© Hermès

Une fois de plus, la nouvelle édition du Salone del Mobile à Milan — semaine du design par excellence ¬— a été trustée par la plupart des marques de mode, lifestyle et aussi beauté. Entre les tapisseries historiques revisitées façon pop culture chez Gucci, les meubles conçus à partir de rouleaux de papier chez Issey Miyake, ou encore la réédition de la fameuse Tomato Chair chez Chloé, retour en 16 points sur les meilleures installations et activations mode et design de ce qui désormais semble de plus en plus s’apparenter à une Fashion Week bis…

1. ISSEY MIYAKE PLIE LE GAME
Prototype Table Detail © issey Miyake
Prototype Chair Detail © issey Miyake

Rien ne se perd, tout se plisse. Chez Issey Miyake, les rouleaux de papier qui protègent les vêtements font de la résistance au point de devenir assises. Avec The Paper Log: Shell and Core, imaginée par Satoshi Kondo le directeur du design du studio et développée par l’équipe projet d’Issey Miyake, en collaboration avec le cabinet d’architecture espagnol Ensamble Studio, ces cylindres deviennent matière à design. D’un côté, Shell fige le papier en volumes presque fantomatiques, durcis, sculptés et suspendus. De l’autre, Core les transforme en mobilier, tabourets, sièges et tables passés à la cire, collés et ficelés. D’abord utilisés comme assises et éléments scénographiques au défilé printemps-été 2025 à Paris, ces rouleaux deviennent accesssibles à tous. Plus besoin de chourer les éléments de set post-défilés ni vu ni connu.

Making Process Ensamble Studio © Issey Miyake
2. Prada face cam
Prada Frames “in sight”, 2026.

Et si on regardait autrement ? Cette saison, Prada renouvelle son partenariat avec le studio Formafantasma et laisse de côté l’objet pour s’attaquer à l’image, omniprésente et de moins en moins fiable. Intitulée In Sight, cette 5e édition dissèque ce que l’on voit et ce qui nous regarde en retour : images fabriquées, manipulées, énergivores aussi, loin de leur supposée neutralité. C’est dans la sacristie de Santa Maria delle Grazie, au décor Renaissance raffiné, que les échanges se sont enchaînés entre des figures comme Kate Crawford, Paola Antonelli ou Geert Lovink. Au programme : IA générative, manipulation visuelle, coût écologique des données et circulation des images. Pas de réponses toutes faites, mais des conversations d’utilité publique. Et surtout, matière à regarder deux fois.

3. Loro Piana file un très bon coton
L’installation Loro Piana

Flowers for Spring? Loro Piana enfonce la porte ouverte, oui. Mais, avec plaid et sans préjugés. Pour ce Salone del Mobile, la maison italienne imagine Studies, Chapitre I : Sur le Plaid, un labyrinthe boisé aux structures en chêne, où tout est visible, pour mieux aller à l’essentiel. Les plaids suspendus se déploient comme des paysages, certains enneigés, d’autres aux motifs belt et rayés, fleurs de chardon et paisleys en mouvement. Le parcours serpente, enchaîne les registres, du figuratif à l’abstrait, et élève cet essentiel du salon en véritable sujet d’artisanat textile. De quoi Netflix & chill, avec style.

4. Hermès fait le grand saut
Hermès
Hermès

Chez Hermès, la matière parle et l’objet raconte. Pour cette nouvelle édition de la Design Week de Milan, Charlotte Macaux Perelman et Alexis Fabry imaginent une forêt de colonnes en bois, alignées comme un motif répété, où l’on déambule entre pleins et vides. Au fil de ce dédale, point de minotaure, mais des pièces qui apparaissent presque par accident : plaids en cachemire tissés à la main au Népal, vases en métal martelé gainés de cuir et boîtes marquetées aux tonalités vibrantes. Au centre de ce labyrinthe ascétique, la table Stadium dessinée par le duo de designers britanniques Edward Barber et Jay Osgerby semble évoquer la courbure d’un dos de cheval ou l’ovale d’un champ de courses. De quoi confirmer les racines équestres d’une maison toujours dans le vent.

5. Asics marche sur la lune
Le Kinetic Playscape d’Asics, imaginé par le studio Nuova.

Un petit pas pour l’homme, un grand bond pour ASICS. Nouveau venu au Salone del Mobile, la griffe japonaise embarque le public dans un voyage intergalactique avec le Kinetic Playscape, imaginé par le studio Nuova. Chez Garage 21, le visiteur traverse un espace rétro-futuriste, ouvert à tous, où chaque salle marque une étape vers une forme d’apesanteur. Fidèle à son mantra Anima Sana In Corpore Sano (un esprit sain dans un corps sain), l’expérience active autant les méninges que le mouvement. Point d’orgue de l’exploration : un paysage de sable façon lune, encadré de miroirs à l’infini, où l’on teste les nouvelles sneakers GEL-KINETIC 2.0 comme en orbite. Entre design radical italien et minimalisme japonais, le parcours mêle sensations visuelles, tactiles, sonores et gustatives. De quoi toucher les étoiles, en gardant les pieds sur Terre.

