2. La mode performance et émotion
Willy Chavarria
En ce qui concerne les “cultural reset”, on pourra toujours compter que Willy Chavarria, véritable storyteller engagé de la mode contemporaine. Avec sa collection fw26, il délivre ici sans doute l’un des shows les plus spectaculaires de ces dernières années. Baptisée “Eterno”, le défilé a comme transporté le “barrio” jusqu’en France, transformant la salle de judo Dojo dans le 14e arrondissement de Paris en une sorte de telenovela IRL où des artistes de musique latine croisaient des vagues de mannequins. Histoire de marquer le coup, le show était rythmé par des performances de Mon Laferte, Lunay, Mahmood, Feid, Santos Bravos ou encore Lil Mr. E et Latin Mafia. Côté collection, on retrouvait tous les grands classiques versatiles qui font le succès de Papa Willy — silhouettes aux volumes oversize, pantalons droits et ajustés, blazers et manteaux aux proportions maîtrisées —avec quelques nouveautés comme de la fausse fourrure léopard, des imprimés serpent et enfin quelques touches de rose, cobalt, jaune et rouge. Un show qui restera dans les annales de la mode.
Jeanne Friot
La créatrice française Jeanne Friot a lancé mardi la Fashion Week parisienne avec un défilé chorégraphié d’une grande intensité, accueilli par une standing ovation, affirmant une vision de la mode résolument engagée dans la défense des identités LGBT+. “Mon engagement, il vient de ma personnalité, le fait d’être une femme lesbienne, une femme queer”, a confié la créatrice de 30 ans, reconnue pour son approche éco-responsable et son vestiaire non genré. Présentée sur la scène du Théâtre du Rond-Point, sa nouvelle collection hivernale mixte, baptisée “Awake”, illustre pleinement cette démarche, aussi bien dans son message que dans son esthétique. Pensé comme une véritable “performance” plutôt que comme un défilé traditionnel, le spectacle a réuni vingt-trois danseuses et danseurs du Ballet de Lorraine, sous la direction de la chorégraphe Maud Le Pladec. “La danse dans nos milieux queer est prépondérante comme endroit de résistance”, a rappelé Jeanne Friot. On danse avec elle quand elle veut.
3.Paradis
Emeric Tchatchoua, designer de 3.Paradis qui vient tout juste d’être nommé Chevalier des Arts et des Lettres, a décidé pour l’automne-hiver 2026 de rendre hommage à son frère décédé, ainsi qu’aux souvenirs des proches partis trop tôt. “Ils ne sont plus avec nous, mais ils vivent encore quelque part dans notre esprit”, a-t-il déclaré en coulisses avant le début du défilé. Pour ce faire, il a donné rendez-vous à ces invité·e·s dans les allées du parc George Brassens, qui jouxte son quartier d’origine dans le 15e arrondissement de Paris. Ici résonnaient une playlist joyeuse à coup d’énormes enceintes dont le son baignait tout le quartier. L’idée ? Célébrer le deuil dans la joie afin de créer des souvenirs heureux. Résultat, la collection mêlait différentes influences allant d’un cortège funéraire à une fête (costumes noirs, référence à la silhouettes de B-boys, tailoring Harlem Renaissance, chemise à collage, bomber en patchwork de cuir avec des détails en appliqué, collaboration de paires de chaussures avec la marque Ugg), avec de-ci de-là le visage de son frère qui apparaissait comme un rappel, comme un autel, en motif répété sur un imprimé photo encadré.
Kidsuper
Le défilé automne-hiver 2026 de KidSuper, “Outside the Box”, s’est ouvert sur un court-métrage original écrit et réalisé par Colm Dillane et mettant en scène Vincent Cassel. Tourné à Paris, ce film projeté sur une boite faite d’écrans a permis une fois de plus de renforcer la position de KidSuper comme un projet multidisciplinaire où le vêtement n’est qu’une partie d’un langage créatif plus large. Longtemps associé au maximalisme onirique, Ici, KidSuper s’est associé au styliste Imruh Asha pour élaborer les silhouettes de son show. Alors que la boite lumineuse se levait dans le ciel, laissant apparaître quelques tables et chaises de café parisien sur lesquelles les mannequins s’installaient, la collection explorait des archétypes cinématographiques, plaçant légendes et icônes aux côtés de références personnelles, où les modèles de l’enfance côtoyaient les héros modernes.