer à l’allure victorienne. Comment ça, c’est déjà fini ?

IRO FW26

Iro
Vous pensiez votre party girl era révolue ? C’était sans compter sur l’invitation de Nicolas Rohaut, ancien directeur artistique de Lanvin, passé aussi chez Dior, Rabane et Balenciaga. Dans sa dernière collection “Serious Joy”, ce dernier ressuscite la fièvre et la fête en juxtaposant les époques aux archives de la maison. Les souvenirs d’une Kate Moss déchaînée, d’une Chloë Sevigny sous Kids ou des exubérantes années Palace embrasent la piste de silhouettes affûtées, de tailleurs précis, de drapés généreux néo-renaissance et de matières iridescentes (strass, lamés, tweeds effet laqué). Une collection pétillante au chic anachronique comme pour mieux “projeter la lumière sur une époque qui en manque cruellement”. C’est dans la boîte.

Magda Butrym FW26

Magda Butrym
Voilà dix ans que la marque éponyme de Magda Butrym existe. Elle souffle néanmoins un vent de fraîcheur dans la catégorie jeune garde. Pour l’automne-hiver 2026-2027 dont la collection s’appelle Zima (“hiver” en polonais), c’est sa vision de la femme et de l’âme slave qui a défilé dans les salons dorées d’un hôtel particulier de la Place Vendôme, ambiance défilé de couture à l’ancienne. Manteau en cuir ceinturé aux drapés parfaits, tailoring ultra précis, et quelques pièces en crochet qui rappellent les origines de la créatrice. Chez Magda Butrym, la femme de l’hiver prochain est à la fois forte et puissante, émotive et intense, forcément un peu dramatique. Réputée pour son savoir-faire, notamment des matières pointues comme la laine, le cuir ou encore la fourrure, Magda Butrym promet un hiver fierce et couture.

4. Un peu de douceur dans ce monde de brutes
Courrèges FW26

Parce que le monde est assez brutal comme ça, autant choisir un vestiaire qui impose la douceur comme une armure soft (et anxiolytique). Chez Courrèges, cela prend la forme de grands cols protecteurs pour devenir les remparts du visage. Les lignes monacales dessinent des silhouettes pures et calmes, véritables totem zen dans un décor blanc et épuré très Gen X Soft Club, cette esthétique futuriste des espaces liminaux années 2000. Le clou du spectacle ? Un final 100% immaculé de douceur pendant lequel toutes les mannequins sont ressorties sur le catwalk avec une version blanche de leur tenue.

Le final de Courrèges FW26 © Sam Rock

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Carven FW26

Chez Carven aussi, la douceur est un refuge où les proportions XL deviennent des cocons protecteurs. Les capes se superposent (“des plaids” diront les mauvaises langues), pour un effet Confortcore assumé. Satin, mousseline, cuir lisse, les matières se font ouatées, presque comme des doudous rassurants, la délicatesse devient la meilleure stratégie pour éloigner le bruit du monde. Du côté d’Acne, on prolonge le chill avec de grands manteaux peignoirs prêts à envelopper alors que les ourlets de fourrure ou les touches de satin et de couleurs pastels adoucissent encore plus l’ensemble, les bons détails pour agir comme une barrière émotionnelle.

Acne Studios FW26

Enfin, pour McQueen, cette saison, la tendresse se fait à la fois sensuelle et étrange : de la dentelle, des robes baby doll, des bloomers à fleurs, de la mousseline et du satin… Un vestiaire à la fois douce et romantique pourtant contrastée par du weird. Les visages masqués semblent mettre le monde à distance, comme pour préserver un peu d’intimité et d’espace personnel même au cœur du chaos ambiant. Habillez-vous, promis, ça va aller.

McQueen FW26
5. Un peu de politique (mais pas trop)
Matières Fécales FW26

En 2026, que reste-t-il de la mode politique et de ses engagements ? Trop peu de chose à notre avis. Heureusement, on peut encore compter sur des marques comme Matières Fécales pour bousculer le microcosme parisien et offrir un véritable spectacle alliant création, engagement et critique sociétale. Pour leur troisième collection, le duo de designers formé par Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran a tourné son regard vers le “1 %”, ce terme générique désignant les individu·e·s les plus riches et les plus puissant·e·s du monde. Cette réflexion sur le pouvoir et l’argent s’est ainsi illustré avec des silhouettes explorant les attributs de la bourgeoisie, les codes de la sous-culture, ainsi qu’un groupe que le duo de designers a baptisé “les immortel·le·s”, en référence à la fascination des ultra-riches pour l’allongement de la vie. Concrètement, ça donne des visages tuméfiés par la chirurgie esthétique, des mannequins littéralement aveuglé·e·s par l’argent (un billet de dollar devant les yeux) ou encore une parodie de grande aristocrate du 16e arrondissement qui s’étouffe littéralement avec ses perles façon BDSM dans un semblant de tailleur Chanel. Gagging.

