M. Des artistes plus jeunes, comme Théodora ou Ebony, la remercient d’avoir ouvert la voie. Que leur a-t-elle transmis ?
C.B.P. Il y a dix ans, les artistes noires étaient déjà là, bien sûr, mais elles n’occupaient pas la même place dans le paysage mainstream, commercial et médiatique. L’industrie ne voulait pas d’elles à bien des égards. Les artistes d’aujourd’hui savent que, sans les portes qu’Aya a forcées et sans les obstacles qu’elle a affrontés, leur situation serait différente. Théodora avait environ quatorze ans lorsque « Djadja » est sorti, en 2018. Elle a pu grandir avec l’idée qu’une artiste comme Aya pouvait devenir une star. L’existence d’Aya a changé le champ des possibles, y compris pour des artistes de sa propre génération.
M. Elle est également soutenue par les communautés LGBT, notamment des hommes gays racisés ou issus de quartiers populaires. Pourquoi ?
C.B.P. Dès le début, il y a eu un jeu de miroir entre Aya et ces communautés. Elle a parlé de son public gay, notamment lorsqu’on l’interrogeait sur Bilal Hassani (alors candidat à l’Eurovision et menacé de mort à cause de son homosexualité). Elle ne cherche pas forcément à afficher un slogan « girls and gays », mais ses références, ses collaborations et ses prises de parole disent quelque chose de la place qu’elle leur accorde. Elle accueille les gens comme ils sont. Pour ces communautés, être accueilli avec cette simplicité compte beaucoup. Aya est une femme noire, qui a grandi dans un quartier populaire et dans une culture musulmane. Sa trajectoire vient bousculer plusieurs clichés à la fois. Les personnes gays ou queer racisées, issues de quartiers populaires, se situent à l’intersection de plusieurs formes de marginalisation, et leur place dans le public d’une pop star est rarement reconnue à sa juste valeur.