Le Kinetic Playscape d’Asics, imaginé par le studio Nuova.
Le Kinetic Playscape d’Asics, imaginé par le studio Nuova.
6. La boulangerie Fendi est ouverte
Fendi

Icône un jour, icône toujours. Le Baguette de Fendi, celui popularisé à l’écran par le personnage de Carrie Bradshaw dans la série américaine Sex & the City, revient à ses origines avec le modèle 26424 Re-Edition, son tout premier numéro, depuis sa création en 1997. Présenté au Palazzo Fendi pendant la Design Week milanaise, la mini collection réunit 20 modèles inspirés des archives, dont 6 exclusifs à Milan, quasiment en rupture de stock. Et pour cause. Étiquette métallique Re-edition, coffret en bois façon caisse d’œuvre d’art, le sac se porte comme un objet de collection. “It’s not a bag, it’s a Baguette?”, criait Carrie dans les rues de New York. En vitrine, installation et vidéo célèbrent ce statut d’accessoire cultissime entre nostalgie Y2K et stratégie marketing bien rodée. La boulangerie Fendi a de beaux jours devant elle.

7. Gucci a la mémoire longue
ls tapisseries Gucci

Qui d’autre que Demna Gvasalia oserait installer un distributeur de boissons dans un cloître milanais du 17e siècle, offrant des canettes estampillées “Fashion Icon” ou “Drama Queen” ? La Demnisation de Gucci se consomme sans modération. Avec Gucci Memoria, présenté aux Chiostri di San Simpliciano, ce sont 105 ans d’histoire qui se déroulent en 12 tapisseries, des humbles débuts du fondateur Guccio Gucci au Savoy à Londres jusqu’au studio actuel où Demna apparaît lui-même, chaise de gaming incluse. Entre-temps, Tom Ford, Frida Giannini ou Alessandro Michele apparaissent chemin faisant. Au centre, un jardin floral savamment sauvage et inspiré du motif Flora invite à la contemplation rêveuse. Un moment suspendu prolongé pour les chanceux·ses qui se voient offrir un bouquet issu de cette installation à la boutique Gucci, via Montenapoleone.

ls tapisseries Gucci
8. ARMANI SE LA JOUE PERSO
Armani Casa
Armani Casa

Jeu de mains, jeu de vilains. Sauf quand Armani Casa s’en mêle. Présentée dans le flagship store de la via Corso Venezia, cette présentation marque le grand retour de la ligne maison depuis la disparition de Giorgio Armani en septembre dernier. Au rez-de-chaussée, les pièces iconiques, fauteuil Baloon, console Seine, cabinet Riesling ou lampe Logo, dialoguent avec les nouvelles éditions, sans rebattre les cartes. À l’étage, la table de jeu Borgonuovo, à l’esthétique art déco, prend des airs d’affrontement plutôt fair-play. Couleur ébène, cuir taupe, laiton satiné, des matériaux nobles et contrastés chère à la maison de mode. Même logique pour le fauteuil Byron, en noyer et cuir tressé, autre pièce maîtresse d’une collection bien menée. Échec et mat.

9. Frette comme à la maison
Frette

“A tavola !”. Ou “À table !”, pour celleux qui n’auraient pas fait italien LV2. Frette, maison lombarde fondée à la fin du 19e siècle, remet le couvert avec Turning Tables, imaginée par Tara Bernerd, designer londonienne connue pour ses intérieurs feutrés et graphiques. Nappes en coton et lin, bordures colorées, palette spritz et lemoncello. Tout y est pour une bonne bombance, du déjeuner qui s’étire au dîner, tant la conversation est croustillante. Plateaux en noyer, dessous de verre en cuir, boîtes en travertin. L’art de recevoir se joue dans le détail, que l’on soit dans un appart parisien, ou sur un yatch à Capri. Et quand la table se vide, place aux plaids et coussins pour un pisolino (petite sieste) bien mérité. Après Disrupting Architecture en 2025, la designer Tara Bernerd et la maison Frette signent une collection pour far niente.

10. Dior fiat lux!
Dior

Faire du New Look une lampe, il fallait oser. Chez Dior, la Corolle quitte la taille pour éclairer la pièce. Avec Noé Duchaufour-Lawrance, la silouhette culte de 1947 se déploie en luminaires faits de verre soufflé à Murano aux plis presque textiles et de bambou madake tressé façon cannage. Au Palazzo Landriani, la scénographie évoque la villa Les Rhumbs, maison d’enfance de Christian Dior, revisitée ici par les artistes Korakot Aromdee et Vasana Saima. Jardin réinterprété, structures organiques, motifs floraux abstraits. Le décor est pensé comme un jardin d’eden fait-main où les lampes se détachent en silhouettes nomades, traduisant les codes couture de la marque en objets du quotidien.

