Final du défilé Bottega Veneta SS27

Cette saison, à Milan, le spring-summer 2027 se veut coloré et fringant (Prada, Bottega Veneta, Marni), intello (Fendi, Jil Sander), ou encore doux et effortless (Brunello Cucinelli, Loro Piana). Une semaine intense marquée par le gala d’ouverture de la Fashion Week organisé par la Camera della Moda, mais aussi par le départ de Glenn Martens de chez Diesel. Récap en 11 points.

Basta : c’est en substance le mot d’ordre de cette fin de la semaine de la mode italienne. Une édition milanaise riche mais surtout teintée de polémique puisque l’essentiel des débats liés à la mode n’ont pas eu lieu sur les podiums mais en marge de déclarations politiques sexistes. En cause, le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, qui a déclaré en substance que les femmes “sérieuses” et “bonnes mères de famille”, portent des jupes longues. Le pire ? La réponse du leader du parti d’extrême-droite qui a rétorqué que c’est encore mieux quand les femmes ne portent pas de jupe du tout. Des sorties de pistes misogynes et nauséabondes accueillies par un déluge de critiques jusqu’à l’ONU et une résurgence du port de la mini-jupe chez les italiennes, bien décidées à faire valoir leur liberté. Côté mode aussi, un petit vent de polémique s’est fait sentir à l’international, avec le Vogue World de passage à Milan et ses robots humanoïdes sur le défilé, déclenchant ainsi les poker face de Miuccia Prada et Alessandro Michele encore plus glaçantes que la carcasse de ces apprentis mannequins.

Set du dernier défilé de Glenn Martens pour Diesel.

Un premier tour de catwalk pour des robots, un dernier pour le bien humain Glenn Martens, qui a fait ses adieux chez Diesel, acclamé par la foule. De quoi rappeler que la semaine milanaise a été malgré tout foisonnante créativement et plutôt porteuse d’espoir à en croire les collections colorées et fringantes qui ont ponctué le calendrier, mais aussi la cérémonie d’ouverture de la Milano Fashion Week organisée par la Camera Nazionale della Moda Italiana au Palazzo Reale (avec le soutien du ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, de l’ITA – Italian Trade Agency, et en collaboration avec la Ville de Milan) et où tout le gratin de la mode s’est pointé à l’image d’Anna Wintour, Bianca Balti, Brunello Cucinelli, Raffaello Napoleone, Frédéric Arnault ou encore Anoushka Borghesi. Bref, la mode italienne est plus qu’en forme cette saison. La preuve avec ces 11 highlights.

De gauche à droite : Anna Wintour, Bianca Balti, Brunello Cucinelli, Raffaello Napoleone, Frédéric Arnault, Anoushka Borghesi.
1. LA JOURNÉE DE LA JUPE SELON PRADA

En pleine polémique sur la taille des jupes et du culot masculiniste qui va avec, on peut toujours compter sur Miuccia Prada et Raf Simons pour avoir le sens du timing. Tout au long de sa carrière, la créatrice n’a jamais manqué de rappeler que la jupe était pour elle la base d’un vestiaire, au même titre qu’un t-shirt. Pour la saison prochaine, Prada signe donc une ode à la jupe : mini, plissée, en A, à godets, fendue… Qu’elle soit portée avec une chemise, un pull col V, un soutien-gorge ou une veste en cuir, la jupe se veut ici versatile, mais surtout, émancipatrice pour celle qui la porte. Un pantone de couleurs et de matières mais surtout de bons détails comme des fleurs de pierres précieuses en all over ou des velcros de fermetures strass. Et parce qu’en 2027, la société jugera probablement toujours la longueur de notre jupe, autant la porter comme un étendard : avec style.

2. LE MINIMALISME DÉCALÉ DE JIL SANDER

Simone Bellotti continue d’explorer le minimalisme mais pour la saison prochaine, il tente une approche plus décalée, moins nette et repassée que ce que le minimalisme classique implique souvent. En base, un vestiaire sobre taillé pour le quotidien (marine, gris, beige…) , dopé par des touches de couleurs pastel (rose, baby blue, jaune pâle, lilas…) voire des accents d’imprimés en mix et match. Mais surtout, une vision autour de l’imprécision avec de subtils pas de côté : des jupes décalées sur les hanches, des boutonnages de vestes très cintrés pour jouer sur l’amplitude du bas du corps, des cols non ajustés, des vêtements qui glissent sur une épaule, des soies et satins légèrement froissés. La perfection version unboring.

3. LE RAPPORT AU CORPS SELON FENDI

Chez Fendi cette saison, le corps devient le point de départ d’une réflexion sur le vêtement et la manière dont il l’accompagne (normal quand on connaît les refs et les réflexions de Maria Grazia Chiuri). Pour introduire sa collection, elle a emprunté au poète américain E.E. Cummings quelques vers écrits en 1925 célébrant le désir et la proximité des corps. Une intimité que la créatrice a transposé dans le vestiaire, entre lingerie délicate, dentelles, broderies et nuances pastel, avant de glisser vers des silhouettes plus théâtrales inspirées par l’exubérance de Raffaella Carrà. La scénographie elle prolongeait ce jeu de regards en convoquant le “Cubo di specchi” du sculpteur italien Luciano Fabro : un cube de miroirs dans lequel défilaient les mannequins, confrontant le public à son propre reflet. Inception au max.

