4. Les festivals peuvent-ils encore esquiver la politique ?
Avant même l’ouverture, la Mostra avait annoncé la suppression de la traditionnelle conférence de presse du jury, officiellement en raison de problèmes d’agenda. Dans un jury aux airs de plateau de Ce soir ou jamais réunissant notamment la réalisatrice d’un film-choc sur Gaza, un journaliste d’investigation israélien (Yuval Abraham), ou le réalisateur d’une fresque sur la collaboration française (Xavier Giannoli) beaucoup y ont vu une tentative assez transparente d’éviter les questions brûlantes et les déclarations fâcheuses. Face au tollé, le festival a finalement rétabli la rencontre, mais l’épisode résume l’impasse dans laquelle se trouvent désormais les grands festivals : ils revendiquent volontiers une fonction de caisse de résonance politique, mais peinent de plus en plus à contenir ce que cette fonction implique. La polémique avait déjà éclaté quelques mois auparavant à la Berlinale, où le Président du jury Wim Wenders avait estimé que les jurés devaient “rester en dehors de la politique”, provoquant notamment le retrait de l’écrivaine Arundhati Roy. Pour les acteur·rice·s, cinéastes et producteur·rice·s, le Lido, la Croisette ou la Potsdamer Platz deviennent ainsi des terrains de plus en plus minés, où chaque tournée promotionnelle peut voire doit se faire l’écho des guerres en cours, des gouvernements en place et des crises secouant le monde. Chaque silence devient lui-même un discours, et l’injonction à s’exprimer s’accommode mal du régime de la petite phrase, des réseaux sociaux et des conférences de presse transformées en tribunaux instantanés, avec son flux régulier de “victimes” humiliées : Gilles Lellouche, Wim Wenders, Mark Ruffalo…