M. Vous ne vous amusez plus ? Vous ne sortez plus ?
W. C. Si, bien sûr que je m’amuse, mais je ne vais plus dans les boîtes de nuit, les saunas ou les lieux de drague. Je reste plutôt chez moi, dans l’intimité avec mon mari et mon chien, ou je sors dîner au restaurant. C’est un mode de vie très différent pour moi maintenant, et j’adore ça.
M. Quels conseils donneriez-vous à un·e jeune designer qui souhaite lancer sa marque ?
W. C. Je leur dirais que la chose la plus importante à faire, c’est de trouver un emploi. Même si c’est un travail qu’on déteste, il faut le faire pendant au moins un an. On en tire énormément, car on est confronté·e à beaucoup de choses réelles qu’on ne nous apprend pas à l’école. Beaucoup de designers sont parfaitement capables de créer quelque chose de cool ou de beau. En vrai, cela ne représente que 10 % du travail.
M. Si vous pouviez donner de la place à une histoire trop souvent oubliée ou passée sous silence, laquelle ce serait ?
W. C. Eh bien, il me semble que je le fais déjà en donnant de l’espace aux personnes qui ne sont pas visibles. Et dans ce cas précis, à ceux·celles qui disparaissent : ceux·celles qui sont renvoyé·e·s dans leur pays, qui se voient refuser des soins médicaux, qui sont exclu·e·s de l’armée, ou qui sont éliminé·e·s de la société. Ce que je veux, c’est raconter l’histoire d’une société véritablement égalitaire, où tout le monde est beau et bon. Mon but, c’est qu’on se voie tou·te·s ainsi les un·e·s les autres. Je l’espère vraiment. Mon intention est de changer le cours de la mode afin que cela soit possible.
M. Quelle forme ce changement peut-il prendre ?
W. C. Déjà, on peut agir de manière plus humaine à travers la vente, l’art et ce qu’on crée ou à travers les histoires qu’on raconte. La mode est plus regardée que jamais auparavant dans l’Histoire. Elle influence et inspire tellement de personnes. C’est une formidable plateforme qui est à notre disposition. J’espère qu’on saura en faire bon usage.
M. Qu’est-ce que vous aimeriez que l’Histoire retienne de vous ?
W. C. J’espère sincèrement que les gens se souviendront davantage de la marque que de moi, parce qu’elle porte mon nom – ce que je regrette parfois, car, en réalité, c’est un travail collectif ; les idées et la créativité de tou·te·s les membres de mon équipe ont la même valeur. Ce que j’espère en tout cas, c’est qu’après mon départ, l’héritage de la marque perdure bien au-delà de moi.