4. LES AVENTURIÈRES DE MAX MARA

Pour le printemps-été 2027, Max Mara regarde vers les grandes exploratrices des années 1930, de Freya Stark à Amelia Earhart, pour imaginer une garde-robe pensée comme celle d’une aventurière contemporaine, façon Indiana Jane (le pillage colonial en moins bien sûr). Résultat, l’esprit du voyage se traduit par un jeu de contrastes entre fonctionnalité et sophistication : la saharienne se drape et s’allonge, le vestiaire cargo rencontre le tailoring, tandis que les références à l’aviation se glissent dans les détails de cuir et les accessoires modulables. Côté matière, on par sur du lin et de l’organza qui accompagnent des silhouettes à la fois fluides et structurées. Bref, parfait pour une petite expédition urbaine entre une réunion, deux métros et quelques courses alimentaires.

5. L’ALLURE CÉRÉBRALE (ET FUN) DE MARNI

Pour sa deuxième collection, Meryl Rogge confirme sa vision de la Marni Girl : un langage toujours aussi arty et intelligent, à base de layering, de décalage, à la fois pragmatique et intéressant. Cela passe par des robes chasuble au genou ou au contraire très courtes, des vestes sages, des mollets couverts, voire sanglés, mais surtout, par des détails surprise qui ajoutent des touches sexy : des boucles de ceinture façon cut out, des shorts cachés sous des minijupes, des bustes ourlés comme des soutien-gorges qui dépassent, des hauts à fermetures boutons sauf au niveau des seins. Une féminité cérébrale mais pourtant fun avec des détails de plexiglas sixties ou des boutons placés comme des motifs, mais surtout, avec le retour d’une tendance inoubliable pour les Millennial : les capri (ou leggings corsaire), portés sous les jupes. Sans l’esthétique Skyblog qui va avec, promis.

6. LE MÉLANGE DES GENRES ET DES CLASSES SELON GUCCI

Pour le printemps-été 2027, Demna s’empare des concepts de dualité et des contraires avec “The Store”, sa première collection à traduire pleinement sa vision globale pour la maison italienne, le tout dans un décor reproduisant une boutique Gucci. Après une année à en décortiquer l’histoire et les codes, le créateur revient à ce qui, selon lui, fait toute sa singularité : cette capacité à naviguer entre aristocratie et culture populaire, héritage florentin et glamour hollywoodien, conventions bourgeoises et irrévérence. Un télescopage des genres qui remonte à Guccio Gucci et à son passage au Savoy de Londres. Ici Demna semble enfin s’appropriait pleinement Gucci tout en y mettant sa patte et ses propres références. C’est ça qu’on attendait.

7. LE RETOUR À LA NATURE DE BOTTEGA VENETA

En prenant la tête de Bottega Veneta et en vivant à Milan, Louise Trotter a pris conscience d’une chose : le passage des saisons, bien différentes de son Angleterre natale. Pour sa nouvelle collection, elle adapte donc son vestiaire aux aléas de la nature : des superpositions, de la légèreté, voire même de l’aérien. Concrètement, des mailles comme un souffle, des superpositions de chemises pastel, des trenchs portés sur le bras, des écharpes nouées autour des hanches et prêtes à réchauffer en soirée, des robes bijoux sur des pantalons… de la versatilité donc, où l’artisanat si propre à la maison apparaît en touches, notamment le cuir Intrecciato. Qui a dit qu’il n’y a plus de saison ?

8. L’ÉVOLUTION DE GIORGIO ARMANI

Comment se placer sous le signe de l’évolution et se réinventer sans renoncer à son identité ? C’est tout le taf de Silvana Armani qui fait ainsi bouger les codes de Giorgio Armani à travers des proportions plus fluides et un tailoring assoupli, porté par des vestes allongées et des lignes qui accompagnent le corps. Quelques échos des années 1980 apparaissent dans les épaules marquées, les géométries et les reflets métalliques, sans céder à la nostalgie. Que ce soit dans des teintes ivoire, noir et or, les matières jouent avec la lumière et brouillent les frontières entre jour et soir ; tandis que le papillon, motif emblème de la maison, incarne de façon presque littérale cette idée de métamorphose.

9. L’INTEMPOREL FAÇON BRUNELLO CUCINELLI

Dans un monde fait de tendances rapides, Brunello Cucinelli joue l’intemporalité. Pour la saison prochaine, cela passe par un vestiaire inspiré des années 1970, de la saharienne, d’un pantone de couleurs inspiré de la terre (beige, brique, kaki…). Une apparente simplicité et une grammaire du cool (bob, pantalons flare ou baggy) qui fait la part belle au travail de matières, comme du daim, du raphia, du crochet ou même du cannage. L’effortless à l’italienne.

10. LA BEAUTÉ DU QUOTIDIEN SELON LORO PIANA

En ce qui concerne l’élégance discrète et le raffinement italien, on peut clairement compter sur Loro Piana. Cette saison la marque a pensé un vestiaire dans lequel chaque pièce répond à des besoins précis du quotidien : rester au chaud, profiter de la vie en plein air, s’habiller pour le golf, les soirées ou les journées à la plage. Ici, les vêtements se distinguent bien sûr par la qualité exceptionnelle des matières et la précision des finitions, mais aussi et surtout par un style intemporel. Parmi les créations phares, on retient les foulards Grande Unita, véritables icônes de la Maison, ainsi que des sacs et accessoires souples.

11. LA “PRÉSENCE” DE DHRUV KAPOOR

Pour la saison prochaine, Dhruv Kapoor intitule sa collection “Presence”, dont une partie est pensée en collaboration avec Puma, pour nous rappeler l’importance de notre attention portée aux choses, du temps qui passe et de la vie qui passe au milieu. Côté vestiaire, cela passe par des layering de vestes de survet’ et de chemises portés avec des jeux de matières (dentelles, soies, broderies, perles…), des mix d’imprimés en all over et des couleurs qui oscillent entre saturation et délavage au soleil. Envie d’aller toucher de l’herbe ?