Trashy Clothing FW26

L’autre événement politique de la semaine était sans doute le défilé de la marque palestinienne Trashy Clothing, fondée par Shukri Lawrence, né et élevé à Jérusalem, et Omar Braika, né à Amman dans une famille de réfugié·e·s palestinien·ne·s. Présentée hors calendrier officiel, la collection intitulée “In Divine Trust”, s’inscrivait dans un univers visuel entre récit politique et culture pop queer au Moyen-Orient, avec en guest stars du défilé nulle autre qu’Alana Hadid et Mia Khalifa. Le message était clair : évoquer la coexistence entre vie quotidienne et présence militaire, tout en exprimant une histoire familiale liée à la Palestine, mais aussi à la culture populaire et à l’artisanat local.

Pour le reste, les seuls engagements restants étaient ceux de quelques marques, hélas trop peu nombreuses, à faire défiler des mannequins “mid-size” ou “plus-size” (des personnes normales en fait) comme chez Cecilie Bahnsen, Hermès, Weinsanto, Paloma Wool, Julie Kegels, Givenchy ou encore Nina Ricci. L’autre nouveauté, c’est aussi l’apparition de quelques “old models“ comme chez Balenciaga ou chez Miu Miu qui a fait clore son show par Gillian Anderson, ou encore chez Chanel qui a fait ouvrir son show par la super Stephanie Cavalli âgée de 50 ans (shocking). C’est pas mal mais on peut encore mieux faire.

Cecilie Bahnsen FW26, Julie Kegels FW26, Givenchy FW26, Hermès FW26, Nina Ricco FW26
6. La mode sculpturale
Loewe FW26

Est-il encore possible de séparer le couturier de l’artiste ? Hmm non. Car cette saison encore, la mode devient un véritable terrain d’expérimentation plastique. Chez Loewe, pour leur deuxième collection, Jack McCollough et Lazaro Hernandez usent des matières comme des volumes à modeler, dans un dialogue avec les sculptures feutrées de Cosima von Bonin. Les manteaux, robes et autres bustiers en néoprène ressemblent à des objets moulés, répliqués à l’infini, évoquant l’univers miniature des Polly Pocket et s’amusant de trompe-l’œil inattendus.

Issey Miyake FW26

Chez Issey Miyake, l’équilibre est un processus créatif en construction qui se joue du vide et de la couleur. Aplats chromatiques, bustiers laqués, mailles protectrices : chaque allure semble figée en plein vol, entre sublime intervention et abandon béat. Enfin, chez Jean Paul Gaultier, Duran Lantink est très en forme (comparé à la saison dernière qui avait cristallisé le débat, c’est ce qu’on peut appeler une sacrée remontada) . Ses volumes rebondis se prêtent au plaisir d’une rétrospective : costume qui hausse très haut les épaules, combinaisons-vases, capuches spectaculaires et tailoring exagéré, la ligne du corps, bien qu’inspirée des archives de la Maison, s’en trouve entièrement remodelée.

Jean Paul Gaultier FW26
7. Les arrivées, les départs, les retours et les débuts
Balmain FW26 (x3), Alaia FW26 (x3)

Si le mercato est un peu plus resserré cette saison, on peut noter quelques temps forts. L’un des shows les plus attenus était sans doute celui de Balmain. Avec sa première collection, le nouveau directeur artistique Antonin Tron a gardé quelques codes chers à Olivier Rousteing comme les robes du soir en V ou les épaules marquées. Mais la vibe diva bling a cédé la place à une nouvelle vision inspirée des héroïnes de Film Noir ou de Danielle Décuré, femme pilote prête à tout pour réaliser son rêve. Côté départ, c’est Pieter Mulier qui a sonné la cloche chez Alaïa en proposant une sorte de collection rétrospective de ses meilleures silhouettes signatures. Enfin, c’est Off-White qui a réintègré le calendrier parisien après une parenthèse new-yorkaise, sans oublier Zadig & Voltaire qui a accueilli, sans grand émoi, un nouveau directeur artistique, Dan Sablon, styliste passé par Vogue ou I-D et des marques comme Fenty ou Rick Owens.

Off-White FW26 (x3), Zadig & Voltaire (x3)
8. La bohèmeeeeuuuuuuu…
Chloé FW26

« Et si les vêtements étaient conscients ? » C’est la question que nous pose Satoshi Kondo avec sa collection “Being Garments, Being Sentient”, présentée au Centre Pompidou. Le temps du défilé, le vêtement devient un organisme libre, un brin capricieux, qu’il faut savoir apprivoiser et cajoler. Des manches poussent à des endroits inattendus, changeant la perception du corps. Les mains se glissent dans des chaussures, les poches déjouent les repères anatomiques et les épaules se dressent jusqu’aux oreilles… De ces dissonances savamment orchestrées naît une élégance en tension : le vêtement ne couvre plus, il converse avec le corps – il le provoque, le prolonge et l’interroge.

