Backstage du défilé Hed Mayner FW26
© Astra Marina Cabras

Premier grand événement mode de l’année, le Pitti Uomo FW26 s’est déroulé à Florence du 13 au 16 janvier. Entre les défilés des invités d’honneur tels que Hed Mayner ou Soshiotsuki (lauréat du Prix LVMH 2025), ainsi que la participation de poids lourds comme Brunello Cucinelli, retour en 7 points sur ce salon dédié au meilleur de la mode masculine.

1. La transformation de Hed Mayner
Hed Mayner FW26

Invité d’honneur principal de cette nouvelle édition du Pitti Uomo, Hed Mayner, qui vit entre Bergame et Tel-Aviv, a marqué les esprits avec une collection riche et aboutie caractérisée par un tailoring repensé à travers des volumes, des torsions et des superpositions. Son défilé, qui s’est tenu dans la Palazzina Reale di Santa Maria della Novella, un joyau des années 1930 qui jouxte la gare de Florence, a ainsi été l’occasion pour le créateur israëlien connu pour ses silhouettes enveloppantes de nous montrer une fois de plus que le vêtement est son meilleur terrain de jeu. Au programme, des coupes qui lui sont propres et redéfinissent les corps avec des manteaux à la taille cintrée ou resserrés à l’arrière, des vestes aux épaules affûtées et aux manches qui s’évasent, des pardessus hybrides mêlant cape et pied-de-poule, de longues écharpes aux bords francs arrivant presque jusqu’au sol, ou encore toute une série d’accessoires comme ces foulards portés à la manière d’une matriochka d’Europe de l’Est, ou encore ces bonnets bords-côtes XXL accompagnés de boucles d’oreilles en argent façon pendentifs. Le tout dans une palette de couleurs hyper douce et chaleureuse allant du marron au camel, en passant par le beige, le gris, le kaki ou encore le blanc, sans oublier de-ci de-là quelques pièces en paillettes argentées. « Je voulais créer un univers où les vêtements accompagnent le corps, sans l’étouffer », a expliqué le designer lors d’une conférence le matin du show. Un pari d’autant plus réussi puisque pour la toute première fois le créateur a présenté 10 looks féminins avec notamment des pièces fortes comme un tailleur-jupe rayé ultra-chic, une veste biker aux épaules décalées, ou encore, clou du spectacle, une robe en daim plissé en forme de cône.

2. Le tailoring soigné de Soshiotsuki
Soshiotsuki FW26

Étoile montante de la mode japonaise, Soshi Otsuki s’est particulièrement fait remarquer l’année dernière quand il a remporté le Prix LVMH 2025 grâce à son travail redéfinissant les contours du tailoring contemporain de façon sharp et acérée. Ici, en présentant sa nouvelle collection FW26 au sein du réfectoire de l’église Santa Maria Novella, le créateur japonais a gravi une nouvelle marche vers le succès et la reconnaissance de ses pairs. C’est simple : à la fin de son show, les applaudissements ont duré particulièrement longtemps, au point que certain·e·s invité·e·s lui fassent une standing ovation. Et pour cause, puisque sa collection était un quasi-sans faute en terme de confection et de style : costumes croisés à revers pointus confectionnés en crêpe et en laine fine, vestes taillés en dessous des hanches, costume rock en cuir couleur cuivre, blouson aviateur en cuir façon cocon, blazers en velours côtelé vert coupés en biais… Soit un ensemble de pièces mêlant avec brio l’excentricité japonaise avec un raffinement britannique et italien juste ce qu’il faut de rétro. On fleek !

3. Le workwear poétique de Shinyakozuka
Shinyakozuka FW26

Troisième guest designer à présenter sa collection sous forme de défilé au Pitti Uomo FW26, le créateur Shinya Kozuka a proposé une véritable expérience immersive au sein de la Fortezza da Basso. Son inspiration est ainsi d’abord partie d’un gant blanc abandonné sur une route enneigée — symbole de solitude et de temps suspendu. De quoi laisser les mannequins marcher de façon lente et envoûtante sur une neige artificielle, cheveux et maquillage givrés. Côté vêtement, l’asymétrie et les superpositions s’imposent avec des tabliers en laine, des manteaux à boutons sonores, des costumes aux pantalons raccourcis, et des sneakers noir et blanc ; le tout dans une inspiration workwear sophistiquée accompagné de multiples accessoires (grosses moufles, chaussons façon yéti, sacs bandoulière) qui portaient des messages mélancoliques comme « Youth is gone » ou « Moon is there. Winter stands ». Un show aussi spirituel que méditatif qui a apporté au Pitti Uomo la dose de poésie dont il avait besoin.

