Final du défilé Burberry SS27

Londres achève sa semaine de la mode : une édition placée sous le signe du come-back avec le retour au calendrier de deux noms forts, McQueen et Mulberry, sous la houlette de Christopher Kane, sous les radars depuis 2023. La vibe générale ? De la subversion et de la poésie. Exactement ce que l’on demande. Récap en 7 points.

1. LES 170 ANS DE BURBERRY

Pour ses 170 ans, Burberry célèbre son esprit british en s’offrant une collaboration inédite. La muse de la saison ? Celia Birtwell, légende de la mode britannique, reine des imprimés 1960 et 1970 Outre-Manche, mais aussi BFF de David Hockney qui l’a peinte sur de nombreux tableaux (aura + 1000). Daniel Lee fait donc appel à son inspiration pour imaginer une nouvelle vision des codes de la maison : du trench, obviously, mais décliné sous toutes les formes — long, court, boule — mais surtout en jouant sur les motifs. Du pur ADN britannique comme les vestes tracksuit revisitées avec des rayures mais surtout du tartan, des visages décalés façon smileys réinventés mais surtout des fleurs brodées, appliquées, tissés ou en relief comme un bouquet de mimosa, de lavande ou de myrtille. Le bon twist : le layering d’imprimés comme du sequin pampille mixé avec des lignes ou du sequin plat en broderie florale mélangé à du cuir lisse. This is England.

2. LE COMEBACK DE MCQUEEN

Après des années à officier pour le calendrier parisien, McQueen se réinstalle à Londres. Un retour maison qui coïncide davantage avec l’esprit de la dualité McQueen, que Seán McGirr interprète ici subtilement. Sur le podium donc une ode à la duplicité, au paradoxe, à la pureté poétique dans le sombre. Des créatures harnachées, cornées, adoucies par des fourreaux satinés, des corsets rigides avec des jupes drapées douces, des costumes à rayures mais avec des manches capes en trompe l’oeil, des matières presque organiques comme de l’organza bouillonnant, volanté, en mille-feuille, ou même la tête de mort maison, réinterprété façon maillage de crochet métallique. Une impression d’armure qui se joue dans les proportions avec des cols hauts, des épaules carrure de footballeur américain, des robes à hanches paniers conquérantes. Et parce que le kink n’est jamais bien loin, des mix de latex et dentelle fetish, de la résille rehaussée de fleurs, du latex et des plumes noires. De la transgression, du drama, mais toujours sublimé.

3. LES NYMPHES DE PAULINE DUJANCOURT

Manches ballons, motifs floraux brodés ou réalisés en crochet aérien, dentelles ou rubans flottants au vent, pour la saison prochaine, les silhouettes de Pauline Dejancourt oscillent entre nymphes et danseuses. Pour son point de départ, la créatrice est partie de la pièce de théâtre puis film de Fassbinder “Les Larmes amères de Petra von Kant”, l’histoire d’une cruelle créatrice de mode lesbienne (cunt), mais pourtant, la collection est ici une ode à la transparence et à la légèreté, mais aussi à l’ambivalence des émotions, entre souffrance et soulagement. Une belle métaphore de l’artisanat et du travail de maille si minutieux qu’elle présente.

4. LE ROMANTISME DE SIMONE ROCHA

Si la créatrice décline habituellement son monde éthéré, pour la saison prochaine, elle remet les pieds sur terre avec un peu plus de tangible. Du romantisme, de l’aérien, oui, mais centrés ici autour du corps, de la beauté du geste, une ambiance que les signes de Terre comprendront le mieux. Inspirée par le tableau “L’Arrestation du Christ” du Caravage, la collection joue dans les contrastes. D’abord par les jeux de matières, comme le taffetas ou le velours, presque venus du théâtre, balancés par les dentelles ou mousselines de lingerie, ou encore par les effets de clair-obscur, entre pastels doux et palette sombre. Mais aussi par les corps ceints de lignes de roses ou les visages entourés, comme des portraits de la Renaissance.

5. LES DÉBBUTS DE CHRISTOPHER KANE CHEZ MULBERRY

Double retour très attendu cette semaine : Mulberry et Christopher Kane unissent leurs forces pour revenir sur le devant de la scène après plusieurs années de pause et détours. Concrètement, Christopher Kane s’inspire des meilleurs détails de maroquinerie de Mulberry pour réinterpréter les découpes des sacs maison sur les cols, ourlets, fentes des vêtements, comme des pièces de puzzle passées au laser. Des lignes pures et précises, inspirées du minimalisme sixties et une simplicité structurée, parfaite si on aime la vie bien dégagée derrière les oreilles. Et parce qu’il faut bien une touche de Swinging London, on souligne les détails fun bienvenus comme un trench tartan transparent ou des accents de turquoise moirés. Un chapitre à suivre.

6. LA SHOWGIRL D’ERDEM

Pour la saison prochaine, Erdem Moralioglu s’inspire de Barbette, un trapéziste star des années 1920 et 1930, aussi acrobate dans les airs que dans le style, puisque ses performances s’accompagnaient de changements de style que l’on appelait pas encore gender fluid. Chez Erdem, cela passe par des mix inspirés de la lingerie féminine — soutien-gorges, nuisettes, culottes — rehaussés de sequins et associés à des pièces plus masculines comme des grands pardessus et des cols de tuxedo. Un sens du spectacle que l’on retrouve sur des silhouettes drama comme des grands déshabillés, des robes de bal ou des manteaux à plumes. Une vibe Showgirl qu’on aime.

7. LES JEUX DE RÔLES DE NATASHA ZINKO

Quel rôle avez-vous décidé de jouer aujourd’hui ? C’est en substance la question que pose Natasha Zinko avec sa collection Pay Per View. Infirmière sexy, poupée gonflée, boss lady, cow girl, baby doll ou femme au foyer, la créatrice propose un passage en revue des archétypes contemporains, dans un monde où l’on vit pour les caméras. Un jeu où les matières sont à l’honneur, notamment avec les pièces de cuir, ou le latex revisité version bubble gum. Du camp taillé pour la société de surveillance.