Pour la saison automne-hiver 2026, la gypset c’est l’anti trade wife. Chez Ganni, c’est l’âme d’un·e poète (Inger Christensen et son texte The Water Tree) qu’on retrouve dans la collection aux chemisiers à volants et autres jupons en dentelle tout comme chez Ann Demeulemeester qui rend hommage à Arthur Rimbaud dont le portrait orne un tee-shirt ou encore à Allen Ginsberg dont on entend la voix sur la bande-son. Chez Gabriella Hearst et McQueen, on retrouve les longues robes parsemées de dentelles, de volants, d’un élan “gypset” prêt à répandre son esprit new age.

9. Fur sure !
Miu Miu FW26

Miu Miu
De la fourrure en hiver ? Que c’est original. Dans le cas de Miu Miu, l’idée est simple et pile dans l’air du temps comme sait le faire Miuccia Prada. Dans le manifeste de la collection on trouve notamment la volonté de célébrer les corps : “Une appropriation et une maîtrise de ton propre corps, de ton propre être et de ta valeur, une sensualité chaleureuse, une sexualité chaleureuse. Une attention portée à nos corps, à nos esprits, à nous-mêmes, auxquels nous devrions consacrer toute notre attention.” Or qu’il y a-t-il de plus organique que les doublures en peau de mouton retournée, les chapkas dans la continuité des cheveux ou encore les pans de robes et de vestes en cuir qui semblent se métamorphoser en peau de bête ? Gillian Anderson et Chloë Sevigny qui ont rejoint le casting ont ainsi foulé un parterre en mousse comme un retour au vivant.

Bêtes à poil
Une idée de fourrure qui ferait du corps humain, une chimère sauvage comme les vestes façon épaules de yak de Louis Vuitton ou le pantalon de faune chez Chloé. Chez Loewe aussi les vêtements s’étendent jusqu’au cou ou jusqu’aux mains comme s’ils transformaient les corps. Chez Schiaparelli, la fourrure se mue en imprimé à poils en trompe l’œil, un effet qui floute la frontière entre le vêtement et la peau animale. Idem avec les silhouettes chimériques de Rick Owens.

Empiècements
De façon plus littérale, à l’automne-hiver 2026-2027, la fourrure vient aussi parer les silhouettes, leur apporter du volume et une élégance un poil rétro (sans mauvais jeu de mot). Pour la plupart, comme Niccolò Pasqualetti, Lanvin, Chloé ou Rabanne, elle enrobe les épaules, chez McQueen, la tête et chez Jean Paul Gaultier elle renforce les bras. C’est une armure douce, primitive, fidèle à son état naturel ou parfois travesti en artifice pop – comme chez Chloé ou elle est multicolore.

10. Goth save the queen
Balenciaga FW26

Entre l’ado emo en hoodie avec l’option maquillage de métalleux et la figure de la veuve noire qui tire la gueule, cette saison, le style gothique est représenté à différentes échelles. La femme Lanvin est une gentille sorcière qui porte son sac fermement comme on tient un grimoire ou dont le regard est dissimulé sous une capeline XXL, les volutes de mousseline ou de manteau en laine volent derrière elle. Chez Balenciaga, là où le noir domine, l’héritage de Demna flotte lui aussi encore dans l’air. Des clous sur les chaussures, du make-up bold, continuent de fidéliser la communauté fidèle de la maison. Chez Pressiat et Matières Fécales, le noir, le cuir, et surtout l’attitude, confirment la goth era en passe de devenir un super pouvoir ?

Lanvin FW26 (x2), Matières Fécales (x2), Pressiat FW26 (x2)
11. Nature peinture

Faire des câlins aux arbres vous démange ? C’est bien normal. Cette saison, la mode se cherche un abri avant la tempête, quitte à être en rade de 5G. Chez Cecilie Bahnsen, la praticité s’entiche de romantisme avec des vestes en nylon recyclé, des tutus aux ceintures techniques et des doudounes molletonnées. Côté Lacoste, on préfère quand ça mouille avec un florilège de matières imperméables et pièces d’outerwear, prêt pour la pluie – et pour le reste. Dior cultive une certaine légèreté, peuplée de grenouilles, de nénuphars et d’éclosions florales, tandis que Louis Vuitton expérimente les cimes et des matières organiques, rappelant que la nature est « la plus grande créatrice de mode », en s’inspirant notamment du Jura, terre d’origine de Monsieur Vuitton mais aussi notamment des coiffes de fermières coréennes. Chez Hermès, les silhouettes radicales en cuir se réfugient dans une grotte humide à la tombée de la nuit tandis que Miu Miu laisse la nature reprendre ses droits et grignoter le décor, avec un sol recouvert de mousse et de lichen. Dans le même bois, Loulou de Saison convoque oiseaux du paradis et biches des bois, et Kiko Kostadinov, bien camouflée, observe les oiseaux, qui semblent nous observer à leur tour. L’appel du dehors, finalement… Ah bah mince, ça a coupé.