Mixte. Tu viens de clore la saison des défilés homme printemps-été 2027 avec un show assez exceptionnel et remarqué. Comment te sens-tu ?
Emeric Tchatchoua. Je me sens bien… Je t’avoue que ça fait un moment que je bosse beaucoup, sans vraiment m’arrêter. Je vais prendre un peu de temps pour moi, histoire de faire le vide et de revenir avec le plein d’énergie et de belles idées. Je pense qu’humainement, j’entame un nouveau chapitre de ma vie. Je recherche peut-être d’autres choses et j’aimerais avoir le courage de m’aventurer là où je veux vraiment aller.
M. C’est assez intrigant. Peux-tu nous en dire un peu plus ?
E. T. Je voudrais développer d’autres univers que la mode. Je l’aime beaucoup, mais je trouve qu’on est parfois limité·e pour s’exprimer dans cette discipline. J’ai envie d’explorer de nouveaux médiums qui viendraient soutenir la marque et son propos, et m’amuser à créer d’autres types d’objets. Aujourd’hui, il y a comme un trop-plein de vêtements et je trouve, quelque part, qu’on a de moins en moins besoin de mode.
M. Un peu comme avec le film Peacemakers que tu as présenté lors de ton dernier défilé ?
E. T. Exactement. C’est un format qui me parle particulièrement. Ce documentaire m’a permis de comprendre la direction dans laquelle je voulais aller en alliant mode – avec la présentation des silhouettes – et culture, avec la projection du film. Avant de me lancer dans la création textile, j’avais pour projet de faire une école de cinéma quand je vivais à Montréal. Mais ça ne s’est pas fait car il aurait fallu que je déménage sur la côte ouest. Alors j’ai pris une année sabbatique pendant laquelle j’ai écrit quelques scénarios avant de finalement reprendre la direction de la mode, puis de rentrer à Paris.
M. Comment t’est venue l’idée de réaliser un vrai-faux documentaire de ce calibre ? Ç’a dû être un travail de fou.
E. T. Bizarrement, ça a pris très peu de temps. L’idée m’est venue un mois avant le show ! J’ai une passion pour les documentaires et cette saison, j’en avais particulièrement regardé. C’est ce qui m’a donné envie de le faire. J’ai collaboré avec plusieurs ami·e·s, comme le réalisateur Med Suleiman et la journaliste Anaïs Dubois. On a travaillé des jours et des nuits pour écrire le scénario, composer la bande-son, élaborer le casting, mais aussi rechercher des images d’archives libres de droits, et ensuite intégrer les photos des mannequins qui portaient mes créations dans ces images. Puis, pour finir, le montage et la réalisation dans son ensemble. Ç’a été long et difficile, mais cette expérience a été magique pour moi, d’autant plus que le projet a été bien reçu et que les gens l’ont compris.