M. Qu’est-ce qui vous attire autant chez Barbara que chez November Ultra ?
B. M. Chez Barbara, tout appelle la danse. Ce n’est pas le cas de tou·te·s les chanteur·euse·s, mais il y a chez elle quelque chose d’extrêmement aérien. Le spectacle comporte vingt-quatre chansons, son répertoire est très riche et cela fait des années que je pensais à créer un spectacle autour de son œuvre. Avec November Ultra, je ressens la même évidence, cette même grande sensibilité, présente sur scène au milieu des danseurs. On est dans la chanson française, mais avec une musicalité incroyable. Il y a une poésie, des mots, des ruptures, des rebonds : tout invite au mouvement. Chorégraphier devenait presque naturel.
M. Move Me Once More a été coécrite avec la cinéaste Léa Mysius. Comment cette rencontre s’est-elle faite ?
B. M. C’est mon agent qui m’avait conseillé de découvrir son travail. J’ai été très touché par ses films, comme Histoires de la nuit, présenté au dernier festival de Cannes. Quand nous nous sommes rencontré·e·s, l’évidence s’est imposée. Léa est aussi talentueuse derrière la caméra qu’à l’écriture. Nous avions déjà travaillé ensemble sur un scénario que je n’ai finalement pas réalisé. Cette fois, l’alchimie a tout de suite fonctionné. C’est la première fois que je crée une comédie musicale originale. Je m’étais déjà essayé à l’exercice avec ma pièce Grace sur Jeff Buckley, mais là, il y a vraiment une histoire, une réflexion globale sur la musique, la comédienne Noée Abita… Toute une dramaturgie portée ensemble.
M. En quoi est-ce différent de créer sur la chanson française et de travailler sur le répertoire classique ?
B. M. Ce qui change, c’est la force des textes, ce qu’ils racontent au-delà de la musique. Barbara a complètement transformé mon rapport à ça. Avec elle, on marche sur un fil : tout est émotion, mais jamais démonstration. Son œuvre accompagne les gens à différents moments de leur vie. Mon défi était donc d’en restituer toute la finesse sans jamais tomber dans le littéral ou le mélodrame, parce qu’elle n’est pas mélodramatique une seule seconde. C’était un immense challenge, mais j’en suis ressorti profondément transformé. Il fallait aussi trouver les interprètes capables d’habiter de telles chansons, avec des âges et des sensibilités différentes. Certain·e·s étaient fait·e·s pour Une petite cantate, d’autres pour Dis, quand reviendras-tu ? La question était toujours la même : comment entrer sur ces territoires avec délicatesse, grâce à la danse et à ses images symboliques, sans jamais forcer le trait ? J’ai pris énormément de plaisir à chercher cet équilibre.