Dior
11. BALENCIAGA SE LA JOUE CHILLIDA
Devanture de la boutique Balenciaga X Eduardo Chillida

Via Montenapoleone, la boutique Balenciaga se transforme en galerie d’art. Pour le Salone del Mobile, Pierpaolo Piccioli inaugure Balenciaga Artean (qui signifie “entre” en basque) et invite Eduardo Chillida à dialoguer avec les collections. Sept œuvres en fer et papiers découpés, dont certaines pièces rendent hommage à Cristóbal Balenciaga, s’installent aux côtés des dernières silhouettes de prêt-à-porter. On croise une étude de Homenaje a Balenciaga, des Gravitación, ou encore des formes issues du Peine del Viento. Ce rapprochement n’a rien d’un effet de style. La même obsession du volume et la même manière de travailler le vide unissent les deux artistes espagnols devenus un temps parisiens d’adoption. Réalisée avec le soutien de la famille Chillida et Hauser & Wirth, la galerie de l’artiste, cette rencontre tenait à coeur à Pierpaolo Piccioli, et ça se sent.

“Mikel” d’Eduardo Chillida pour Balenciaga
12. Chloé, téma la tomate
La “tomato chair” de Chloé
La “tomato chair” de Chloé

Quand la mode d’une marque vieille de soixante-dix-sept ans, rencontre les pièces de l’ébéniste Pierre Renart, cela donne une collection de chaises habillées par les couleurs de la collection de sacs printemps-été 2025, huit au total. « Elles sont très joyeuses, inspirées du potager : betterave, aubergine, tomate, carotte… Lui, ébéniste doué, et nous partageons une passion pour les formes organiques et la légèreté », a détaillé Sophie Delafontaine, directrice artistique de Longchamp et petite-fille du fondateur.

13. Moynat loves Marianna
La boutique Moynat

Qui a eu cette idée folle d’utiliser des bouées gonflables pour faire du mobilier ? C’est Marianna Ladreyt. La designer française à qui Moynat a confié les clés de sa toute première boutique milanaise pour y poser ses valises bariolées. Avec Parkour, les coffres sur mesure de l’iconique maison, autrefois pensés pour épouser tout type de moyens de locomotion, deviennent des modules recouverts de bouées recyclées façon patchwork. Croco, flamand rose, tigre, dauphin, rien ne se perd, tout se transforme en motifs extravagants reconnassables entre mille, garantie zéro bagage oublié. Présentée via Montenapoleone aux côtés des artistes Hall Haus et Michael Samuels, l’installation transforme l’héritage du voyage en parcours loufoque et ludique. Un beau pied de nez à celleux qui trouvent encore l’écoresponsabilité barbante.

La boutique Moynat
14. LOUIS VUITTON, VENI, VEDI, VICI
L’installation Louis Vuitton

“Transformer les routines en rituels et promouvoir une vie plus consciente“ : tel était le sens que voulait donner la marque de cosmétiques de Pharrell Williams en s’implantant à son tour à la Design Week de Milan. Une salle de bain conçue en partenariat avec USM Haller Modular aux couleurs de la marque de l’artiste, un spa “Reborn“ installé au Four Season avec sauna infrarouge et bain glacé pensé ou encore l’épicerie Terroir où chaque produit est sourcé et bon pour la santé et pour la Terre… La way of life Humanrace est verte dans tous les sens du terme.

“objets nomades” Louis Vuitton, hommage collection Pierre Eemile Legrain, coiffeuse
“objets nomades” Louis Vuitton, hommage collection Pierre Eemile Legrain, art de la table
15. Byredo fait feu de tout bois
Installation Byredo / Photo By Alejandro Ramirez Orozco

Avec In Conversation With, Byredo s’associe à Jean-Guillaume Mathiaut et fait dialoguer l’architecture du parfum avec celle du bois. Au Chiostro Cappuccio, des fragments de chêne tombé deviennent matière à sentir plutôt qu’à regarder. Rien à vendre, pas de grand spectacle, mais une expérience lente, presque ennivrante. Un contrepoint assumé aux installations plus démonstratives qui saturent la ville. Au Salone del Mobile, une nouvelle tendance se dessine clairement : les marques de mode ne sont plus les seules à occuper le terrain. Avec Aesop, Amouage ou Astier de Villatte, le design se respire désormais autant qu’il se regarde.

Installation Byredo / Photo By Alejandro Ramirez Orozco
Installation Byredo / Photo By Alejandro Ramirez Orozco
16. Longchamp passe au vert
Lonchamp X Patrick Jouin

Pour célébrer la Design Week, Longchamp donne carte blanche au designer français Patrick Jouin pour pimper son flagship store milanais. Résultat : une scénographie colorée, entre aplats francs en façade et ambiance plus intime à l’intérieur. Au centre, les pièces issues de la collaboration structurent l’espace avec les fauteuils OLO, les tables DROP déclinées en vert héritage et vert lumière, sans oubier la lampe OSTARA, produite en série limitée de 10 exemplaires. Présentées dans ce cadre temporaire, ces créations prolongent le dialogue passionnant entre design et artisanat voulu par la maison.

Lonchamp X Patrick Jouin
Lonchamp X Patrick Jouin