Onze ans après avoir fermé KRISVANASSCHE, le créateur belge fait son grand retour en relançant sa marque éponyme, avec seulement une quarantaine de modèles produits en deadstock et vendus en ligne — et comprenant pour la première fois des pièces pour le vestiaire féminin.

Un logo en forme de fleur, quelques images de vêtements, son nom : Kris Van Assche n’a pas eu besoin de davantage pour annoncer son retour. Onze ans après avoir mis fin à sa maison éponyme, le créateur réactive aujourd’hui KVA avec une première collection d’une quarantaine de pièces. Un projet volontairement pensé à taille réduite, loin du calendrier traditionnel et de ses contraintes. “Jusqu’en janvier de cette année, je disais encore que je ne relancerais jamais la marque”, reconnaît-il. Mais il n’y a que les imbéciles de la mode qui ne changent pas d’avis créatif. Après réflexion et une nouvelle expérience au travers de collaborations avec des marques comme Anta et Fred Perry, le créateur belge a eu envie de repenser la façon de construire une marque : “Finalement, je me suis rendu compte que c’était possible de proposer un univers mode avec peu de pièces, et ce sans forcément passer par le circuit classique du défilé”.

Après avoir dirigé Dior Homme pendant onze ans, puis Berluti, autant dire Kris Van Assche connaît les rouages de l’industrie. Pourtant, son comeback n’est pas un simple retour aux affaires mais plutôt l’incarnation d’une envie de retrouver un espace de création plus personnel. “On me connaît pour avoir fait de l’homme dans ma carrière et récemment des collections avec une approche plus sportswear. La vérité c’est que quand j’ai été diplômé en 1998 à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, j’avais présenté une collection femme. J’avais donc envie de revenir à ça, en refaisant du tailoring, mais aussi en développant des silhouettes et des pièces féminines. Mon but est surtout de pouvoir raconter à travers le vêtement ce qui m’anime vraiment”. Dévoilées cette semaine, les premières images de sa nouvelle collection donnent déjà quelques indices : rayures tennis, tailoring décontracté, robe dos nu, cravates entrelacées. Des éléments familiers, mais déplacés dans un vestiaire qui refuse les frontières trop nettes entre masculin et féminin.

Car c’est bien là que se situe l’un des enjeux de ce nouveau Kris van Assche version 2026. Par exemple, on retient cette veste inspirée d’un modèle imaginé en 2007 qui revient aujourd’hui dans des volumes plus amples et qui peut désormais se porter avec une jupe. Ou encore une chemise d’homme qui accueille une robe dos nu. De cette façon, le vêtement change de statut selon celui ou celle qui le porte. “J’aime bien mêler les pistes entre masculin et féminin, confirme le designer. C’est vraiment cette tension entre les deux qui m’intéresse.” Ici, une veste de costume, une jupe en maille ou un pull masculin peuvent donc changer complètement d’allure selon la silhouette.

L’autre grande nouveauté de ce (re)lancement, c’est l’approche responsable et “non-saisonnière” de la marque. Pour cette première collection, pensée pour s’affranchier du rythme classique de la mode, Kris van Assche a utilisé principalement des deadstocks, notamment auprès de Nona Source. “Mon idée, c’est de produire en petites quantités. Grâce aux deadstocks, je peux accéder à des matières de très bonne qualité, dans les volumes dont j’ai besoin, le tout sans être dépendant d’une quantité de production minimum.” Une contrainte qui devient presque une philosophie avec des modèles qui pourront exister en petites séries, dans des matières différentes, sans jamais être reproduits à grande échelle.

Alors que plusieurs multimarques commencent déjà à s’intéresser à ce nouveau projet qui incarne sans doute le mieux les réflexions et les problématiques qui traversent aujourd’hui l’industrie de la mode, le créateur souhaite justement préserver cette échelle réduite. Une façon de renouer avec son vocabulaire sans reproduire le système qu’il a choisi de quitter. Moins de références, moins de stocks mais davantage de sens, de liberté et de création. Mais aussi d’amour à en croire le message “Write more love letters” qui arbore désormais ses créations.