4. Les mises en forme de TANGTSUNGCHIEN
TANGTSUNGCHIEN FW26

Marque taïwanaise fondée par le designer Charles Tang, TANGTSUNGCHIEN a eu droit à une présentation dédiée dans le calendrier du Pitti Uomo FW26. Pensant le vêtement comme un refuge, la marque explore principalement le lien entre corps, espace et textile, en transformant ainsi les émotions en formes à la fois sculpturales et portables. L’idée ? Se laisser porter plutôt que subir, comme si les pièces permettaient d’obtenir un soutien physique et un réconfort psychologique. Ici, les vêtements abandonnent ainsi la rigidité pour des structures douces et sensibles au travers de superpositions, de pliages ou de répétitions : le tout dans des matières comme la laine, la dentelle ou le tricot. Un travail abouti et réfléchi pas si étonnant que ça quand on sait que le designer de la marque a fait ses armes à l’École Duperré et l’Institut Français de la Mode, avant d’être finaliste du 34e festival d’Hyères et de travailler chez Loewe.

5. Le raffinement italien de Brunello Cucinelli
Brunello Cucinelli FW26

À Florence au Pitti, et plus largement en Italie, Brunello Cucinelli est clairement à la maison en ce qui concerne la mode masculine (pour ne pas dire le patron). Cette saison, la marque de tailoring italien par excellence a choisi de présenter une collection homme pensée pour “rapprocher l’homme de la nature”. L’idée ? Déployer un style d’explorateur contemporain où fonctionnalité et élégance se rencontrent : vestes aux épaules structurées mais souples, cravates qui équilibrent l’allure décontractée, pantalons cargo, manteaux croisés avec leurs boutons métalliques ou encore vestes techniques. Un vestiaire complet et raffiné qui mise sur une palette de tons neutres profonds rehaussés de couleurs intenses, le tout dans un ensemble de matières de premiers choix : tweeds, Donegal, peaux de mouton, daim. Du caractère et du confort, entre vibe rustique et sophistiquée, qui donnent clairement envie de partir à l’aventure.

6. Les débuts réussis d’Antik Batik au Pitti
Antik Batik FW26

Pour la toute première fois de son histoire, Antik Batik a investi le salon du Pitti Uomo. Et quelque part, c’est comme un retour aux sources pour la marque française puisque cette dernière a été fondée par l’italienne Gabrielle Cortese en 1992. C’était donc l’occasion d’offrir un focus spécial sur sa ligne homme. Simplement baptisée “L’homme”, la ligne en question a été lancée il y a seulement deux ans lors de la Fashion Week Homme de Paris, avec comme ambassadeur le danseur étoile Germain Louvet. Toujours centré sur son esthétique bohème-chic, Antik Batik mise ici pour l’homme sur des pièces uniques, des matières nobles et un savoir-faire artisanal, qui comme les pièces femmes de la marque, puisent leur inspiration dans les voyages de Gabriella Cortese en Inde et à Bali. Le résultat ? Un vestiaire complet marqué par un style bohème et élégant.

7. L’élégance feutrée de Caruso
Caruso FW26

Grande habituée du salon Pitti Uomo, la marque de tailoring italien Caruso y a présenté sa dernière collection. Et pour l’automne-hiver 2026, elle mise avant tout sur un style chaleureux et intemporel, notamment inspiré par les ambiances douces et colorées de Saul Leiter, ce photographe américain considéré comme l’un des pionniers de la photographie couleur. Résultat, la palette de couleurs de la collection lui rend hommage et rappelle les douces journées d’automne, notamment grâce aux bruns chauds, verts patinés, ou encore bleus profonds. Côté confection, les coupes sont fluides (on retient particulièrement le manteau croisé revisité, la parka urbaine ultra-sophistiquée, et une veste week-end ouatinée pour l’hiver) et les martières nobles : laines, tweeds, cachemire, et même soie pour les manteaux. Une façon de réinventer le tailoring italien qui fait mouche.