Le visionnage de Jim Queen produit un effet grisant, en ce que le film de Nicolas Athané et Marco Nguyen semble à lui seul naturaliser toute une culture jusqu’ici (ou du moins jusqu’à il n’y a pas très longtemps) cantonnée à ses seuls représentants directs, et limitée de fait à la marge, même si la marge s’était faite plus forte. Le récit, très rythmé, souvent hilarant, navigue avec avidité dans les codes et les repères d’une culture gay qu’il semble instantanément installer au centre du monde : il jongle avec les archétypes, les répères allant de la teuf au drag, de Grindr à Instagram, construisant un monde complet, riche, vivant, cohérent… et où la culture hétéro ne semble parfois même plus exister. Ou plutôt comme si c’était elle la marge. Ou encore : comme si elle était effectivement la culture dominante, mais que la marge était si riche, si densément habitée, qu’elle ne se vivait plus comme marge mais comme une hégémonie parallèle.
C’est peut-être cela l’utopie que cache le film derrière son air de gigantesque pochade, de bulldozer parodique passant à la houlette tout l’inventaire de la culture gay : il invente enfin un monde où elle ne s’excuse plus, où elle règne en souveraine et sans se forcer. Un monde plus habitable pour tout le monde, queer ou non, ce que devra prouver un succès commercial qu’on espère de tout cœur.