Basculer dans l’épouvante
Le succès critique de The Substance de Coralie Fargeat avec Demi Moore et celui, populaire, de Sinners de Ryan Coogler avec Michael B. Jordan, sans parler des productions de A24 (Midsommar, Hérédité…) et de Blumhouse Productions (M3GAN et M3GAN 2.0), confirment que l’horreur est une lame de fond qui traverse bon nombre de créations culturelles et artistiques. Flippant, non ? “On mesure la santé mentale d’une société à sa production horrifique, affirme Taous Merakchi, journaliste spécialisée dans l’horreur et autrice de Monstrueuse, qui sortira le 10 octobre chez La Ville Brûle. Ce que l’on en déduit ? Que ça ne va franchement pas fort. Mais il y a d’autres explications à ce basculement volontaire dans l’épouvante : l’horreur joue sur nos peurs les plus sourdes, comme celle de plonger dans un bain de sang, et en cela, elle a un effet cathartique indéniable. C’est aussi le genre qui se prête le mieux pour exorciser ses angoisses et traumas et raconter ses récits personnels, d’autant lorsqu’on est une personne minorisée et marginalisée. L’horreur fait définitivement un malheur.” En mars, le magazine britannique Dazed & Confused publiait un article au titre racoleur : “Pourquoi voulons-nous baiser des monstres ?” Derrière cette question à fort potentiel viral sur les réseaux sociaux, une vraie réflexion sur l’évolution de la place de la figure du monstre dans la fiction d’horreur et du regard qu’on lui porte. Autrefois conspué et redouté, le monstre, c’est l’autre, celui qui ne se conforme pas aux standards de notre société. D’une répulsion épidermique et fascination amusée pour les créatures effrayantes, il faut en avoir aujourd’hui une lecture beaucoup plus construite et instructive, comme le souligne Taous Merakchi pour qui “les communautés racisées et LGBTQIA+, qui défient la norme imposée, sont assignées à la figure du monstre, du parasite”.