Il y a derrière tout cela un porteur de projet habitué du milieu gay et festif, Marco Nguyen, et qui est venu soumettre l’idée d’en délirer les anecdotes à une jeune boîte en vue, Bobbypills, sorte de licorne de l’animation pour adultes. Fort de quelques succès en format court (Les Kassos, entre autres), le studio attendait son heure pour passer à la case bien plus ardue du long-métrage, notamment du point de vue du financement. Raison de plus pour applaudir le choix de l’avoir fait sur un projet aussi contraire aux lois du marché. Les producteurs ont témoigné au Monde d’un film “très compliqué à financer”, refusé par la plupart des chaînes de télévision, dans un contexte de bolloréisation des esprits de plus en plus difficile pour les récits queer. Bobbypills finira par mettre tous ses fonds propres pour concrétiser Jim Queen.
Car si la visibilité a progressé en quelques décennies, c’est souvent et encore aujourd’hui sur le mode d’une tokénisation qui veut qu’il y ait généralement dans un groupe de protagonistes soit zéro, soit un personnage LGBTQIA+, mais pas deux, et donc souvent un archétype aux caractères formatés, tracé en ligne nette. Dans Jim Queen, tout le monde, sauf la méchante et la meilleure amie de Jim, est gay (on pourrait d’ailleurs arguer que le film manque d’autres personnages queer, mais le réalisateur Marco Nguyen s’en défend, n’ayant pas souhaité se reapproprier les références lesbiennes ou trans), et ainsi se déploie tout un spectre d’identités très variées.